Al-Ahram Hebdo, Visages | Adham Nadim, Histoire d’un dynaste
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 mars 2008, numéro 706

 

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Visages

Adham Nadim, 44 ans, est le plus jeune directeur du Centre de modernisation de l’industrie. Pourtant, sa vocation essentielle, comme celle de toute sa famille, porte sur les arabesques et l’architecture arabe classique. 

Histoire d’un dynaste 

Il est midi. Le rendez-vous était à son bureau au siège de la Fédération des industries. Le directeur du Centre de modernisation de l’industrie (IMC) s’est bien préparé à l’entretien. Tous les documents et toutes les informations étaient sur la table devant lui. Mais à sa grande surprise, il ne s’agissait pas d’une demande de renseignement, mais plutôt d’un portrait personnel.

Son attitude a changé et la tension se fait voir sur son visage, en sorte qu’il n’a pas cessé de se balancer sur la chaise en remuant son stylo.

Le célèbre homme d’affaires ne s’attendait donc pas à une telle confession. Il lui a fallu au moins 15 minutes pour s’y adapter. « Non, je n’ai pas besoin de rapports des dernières réalisations du centre. On va m’interviewer sur ma vie amoureuse », répond-t-il à sa secrétaire, avec un mi-sourire pour cacher son embarras. « Il y a longtemps que je n’ai pas parlé de ma vie personnelle ni de mon parcours. Je suis habitué à parler de l’industrie et des réalisations de l’IMC », ajoute Adham Nadim, qui a vite réussi à se forger une place parmi les élites de la communauté industrielle égyptienne. Une place qui fut le fruit d’un long parcours commencé par son père Assaad Nadim, professeur de folklore, à l’Université américaine du Caire.

L’histoire remonte à 1978 lorsque son père, de retour des Etats-Unis où il a fait ses études supérieures dans le domaine du folklore et de l’artisanat, a décidé de mettre en œuvre sa passion pour l’architecture et l’art islamique. C’est ainsi que le garage de la maison familiale a vu naître son rêve. Comment ? Il y créa un petit projet en ayant recours à 4 ouvriers seulement. Une tentative qui fut couronnée d’un succès inattendu, mais certainement désiré. Et voilà que les chiffres ont centuplé. En 1986, les 4 ouvriers sont passés à 400 et le petit projet familial est devenu en moins de 10 ans le plus grand projet égyptien d’architecture islamiques. Il s’agit de Nadim pour les industries de moucharabiehs, situé dans la zone industrielle aux alentours de Doqqi.

Tel père tel fils. Adham a choisi de suivre les traces de son père. Il a effectué des études d’art et d’architecture islamiques à l’Université américaine du Caire, pour ainsi joindre les seuls cinq étudiants de ce département cette année-là. « La passion de mon père pour cet art m’a poussé à en savoir plus et à m’impliquer dans tous les détails. Et comme j’étais élevé dans une maison qui adore et respecte l’art et la tradition, j’ai éprouvé une grande curiosité quant à la découverte de ce monde. C’est ainsi que j’ai décidé d’étudier les différentes ères de l’architecture arabe, ses différents mouvements et ses évolutions à travers les différents siècles », avoue Nadim.

Diplômé en 1986, Nadim a rejoint le groupe de son père. Dès lors, l’usine a réussi à envahir les pays arabes en leur exportant les produits, surtout ceux qui éprouvaient une grande admiration pour les périodes mamelouke et ottomane. Progressivement, le petit projet devient une citadelle industrielle préservant le patrimoine arabe. « Mon père a réussi à me transférer l’amour de l’architecture et le désir de la sauvegarder. Alors naturellement, j’ai aimé faire partie de ce projet familial ». La femme d’Adham, sa sœur, son époux, sont tous diplômés du même département à l’Université américaine. « C’est une passion familiale. Carrément une tradition », dit-il.

Et c’est en fait là qu’il a connu sa femme Hind, laquelle partage son amour pour l’architecture et les arts islamiques. Un amour qui les a réunis dans une vie conjugale qui dure depuis voilà 15 ans environ et qui a eu comme fruit une seule fille, Habiba.

Des proverbes affichés sur des pancartes décorent les murs de son bureau, révélant enthousiasme et ambition : « Nul n’est irremplaçable. C’est la règle d’or permettant toute promotion », « Que tes rêves n’aient pas de limites pour réussir ta vie ».

L’invasion du Koweït par l’Iraq, en 1990, a complètement paralysé l’activité de l’usine Nadim, car 90 % de la production était destinée à ce pays. « Nous avions déjà entamé cette année l’un de nos plus grands projets, visant à installer un siège regroupant les organisations arabes au Koweït. Nous avions mobilisé la majorité de nos ressources à cette fin. Il fallait donc chercher à investir le marché européen pour atteindre un certain équilibre », raconte Nadim.

Epris de la photographie dès son plus jeune âge, Adham Nadim a sillonné le monde afin de filmer les divers aspects des civilisations européenne et américaine. Un moyen original qui lui a permis de mieux étudier les marchés de ces pays qu’il a visités. Après plusieurs échecs, il a pu redresser le business familial et aussitôt l’empire Nadim reprend de plus belle ses activités ,notamment en Europe. Le label Nadim a été reconnu partout dans 38 pays à travers le monde. La France, la Grande-Bretagne, l’Arabie saoudite, le Koweït, et même les Etats-Unis.

Leur amour pour le patrimoine égyptien persiste. En 1994, son père a réussi à décrocher un don de l’USAID pour le projet de la restauration de la maison Al-Séheimi (dans le Vieux Caire) où il a travaillé pendant 6 ans comme bénévole. « Nous étions donc obligés de faire de l’expansion et de nous déplacer vers la zone industrielle d’Abou-Rawach, cette fois-ci sur une surface de 2 000 m2, avec un bâtiment de 5 étages et des milliers d’ouvriers spécialisés », indique Nadim junior.

Jusqu’ici, évoquant son itinéraire personnel très lié à celui de sa famille, ce jeune président du Centre de la modernisation de l’industrie s’est montré assez réticent. Il parlait sous réserve n’ayant pas l’habitude de s’étaler sur les détails du privé. Mais lorsqu’il a été question d’aborder sa mission au sein de l’IMC et son adhésion aux cercles du pouvoir, le Nadim junior était beaucoup plus à l’aise. La conversation acquiert un rythme beaucoup plus décontracté et fluide.

« Les hommes de l’industrie se sont longtemps éloignés des décideurs. Ce qui a paralysé et entravé la croissance de ce secteur pendant environ une dizaine d’années », souligne Nadim.

Pour pouvoir donc protéger leurs intérêts et exprimer leurs revendications auprès du gouvernement, Adham Nadim a décidé de rejoindre l’Association des exportateurs égyptiens et est devenu membre du conseil d’administration, chargé du secteur des meubles en 1999. L’année suivante, il a été élu chef du secteur.

A partir de 2002, Nadim va gravir les échelons de la Fédération des industries, toujours comme représentant des producteurs de meubles.

Et ce n’est qu’en 2006 qu’il devient président de l’IMC, lançant un programme ambitieux visant essentiellement à développer les petites entités industrielles, misant sur le côté social et les donations étrangères. Par contre, il est de temps en temps taxé d’être le représentant d’une élite privilégiée, celle regroupant les magnats de l’industrie. Lui et ses trois amis les plus proches, Chérine Helmi, Alaa Hachem et Helmi Aboul-Eich (son prédécesseur à l’IMC), donnent l’image des hommes d’affaires riches et isolés du reste de la société. Ils font partie, dit-on, de la « clique » du ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid. D’où le soupçon d’œuvrer pour protéger les intérêts d’une classe particulière. « C’est vrai que c’est le ministre Rachid qui était à l’origine de ma désignation à la tête de l’IMC, mais cela ne veut aucunement dire que je favorise les uns aux dépens des autres. En fait, je suis chargé de protéger les petits comme les grands, loin des démarches purement routinières ou administratives. J’ai une plus grande autonomie par rapport à l’Etat », se défend Nadim, gardant toujours son sang-froid. Difficile de mettre ce jeune industriel hors de lui. A 44 ans, il a acquis confiance en soi et en son équipe. Il sait aussi que le moteur de la croissance économique, au sein du cabinet Nazif, est avant tout le secteur industriel.

De tendance libérale, tout le groupe de l’IMC (soit un groupe de 15 jeunes industriels) fait et défait les politiques de l’industrie en Egypte. D’ailleurs, leur activité a atteint le public ordinaire grâce à une campagne publicitaire qui a fait tabac, au dernier Ramadan (il y a six mois environ). Celle-ci appelait les jeunes à quitter leurs cafés et se joindre au « train des affaires », pourvoyant 150 000 chances d’emploi. Là aussi, les critiques fusaient de partout. « C’est du leurre. Les téléphones ne répondent pas. Les salaires sont minimes, et les emplois humiliants ».

Avec les jeunes du centre dont la moyenne d’âge ne dépasse pas la quarantaine, Nadim fait la sourde oreille. Ils sont là pour exécuter un plan précis dont ils sont persuadés. D’ailleurs, en 2005, leurs opinions « bouleversantes » et leurs escarmouches ont obligé l’ancien directeur de l’IMC à démissionner, ne pouvant pas leur tenir tête. C’est d’abord Helmi Aboul-Eich, de Sekam, qui a été sélectionné pour gérer l’IMC, ensuite est venu le tour de Nadim junior. « Il n’entretient pas avec nous un rapport hiérarchique, de supérieur et subalternes. On peut tout discuter avec lui », témoigne l’un des fonctionnaires du centre.

Dès sa désignation en 2006, Adham Nadim a abandonné son travail au sein de l’entreprise familiale, léguant ses tâches à sa sœur, plus jeune, pour se consacrer entièrement à la modernisation de l’industrie. « Là, il s’agit d’une tâche plus ardue. Il faut contrôler le destin de plusieurs millions d’employés et décider pour des milliers d’usines. Je travaille au moins dix heures par jour et voyage tous les 3 ou 4 jours », dit-il, se plaignant du fait que cela le sépare de son lieu de prédilection, l’usine Nadim, et de sa propre famille. « Je rêve du jour où je terminerai ma tâche au sein de l’IMC et retourner à mes origines ».

Névine Kamel

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Jalons 

1964 : Naissance au Caire.

1986 : Diplôme d’art islamique et architecture à l’AUC.

1999 : Membre du conseil d’administration de l’Association des exportateurs égyptiens, représentant les producteurs de meubles.

2006 : Directeur exécutif du Centre de la modernisation de l’industrie.

2005-2007 : Président du conseil de l’exportation des meubles à la Chambre du commerce égyptienne.

 




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