Liban.
Depuis le 24 novembre dernier, le pays peine à faire élire
un nouveau chef d’Etat. Sans élection avant le prochain
sommet arabe, celui-ci risque fort d’aller à l’échec.
Décrispation de plus en plus improbable
« Le Liban prendra-t-il part au prochain sommet arabe ? », «
Pourra-t-on espérer un dénouement assez prochain de la crise
au Liban ? », « La Syrie prendra-t-elle un pas positif à
même de rassurer les Arabes et répondre à leurs inquiétudes
? ». Toute une kyrielle de questions auxquelles la réponse
est au moins pour le moment à la négative. En effet, plus la
date du sommet arabe s’approche, plus le scepticisme
concernant sa réussite augmente et plus les pressions sur la
Syrie accroissent, la crise libanaise jetant son ombre sur
cette réunion. Et si la Syrie a adressé jeudi une invitation
au premier ministre libanais Fouad Siniora pour le sommet
arabe, dans une tentative de calmer le jeu avec certaines
capitales arabes, comme Riyad et Le Caire, qui ont laissé
entendre qu’elles boycotteraient la rencontre si le Liban en
était exclu, le doute reste de mise quant à cette
participation. Le leader druze Walid Joumblatt, l’un des
piliers de la majorité anti-syrienne au Liban, s’est vite
dit opposé à la participation de son pays au sommet arabe,
prévu les 29 et 30 mars à Damas.
« Les ministres qui me représentent au gouvernement vont
voter contre une participation du Liban au sommet », a dit
M. Joumblatt, selon des extraits d’une interview à la chaîne
libanaise Future News TV, diffusés dimanche. Selon des
sources ministérielles, il suffit que deux voix votent
contre la participation libanaise pour que cette dernière
n’ait pas lieu.
« Nous n’irons pas à Damas ni n’accepterons les ordres du
régime syrien », a dit le leader druze qui s’en est pris à
la politique syrienne accusée d’être derrière des
assassinats de dirigeants politiques libanais. Ce que Damas
nie. La majorité soutient également que Damas déstabilise le
Liban en vue d’y regagner son influence.
Raison pour laquelle la coalition au pouvoir au Liban, qui a
célébré vendredi le troisième anniversaire de « la
Révolution du Cèdre », qui a abouti en 2005 au retrait des
troupes syriennes du Liban, a réaffirmé son refus de
l’ingérence de Damas, accusé de bloquer l’élection d’un
président libanais. « Damas doit cesser de traiter avec le
Liban comme s’il s’agissait d’un département syrien », a
déclaré Farès Souaid, l’un des ténors de la coalition, lors
d’un congrès intitulé « Printemps 2008 », devant près de 2
500 personnes réunies dans un centre d’exposition au cœur de
Beyrouth.
Missions de médiation
C’est dans ce contexte qu’une délégation de parlementaires
arabes est arrivée dimanche au Liban pour tenter de
débloquer la crise politique qui paralyse le pays depuis
plusieurs mois. « Nous, dans le monde arabe, sommes inquiets
des profonds désaccords au Liban ainsi que de l’état de la
sécurité », a déclaré le chef de la délégation, Mohammed
Jassem Al-Saqr, à son arrivée à l’Aéroport de Beyrouth. «
Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour la
réconciliation nationale au Liban », a-t-il assuré. « Nous
soutenons l’initiative de la Ligue arabe. Nous ne lançons
pas de nouvelle initiative mais nous proposons quelques
idées », a dit M. Saqr. « Si la situation nécessite que nous
allions en Syrie, nous le ferons », a ajouté le chef de la
délégation parlementaire arabe.
Parallèlement à cette visite, le porte-parole de la
politique extérieure de l’Union européenne, Javier Solana, a
appelé dimanche à accentuer la pression sur la Syrie pour
permettre l’élection en mars d’un président au Liban, sans
laquelle le pays pourrait être plongé dans une « crise
dramatique ».
Mais au moment où tous les regards sont détournés vers le
Liban, le régime syrien a opté pour inviter officiellement
l’Iran à un sommet qui est censé ne regrouper que les
Arabes. Bien plus, Téhéran a accepté l’invitation et a
déclaré qu’il y prendrait part comme il lui est arrivé
d’assister à la dernière réunion du CCG. Ne s’agit-il là
d’une volonté de renforcer l’axe Damas-Téhéran principal
allié du Hezbollah et de délivrer un message dont la teneur
est : « Nous sommes là et nous y restons » ?
Rania
Adel