Iraq.
Ce 20 mars marque le cinquième anniversaire de
l’intervention américano-britannique qui a conduit à la
chute du régime de Saddam Hussein, mais qui a poussé le pays
dans un tunnel dont on ne voit pas le bout.
Cinq ans et rien à fêter
«
La guerre du Golfe, dans les années 1990, a duré cinq jours
sur le terrain. Je ne peux pas vous dire si le recours à la
force aujourd’hui en Iraq durerait cinq jours, cinq semaines
ou cinq mois. Mais cela ne durerait sans doute pas plus que
ça ». Cette déclaration avait été faite par le secrétaire
américain à la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld, le 14
novembre 2002, quelques mois avant le déclenchement de la
guerre américaine contre l’Iraq. Certes, la guerre elle-même
n’a pas duré longtemps, et Bagdad est tombé le 9 avril 2003,
soit 3 semaines après le déclenchement des hostilités le 20
mars 2003. Cependant, ce que Donald Rumsfeld n’avait pas
prévu, c’est que la présence américaine dans le pays
durerait des années. Et que ni le renversement du régime de
Saddam Hussein, accusé alors à tort de détenir des armes de
destruction massive et de représenter un danger pour la
région et pour les intérêts américains, ni la présence
militaire américaine prolongée dans ce pays ne lui
ramèneront la stabilité et la démocratie promises.
La question que devraient donc se poser aujourd’hui Rumsfeld
ainsi que les autres responsables de l’Administration
américaine est si la présence américaine en Iraq va durer
encore plusieurs mois ou plusieurs années. Et surtout si
cette guerre en valait la peine. Pour l’heure, tout est
suspendu jusqu’aux présidentielles américaines de novembre
prochain. C’est le résultat de ces élections qui déterminera
en partie l’avenir de l’Iraq. Si le successeur de George W.
Bush est un Républicain, il poursuivra sa politique et
maintiendra probablement les forces américaines en Iraq
encore longtemps. Si le vainqueur est un Démocrate, on
pourra assister à un certain changement dans la politique
américaine. Au mieux donc, il y aurait une baisse des
effectifs et un retrait plus rapide. Cependant, les
Américains sont tenus par des donnes internes et régionales
qu’ils sont obligés de prendre en considération. Un retrait
précipité est hors de question. Les Etats-Unis y perdraient
beaucoup. Déjà, nombreux sont les analystes qui estiment que
les Américains ont déjà beaucoup perdu. Le président
américain George W. Bush avait accusé à tort Saddam Hussein
de faire cause commune avec Al-Qaëda. Mais cinq ans après
l’invasion américaine, l’Iraq est devenu le nouveau terrain
du djihad international et le champ clos pour les pires
violences terroristes. La guerre en Iraq « a sorti Al-Qaëda
des limbes du terrorisme international où elle se trouvait
depuis la destruction du sanctuaire taliban fin 2001 en
Afghanistan », analyse l’universitaire français Jean-Pierre
Filiu, cité par l’AFP. Le réseau d’Ossama bin Laden a pu
ainsi « prendre pied en Iraq, où il était totalement absent
avant mars 2003 et appuyer sa campagne terroriste en Arabie
sur cette base arrière iraqienne », selon l’analyste
français.
Parallèlement, en renversant Saddam Hussein, les Etats-Unis
ont involontairement contribué au rétablissement du statut
de puissance régionale de l’Iran, leur ennemi juré. « La
chute de ces deux régimes, (ndlr : les Talibans en
Afghanistan et le régime de Saddam) sans que des Etats
puissants ne leur aient succédé, a grandement bénéficié à
l’Iran et a fait le minage pour que l’Iran répande son
influence », estime Vali Nasr, du Council on Foreign
Relations de Washington, également cité par l’AFP.
Aujourd’hui donc, l’euphorie qui a suivi la chute de Saddam
aussi bien parmi les Américains que parmi les Iraqiens, et
l’espoir conjoint que les Etats-Unis feraient de l’Iraq un
stable et riche pétro-Etat du Golfe, ont rapidement fait
place à l’horreur de la violence anti-américaine et
interconfessionnelle et aux risques d’instabilité régionale.
Dick Cheney à Bagdad
Le cinquième anniversaire de l’invasion américaine se place
donc sous le signe de l’incertitude. A l’heure actuelle, les
Etats-Unis insistent sur la nécessité de faire progresser la
réconciliation politique, condition sine qua non pour
parvenir à une stabilité sans laquelle les Américains ne
pourront pas se retirer du pays. Le vice-président américain
Dick Cheney, en visite en Iraq à l’occasion de cet
anniversaire, est venu le rappeler aux responsables
iraqiens. En effet, les lenteurs à relancer le processus
politique inquiètent Washington qui considère que la
présence de quelque 160 000 soldats américains en Iraq
aurait dû créer les conditions de sécurité nécessaires à une
entente politique solide entre protagonistes iraqiens. M.
Cheney est donc venu exhorter les responsables iraqiens « à
continuer de montrer qu’ils peuvent faire des progrès »,
dans les domaines politiques et économiques. « Le président
(George W. Bush) m’a demandé de venir remercier le premier
ministre et les autres responsables iraqiens (...) et
réaffirmer au peuple iraqien le soutien inébranlable des
Etats-Unis pour les aider à terminer le difficile travail
qui reste à faire », a-t-il déclaré lundi dernier, après sa
rencontre avec le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki.
« Il est particulièrement significatif de venir cette
semaine qui marque le cinquième anniversaire du début de la
campagne qui a libéré le peuple d’Iraq de la tyrannie de
Saddam Hussein et l’a lancé sur la route difficile mais
historique de la démocratie », a ajouté le vice-président
américain. L’on retiendra surtout de sa déclaration le mot «
difficile », un euphémisme quand on pense à la multitude de
questions internes et régionales enchevêtrées et hautement
épineuses sur lesquelles se joue l’avenir de l’Iraq.
Abir
Taleb