Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Cinq ans et rien à fêter
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 Semaine du 19 au 25 mars 2008, numéro 706

 

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Iraq. Ce 20 mars marque le cinquième anniversaire de l’intervention américano-britannique qui a conduit à la chute du régime de Saddam Hussein, mais qui a poussé le pays dans un tunnel dont on ne voit pas le bout. 

Cinq ans et rien à fêter 

« La guerre du Golfe, dans les années 1990, a duré cinq jours sur le terrain. Je ne peux pas vous dire si le recours à la force aujourd’hui en Iraq durerait cinq jours, cinq semaines ou cinq mois. Mais cela ne durerait sans doute pas plus que ça ». Cette déclaration avait été faite par le secrétaire américain à la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld, le 14 novembre 2002, quelques mois avant le déclenchement de la guerre américaine contre l’Iraq. Certes, la guerre elle-même n’a pas duré longtemps, et Bagdad est tombé le 9 avril 2003, soit 3 semaines après le déclenchement des hostilités le 20 mars 2003. Cependant, ce que Donald Rumsfeld n’avait pas prévu, c’est que la présence américaine dans le pays durerait des années. Et que ni le renversement du régime de Saddam Hussein, accusé alors à tort de détenir des armes de destruction massive et de représenter un danger pour la région et pour les intérêts américains, ni la présence militaire américaine prolongée dans ce pays ne lui ramèneront la stabilité et la démocratie promises.

La question que devraient donc se poser aujourd’hui Rumsfeld ainsi que les autres responsables de l’Administration américaine est si la présence américaine en Iraq va durer encore plusieurs mois ou plusieurs années. Et surtout si cette guerre en valait la peine. Pour l’heure, tout est suspendu jusqu’aux présidentielles américaines de novembre prochain. C’est le résultat de ces élections qui déterminera en partie l’avenir de l’Iraq. Si le successeur de George W. Bush est un Républicain, il poursuivra sa politique et maintiendra probablement les forces américaines en Iraq encore longtemps. Si le vainqueur est un  Démocrate, on pourra assister à un certain changement dans la politique américaine. Au mieux donc, il y aurait une baisse des effectifs et un retrait plus rapide. Cependant, les Américains sont tenus par des donnes internes et régionales qu’ils sont obligés de prendre en considération. Un retrait précipité est hors de question. Les Etats-Unis y perdraient beaucoup. Déjà, nombreux sont les analystes qui estiment que les Américains ont déjà beaucoup perdu. Le président américain George W. Bush avait accusé à tort Saddam Hussein de faire cause commune avec Al-Qaëda. Mais cinq ans après l’invasion américaine, l’Iraq est devenu le nouveau terrain du djihad international et le champ clos pour les pires violences terroristes. La guerre en Iraq « a sorti Al-Qaëda des limbes du terrorisme international où elle se trouvait depuis la destruction du sanctuaire taliban fin 2001 en Afghanistan », analyse l’universitaire français Jean-Pierre Filiu, cité par l’AFP. Le réseau d’Ossama bin Laden a pu ainsi « prendre pied en Iraq, où il était totalement absent avant mars 2003 et appuyer sa campagne terroriste en Arabie sur cette base arrière iraqienne », selon l’analyste français.

Parallèlement, en renversant Saddam Hussein, les Etats-Unis ont involontairement contribué au rétablissement du statut de puissance régionale de l’Iran, leur ennemi juré. « La chute de ces deux régimes, (ndlr : les Talibans en Afghanistan et le régime de Saddam) sans que des Etats puissants ne leur aient succédé, a grandement bénéficié à l’Iran et a fait le minage pour que l’Iran répande son influence », estime Vali Nasr, du Council on Foreign Relations de Washington, également cité par l’AFP.

Aujourd’hui donc, l’euphorie qui a suivi la chute de Saddam aussi bien parmi les Américains que parmi les Iraqiens, et l’espoir conjoint que les Etats-Unis feraient de l’Iraq un stable et riche pétro-Etat du Golfe, ont rapidement fait place à l’horreur de la violence anti-américaine et interconfessionnelle et aux risques d’instabilité régionale.

 

Dick Cheney à Bagdad

Le cinquième anniversaire de l’invasion américaine se place donc sous le signe de l’incertitude. A l’heure actuelle, les Etats-Unis insistent sur la nécessité de faire progresser la réconciliation politique, condition sine qua non pour parvenir à une stabilité sans laquelle les Américains ne pourront pas se retirer du pays. Le vice-président américain Dick Cheney, en visite en Iraq à l’occasion de cet anniversaire, est venu le rappeler aux responsables iraqiens. En effet, les lenteurs à relancer le processus politique inquiètent Washington qui considère que la présence de quelque 160 000 soldats américains en Iraq aurait dû créer les conditions de sécurité nécessaires à une entente politique solide entre protagonistes iraqiens. M. Cheney est donc venu exhorter les responsables iraqiens « à continuer de montrer qu’ils peuvent faire des progrès », dans les domaines politiques et économiques. « Le président (George W. Bush) m’a demandé de venir remercier le premier ministre et les autres responsables iraqiens (...) et réaffirmer au peuple iraqien le soutien inébranlable des Etats-Unis pour les aider à terminer le difficile travail qui reste à faire », a-t-il déclaré lundi dernier, après sa rencontre avec le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki. « Il est particulièrement significatif de venir cette semaine qui marque le cinquième anniversaire du début de la campagne qui a libéré le peuple d’Iraq de la tyrannie de Saddam Hussein et l’a lancé sur la route difficile mais historique de la démocratie », a ajouté le vice-président américain. L’on retiendra surtout de sa déclaration le mot « difficile », un euphémisme quand on pense à la multitude de questions internes et régionales enchevêtrées et hautement épineuses sur lesquelles se joue l’avenir de l’Iraq.

Abir Taleb

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