Ministre des Communications et de la
Technologie de l’information, Tareq Kamel évoque le plan d’action pour l’établissement d’un
gouvernement électronique
et la promotion des technologies de
l’information.
« L’Egypte est capable d’exporter des
services technologiques »
Al-Ahram Hebdo : Les tarifs des
services de communication en Egypte restent élevés pour une majorité
d’Egyptiens. Comptez-vous y remédier ?
Tareq Kamel : Ceci n’est pas du tout vrai. Commençons par le tarif des communications
locales du téléphone fixe à l’intérieur du gouvernorat du Caire par exemple. Ces
tarifs sont les moins coûteux au niveau du monde entier pour ce qui est des
communications locales. Passons ensuite au tarif des téléphones portables qui
est très raisonnable si on le compare à d’autres pays qui enregistrent le même
taux de PNB que le nôtre. Troisièmement : la transmission du service Internet
gratuit à travers le téléphone fixe (Dial Up), ou bien à travers l’abonnement à
l’Internet rapide (ADSL) et dont le tarif d’abonnement a atteint 45 L.E. Il
n’en demeure pas moins vrai que les tarifs des communications internationales
demeurent toujours élevées, et notamment celles à partir de l’Egypte vers
l’étranger. D’ailleurs, une restructuration est en cours d’élaboration au niveau
du monde entier. Pour les communications internationales, ou le service
Roaming, nous sommes en train de reconsidérer les coûts et tarifs qui vont
au-delà de la moyenne mondiale. Nous désirons diminuer les tarifs des services
à ce niveau. Mais la restructuration requise nécessite pour qu’elle soit
appliquée au moins un ou deux ans, car nous devons prendre en considération les
contrats conclus entre les compagnies égyptiennes et les autres acteurs
internationaux.
Le
plan adopté par le ministère en vue de réduire les tarifs consiste à accorder
de nouvelles licences pour les communications, que ce soit pour la téléphonie
mobile ou bien le portable. Ceci entraînera sans nul doute une réduction des
tarifs des communications internationales à partir ou en provenance de
l’étranger sur une plus large envergure.
— Les compagnies de portables en Egypte
sont accusées d’exercer des monopoles ? Qu’en est-il ?
— A un
moment donné il n’y avait que deux compagnies seulement qui opéraient dans le
domaine du portable, à savoir MobiNil et Vodafone qui se partageaient le
marché. Mais avec l’entrée en fonction du troisième opérateur et la diminution
énorme dans les prix et la multiplication des offres sérieuses proposées à la
clientèle, ce n’est plus le cas. Je voudrais mettre l’accent sur le fait qu’il
existe une grande différence entre les monopoles et les quotas d’une compagnie
au sein du marché. Le marché qui est divisé à 45 % entre les deux grands
opérateurs MobiNil et Vodafone et 10 % pour Etisalat est régi par des mécanismes
stricts et soumis à la compétition. Et donc il est tout à fait normal que les
offres gagnent en abondance accompagnées d’une réduction accrue des prix. Ce
qui est dans l’intérêt du citoyen égyptien, notre principal souci.
— Le projet du gouvernement
électronique en est toujours aux balbutiements, pourquoi ?
— Il
est toujours au stade du développement. Le ministère du Développement
administratif accorde un grand intérêt à ce projet qui a attiré le soutien des
différents ministères dont celui des télécommunications qui lui apporte son
aide à travers l’infrastructure technologique. Cependant, le ralentissement est
lié à plusieurs facteurs enchevêtrés, dont la culture du citoyen et sa
confiance dans les régimes électroniques et les réseaux de communication, ainsi
que la disponibilité des services qui lui sont proposés sur le réseau Internet.
De nouvelles générations sont formées pour traiter continuellement avec ce
genre de technologie. N’oublions pas de mentionner que le système de paiement
en ligne se trouve dorénavant partout en Egypte et fait l’objet d’une
expansion.
— La révolution des télécommunications
n’a pas atteint la plupart des écoles et des organismes gouvernementaux en
Egypte, que faites-vous pour résoudre ce problème ?
— Les
organismes gouvernementaux sont inscrits dans le programme du gouvernement
électronique que nous avons évoqué. Pour les écoles, j’aimerais mettre la
lumière sur une philosophie générale selon laquelle le secteur des
télécommunications est plus large et plus global que le ministère. Le secteur
comprend le ministère qui définit les politiques, l’organisme régulateur des
communications qui assume la responsabilité du processus de régularisation et
de contrôle, des multinationales régionales et égyptiennes qui opèrent dans ce
domaine, ainsi que des moyennes et petites entreprises.
En
réalité je voudrais mettre en lumière un nombre de projets réussis accomplis en
coopération avec le ministre de l’Education et celui de l’Enseignement
supérieur dont les écoles intelligentes lancées par Dr Ahmad Nazif, le premier
ministre, lorsqu’il était en charge du portefeuille des télécommunications.
Il y a
un autre projet, celui des 100 écoles parrainées par Suzanne Moubarak, épouse
du président. Il est actuellement en voie d’expansion à travers l’Association
d’Héliopolis dans d’autres gouvernorats.
— Comment l’Egypte peut-elle devenir
productrice et pas seulement consommatrice de produits de la technologie des
télécommunications et des informations, comme l’Inde notamment ?
— Tout
d’abord, nous ne devons pas oublier que l’Inde est en avance sur l’Egypte dans
ce domaine. N’oublions pas non plus que le volume de ses exportations est
important. Outre le fait que l’Inde possède les expertises et le personnel
qualifié présent aux Etats-Unis et dont le nombre est estimé à des centaines.
Il est
vrai que nous importons les composants de la technologie. Mais nous essayons de
nous distinguer dans le domaine de l’exportation des services technologiques. En
Egypte, nous essayons de promouvoir la société dans son ensemble de manière
harmonieuse. L’Egypte est capable d’exporter les services technologiques. Elle
a été classée 12e parmi les pays prometteurs dans ce domaine. L’Egypte jouit
d’un emplacement géographique exceptionnel, surnommé Time Zone et les câbles
internationaux la traversent.
L’Egypte
est aussi caractérisée par les cadres humains qui prennent en charge la
formation des générations futures pour former un socle capable d’entrer dans la
concurrence mondiale. Nous avons un plan que nous exécutons à travers
l’Organisme du développement de l’industrie de la technologie des informations
en coopération avec les multinationales comme Alcatel-lucent et Orange qui
bénéficient du marché égyptien qui est un foyer d’exportation vers les pays
voisins depuis déjà 8 ans. En contrepartie, ces compagnies forment les cadres
et le personnel égyptiens. L’expérience égyptienne a réussi à attirer davantage
de multinationales.
—
Comment l’Egypte pourra-t-elle attirer les investissements des multinationales
opérant dans le domaine des télécommunications et quelles sont les mesures
devant être prises à ce niveau ?
— Les
investissements des multinationales dans ce domaine en Egypte sont estimés à
environ 1 milliard de dollars par an. Non pas uniquement dans le domaine de
l’exportation des services, mais dans celui de la téléphonie fixe, des
portables, de l’Internet, et des infrastructures technologiques.
Pour
ce qui est de l’exportation, nous avons un plan qui vise d’ici l’an 2010 à
porter les exportations des services à 1,1 milliard de dollars. Actuellement,
elles sont chiffrées autour des 450 et 500 millions de dollars par an. Mais
aussi entraîner le personnel et le former sur le niveau linguistique et
technologique. Il s’agit également de proposer une infrastructure de qualité
aux multinationales qui viennent en Egypte pour investir dans ce domaine. Il
est nécessaire de simplifier les procédures aux compagnies qui viennent
investir en Egypte et entretenir un dialogue entre elles et nos différents
organismes afin de jeter les fondements du développement de ce secteur.
— Qu’est-ce qui a été fait pour éviter
la répétition de la panne survenue au niveau d’un câble sous-marin, qui a privé
des milliers d’utilisateurs de l’Internet début février ?
— Les
multinationales n’ont toujours pas déterminé la raison derrière la rupture de
ces câbles sous-marins. Mais elles se sont contentées de dire dans un premier
temps que c’était en raison des mauvaises conditions météorologiques ou d’un
accident de bateau. Cependant, elles ont totalement écarté l’éventualité d’un
acte terroriste. En ce moment, nous faisons notre possible pour trouver des
alternatives aux câbles qui passent par le Canal de Suez et le sud-est
asiatique et ce pour éviter de dépendre d’une seule ligne de câbles. Nous
essayons simultanément d’orienter les nouveaux investissements vers
l’installation de nouveaux câbles maritimes.
Propos recueillis par
Magda Barsoum