Droits de l’Homme.
Une initiative lancée par l’Organisation de la réforme
pénale (ONG) et le Conseil national des droits de l’homme
pour enseigner ces notions dans les écoles se heurte à la
réticence des autorités.
Un projet réprimé
Al-Nachet Ali (l’activiste Ali) est une collection
d’ouvrages visant à sensibiliser les enfants à la culture
des droits de l’homme. La collection, constituée de 18
contes illustrés, se propose d’expliquer aux jeunes des
notions de base sur la démocratie, la liberté et les droits
civils et politiques. Cette collection, initiée par
l’organisation arabe de réforme pénale (une ONG œuvrant dans
le domaine des droits de l’homme) et financée par l’USAID a
été distribuée à la dernière Foire du livre du Caire. « Nous
avons cependant eu l’idée de la distribuer aux enfants dans
les écoles. Nous avons alors proposé la chose au Conseil
national des droits de l’homme. Celui-ci a accepté d’adopter
l’initiative », affirme Mohamad Zarée, président de
l’Organisation de la réforme pénale (ONG). Et d’expliquer
que cette collection aborde les problèmes courants sur la
scène politique égyptienne mais de manière simplifiée. « Par
exemple, l’un des contes aborde le problème de la fraude
électorale à travers l’histoire d’un élève qui essaie de se
faire élire par ses camarades de classe et qui tente de
recueillir par tous les moyens leur soutien tantôt en les
menaçant et tantôt en leur distribuant des barres de
chocolat », explique Zarée. Un autre conte explique aux
enfants le rôle de l’Assemblée du peuple, comment se
déroulent les élections législatives et quel est le rôle des
députés.
En 2007, un accord est signé entre l’Organisation de la
réforme pénale et le Conseil national des droits de l’homme.
Conformément à cet accord, le conseil s’engage à œuvrer à
diffuser Al-Chater Ali dans les centres de jeunesse, les
clubs et les écoles. Le Conseil parvient à obtenir le feu
vert du ministère de l’Education pour distribuer la
collection dans les écoles en quatre étapes durant l’année
scolaire 2007-2008. Durant la première étape, 100 000 copies
ont été distribuées dans 4 gouvernorats, à savoir : Mansoura,
Béni-Soueif, Sohag et Alexandrie.
« Mais durant la deuxième étape et surtout lorsqu’on a
commencé à distribuer les livrets à Zagazig, le ministère de
l’Education a subitement fait marche arrière et fait stopper
la distribution des livrets », raconte Mohamad Zarée,
président de l’Organisation de réforme pénale qui entend
engager un procès contre le ministère car celui-ci ne lui a
pas remis les livrets. Officiellement, les livrets ont été
retirés car c’est la fin de l’année scolaire et les élèves
sont en période d’examens. Or, selon Mohamad Zarée les
livrets ont été retirés suite « à des instructions données
par la sécurité ». Fait d’ailleurs confirmé par des sources
ayant requis l’anonymat au Conseil des droits de l’homme.
Débat sur l’enseignement
Mais si l’initiative n’a pas vu le jour, elle a donné lieu à
un débat sur l’enseignement et la diffusion de la culture
des droits de l’homme en Egypte. L’Egypte est membre du
programme mondial de l’Onu signé le 10 décembre 2004. Le but
de ce programme est de promouvoir l’enseignement des droits
de l’homme. Un plan d’action a été adopté par les Etats
membres de l’Onu en juillet 2005, axé sur les systèmes
d’enseignements primaire et secondaire en matière des droits
de l’homme. « Nous sommes surpris par cette décision du
gouvernement égyptien », affirme Hafez Abou-Seada,
secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits
de l’Homme (OEDH). Il met l’accent sur l’importance de
l’enseignement des droits de l’homme. « En quoi enseigner
les principes d’égalité entre les citoyens peut-il être
gênant pour l’Etat ? Un tel enseignement peut protéger les
citoyens de la répression des officiers, de la violence
entre les citoyens eux-mêmes et entre les hommes et les
femmes », explique Abou-Seada. Les responsables au
ministère de l’Education pensent qu’il n’est pas nécessaire
d’enseigner les droits de l’homme en tant que matière à part
entière. « Ce que nous faisons actuellement c’est de tenter
de transmettre aux élèves les notions des droits de l’homme
à travers les matières qui existent déjà dans le cursus
comme l’arabe, les matières sociales et même les sciences
comme le droit de chacun à boire de l’eau potable »,
explique Amin Al-Réfaï, adjoint au ministère de l’Education.
Il ajoute que le ministère de l’Education n’a reçu aucune
recommandation de l’Onu ni d’autres organisations pour
enseigner les droits de l’homme comme matière séparée. Pour
Amr Al-Chobaki, expert au Centre des Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, il est clair qu’il existe
plusieurs tendances au sein de l’Etat concernant la question
de l’enseignement des droits de l’homme. « Durant la
distribution de cette collection de l’activiste Ali,
certains gouverneurs ont accepté comme à Sohag, mais au
Caire par exemple, les écoles ont refusé. En même temps, le
Conseil national des droits de l’homme et le ministère de l’Education
étaient favorables à l’initiative mais ils se sont heurtés
au refus de la sécurité », analyse Al-Chobaki. Ce qui est
ridicule, selon lui, c’est que le gouvernement a signé
plusieurs accords pour promouvoir la culture et
l’enseignement des droits de l’homme.
May
Atta