Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un projet réprimé
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 mars 2008, numéro 706

 

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Egypte

Droits de l’Homme. Une initiative lancée par l’Organisation de la réforme pénale (ONG) et le Conseil national des droits de l’homme pour enseigner ces notions dans les écoles se heurte à la réticence des autorités.  

Un projet réprimé 

Al-Nachet Ali (l’activiste Ali) est une collection d’ouvrages visant à sensibiliser les enfants à la culture des droits de l’homme. La collection, constituée de 18 contes illustrés, se propose d’expliquer aux jeunes des notions de base sur la démocratie, la liberté et les droits civils et politiques. Cette collection, initiée par l’organisation arabe de réforme pénale (une ONG œuvrant dans le domaine des droits de l’homme) et financée par l’USAID a été distribuée à la dernière Foire du livre du Caire. « Nous avons cependant eu l’idée de la distribuer aux enfants dans les écoles. Nous avons alors proposé la chose au Conseil national des droits de l’homme. Celui-ci a accepté d’adopter l’initiative », affirme Mohamad Zarée, président de l’Organisation de la réforme pénale (ONG). Et d’expliquer que cette collection aborde les problèmes courants sur la scène politique égyptienne mais de manière simplifiée. « Par exemple, l’un des contes aborde le problème de la fraude électorale à travers l’histoire d’un élève qui essaie de se faire élire par ses camarades de classe et qui tente de recueillir par tous les moyens leur soutien tantôt en les menaçant et tantôt en leur distribuant des barres de chocolat », explique Zarée. Un autre conte explique aux enfants le rôle de l’Assemblée du peuple, comment se déroulent les élections législatives et quel est le rôle des députés.

En 2007, un accord est signé entre l’Organisation de la réforme pénale et le Conseil national des droits de l’homme. Conformément à cet accord, le conseil s’engage à œuvrer à diffuser Al-Chater Ali dans les centres de jeunesse, les clubs et les écoles. Le Conseil parvient à obtenir le feu vert du ministère de l’Education pour distribuer la collection dans les écoles en quatre étapes durant l’année scolaire 2007-2008. Durant la première étape, 100 000 copies ont été distribuées dans 4 gouvernorats, à savoir : Mansoura, Béni-Soueif, Sohag et Alexandrie.

« Mais durant la deuxième étape et surtout lorsqu’on a commencé à distribuer les livrets à Zagazig, le ministère de l’Education a subitement fait marche arrière et fait stopper la distribution des livrets », raconte Mohamad Zarée, président de l’Organisation de réforme pénale qui entend engager un procès contre le ministère car celui-ci ne lui a pas remis les livrets. Officiellement, les livrets ont été retirés car c’est la fin de l’année scolaire et les élèves sont en période d’examens. Or, selon Mohamad Zarée les livrets ont été retirés suite « à des instructions données par la sécurité ». Fait d’ailleurs confirmé par des sources ayant requis l’anonymat au Conseil des droits de l’homme.

 

Débat sur l’enseignement

Mais si l’initiative n’a pas vu le jour, elle a donné lieu à un débat sur l’enseignement et la diffusion de la culture des droits de l’homme en Egypte. L’Egypte est membre du programme mondial de l’Onu signé le 10 décembre 2004. Le but de ce programme est de promouvoir l’enseignement des droits de l’homme. Un plan d’action a été adopté par les Etats membres de l’Onu en juillet 2005, axé sur les systèmes d’enseignements primaire et secondaire en matière des droits de l’homme. « Nous sommes surpris par cette décision du gouvernement égyptien », affirme Hafez Abou-Seada, secrétaire général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH). Il met l’accent sur l’importance de l’enseignement des droits de l’homme. « En quoi enseigner les principes d’égalité entre les citoyens peut-il être gênant pour l’Etat ? Un tel enseignement peut protéger les citoyens de la répression des officiers, de la violence entre les citoyens eux-mêmes et entre les hommes et les femmes », explique Abou-Seada. Les responsables au  ministère de l’Education pensent qu’il n’est pas nécessaire d’enseigner les droits de l’homme en tant que matière à part entière. « Ce que nous faisons actuellement c’est de tenter de transmettre aux élèves les notions des droits de l’homme à travers les matières qui existent déjà dans le cursus comme l’arabe, les matières sociales et même les sciences comme le droit de chacun à boire de l’eau potable », explique Amin Al-Réfaï, adjoint au ministère de l’Education. Il ajoute que le ministère de l’Education n’a reçu aucune recommandation de l’Onu ni d’autres organisations pour enseigner les droits de l’homme comme matière séparée. Pour Amr Al-Chobaki, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, il est clair qu’il existe plusieurs tendances au sein de l’Etat concernant la question de l’enseignement des droits de l’homme. « Durant la distribution de cette collection de l’activiste Ali, certains gouverneurs ont accepté comme à Sohag, mais au Caire par exemple, les écoles ont refusé. En même temps, le Conseil national des droits de l’homme et le ministère de l’Education étaient favorables à l’initiative mais ils se sont heurtés au refus de la sécurité », analyse Al-Chobaki. Ce qui est ridicule, selon lui, c’est que le gouvernement a signé plusieurs accords pour promouvoir la culture et l’enseignement des droits de l’homme.

May Atta

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