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 Semaine du 19 au 25 mars 2008, numéro 706

 

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Egypte

Réforme. Le rejet quasi unanime des revendications de la secrétaire à la présidence du Parlement, Zeinab Radwan, relatives à l’égalité des sexes, montre les limites du mouvement réformiste face au poids des traditions et de la religion. 

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C’est « au nom du principe constitutionnel de la citoyenneté » que la secrétaire à la présidence du Parlement, Zeinab Radwan, a osé revendiquer une réforme juridique pour permettre aux épouses non musulmanes une part d’héritage de leur mari musulman, ainsi qu’une valorisation du témoignage de la femme qui, dans certains cas, n’a que la moitié de la valeur d’un témoignage masculin. Mme Radwan, également professeure de jurisprudence islamique, a pris soin d’expliquer que ses demandes ne représentaient en aucun cas une violation des fondements de la charia (loi islamique), mais visaient plutôt à faire valoir « le vrai visage de l’islam ».

La loi islamique ne fait pas la différence entre le témoignage d’un homme et d’une femme dans les questions d’ordre criminel, contrairement au Code civil, où un témoignage masculin n’est contrebalancé que par celui de deux femmes. En Egypte, cette discrimination n’est appliquée que dans le domaine du statut personnel, seule sphère où la charia est appliquée. Une autre discrimination est en vigueur en matière d’héritage contre les épouses non musulmanes dans les foyers mixtes.

Afin de parvenir à une opinion juridique valable concernant les demandes de Mme Radwan, le secrétaire du Comité des droits de l’homme, Mohamad Amer, a proposé une réunion conjointe avec le Comité des affaires religieuses (un autre comité parlementaire), ainsi que des représentants de l’Académie des recherches islamiques, d’Al-Azhar et de la Maison de l’iftaa (avis religieux).

Du côté de l’institution religieuse officielle, le ministre des Waqfs (biens religieux), Mahmoud Zaqzouq, a « soutenu » les propositions de Radwan affirmant que ses revendications sont une tentative de « corriger certaines fausses croyances chez les musulmans ». Toutefois, le ministre a émis des réserves « pour certains cas exceptionnels et précis », qu’il a préféré laisser à l’Académie des recherches islamiques le soin d’élucider.

Comme attendu, les critiques sont parvenues des députés islamistes des Frères musulmans qui occupent le cinquième des sièges du Parlement. Ainsi, sans entrer dans des débats d’ordre juridique, le député Ali Fathel-Bab a voulu minimiser l’importance de ces propositions qui ne visent, selon lui, qu’à « contourner » la vraie question des droits de l’homme. « Ceux qui veulent défendre les droits de l’homme feraient mieux de se pencher sur les violations des droits des millions d’Egyptiens à l’enseignement, à la santé, voire à la nourriture », affirme le député islamiste.

La réaction des députés de la majorité n’a été aucunement plus mesurée, ce fut l’une des rares occasions où ceux-ci parlent d’une même voix que les Frères. « C’est n’importe quoi, lance Sobhi Saleh (PND). Ce que Mme Radwan demande va à l’encontre des textes du Coran et non de leur interprétation ». Selon lui, toute proposition de réforme doit s’inscrire dans la loi et la jurisprudence islamiques « vieilles de quinze siècles ». « L’invasion culturelle » est le secret de toutes ces prétendues réformes comme cette loi du kholea accordant aux femmes le droit de divorcer, l’interdiction de l’excision, la création de tribunaux pour les femmes, etc., énumère le député.

Le refus quasi unanime de toute proposition qui risque d’ébranler les « piliers » de la religion ou de la société est également partagé par certaines figures « réformistes », comme le juge Mahmoud Al-Khodeiri, connu pour ses batailles en faveur de la démocratisation politique. « Le fait de transgresser la loi religieuse n’est pas souhaitable, surtout lorsqu’il s’agit d’un texte coranique. Dans ce cas, la référence doit être le mufti et le grand imam d’Al-Azhar », affirme le juge qui identifie également un problème de « priorités » chez certains réformateurs.

« L’aspect ostentatoire de la religiosité a gagné la société égyptienne après le boom pétrolier des années 1970 et la propagation des valeurs bédouines qui l’ont accompagnée », analyse Nabil Abdel-Fattah, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Face à la domination de cette nouvelle culture, le régime politique essaye de réaliser un certain équilibre entre les nécessités démocratiques imposées par la mondialisation et la préservation de l’ordre public, estime le chercheur.

Un jeu d’équilibre qu’illustrent deux verdicts récents de la Haute Cour administrative : en janvier, la cour a permis à la minorité bahaïe de laisser vierge la mention de religion sur les pièces d’identité sans toutefois reconnaître leur croyance comme « religion », alors que le mois dernier le même tribunal a autorisé à 12 coptes convertis à l’islam à revenir à leur foi d’origine, tout en mentionnant leur statut de « convertis » sur la carte d’identité.

« L’Etat n’a vraiment pas intérêt à s’attaquer directement à la rigidité religieuse en tant que telle ... Le renouveau religieux pourrait ouvrir la voie à d’autres changements auxquels le régime n’est pas préparé », conclut Abdel-Fattah.

Chérif Albert 

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