Iran.
Les Iraniens ont voté massivement lors du premier tour des
législatives en faveur du Parti conservateur au détriment
des Réformateurs, confortant ainsi son pouvoir.
Mainmise des Conservateurs
En attendant l’élection présidentielle de 2009, les Iraniens
ont voté pour le premier tour des élections législatives
destinées à élire les 290 députés du Parlement monocaméral,
pour quatre ans. Un deuxième tour doit se tenir à une date
encore non précisée, entre le 13 et le 27 avril. Selon le
ministère de l’Intérieur qui a annoncé les premiers
résultats, la principale liste conservatrice, le Front uni,
affiliée au parti « le doux parfum de servir » du président
Mahmoud Ahmadinejad, a remporté au moins 163 sièges, alors
que la Coalition des réformateurs ambitionne de briguer au
moins 20 % des sièges.
La circonscription de Téhéran où la compétition a été très
dense entre les Conservateurs et les Réformateurs semble
tout aussi donner l’avantage aux Conservateurs qui ont
éliminé dès ce premier tour les principaux candidats de la
Coalition.
Compte tenu de ces premiers résultats, les Conservateurs
devraient maintenir leur position majoritaire au Parlement.
Si pour beaucoup le scrutin était joué d’avance du fait de
l’élimination de plus de 2 000 candidats, en majorité des
Réformateurs, ces derniers ont néanmoins enregistré de bons
scores dans les villes où ils étaient autorisés à se
présenter.
Un grand nombre de candidatures des Réformateurs avait été
rejeté par le Conseil des gardiens de la Constitution en
raison de leur soi-disant insuffisante fidélité aux
principes de l’islam ou encore à la Révolution islamique de
1979. Environ 7 600 candidatures avaient été recensées mais
finalement 4 500 ont été retenues par ce conseil composé de
religieux et de juristes chargé du respect de la
Constitution et de l’islam.
Près de la moitié des sièges remportés par les Conservateurs
correspondent à des circonscriptions
où les Réformateurs n’étaient pas représentés.
Très souvent marginalisés et parfois même accusés de
s’allier à des pays occidentaux, la trentaine de partis des
Réformateurs ne semblent pas pour autant se résigner. Le
représentant de ces partis « alternatifs », l’ancien
président iranien, Mohammad Khatami, tente petit à petit de
se repositionner dans la course aux prochaines élections
présidentielles de 2009 profitant ainsi des critiques à
l’égard de la politique économique de l’actuel président
iranien Mahmoud Ahmadinejad. En effet, les inégalités et
l’inflation se sont faites de plus en plus ressentir en Iran
depuis ces dernières années alors que M. Ahmadinejad avait
promis de « ramener le pétrole à leur table ».
Entre fervents partisans de la Révolution islamique,
notamment ceux qui soutiennent la politique très
conservatrice de Mahmoud Ahmadinejad, nationalistes engagés
et ceux qui ont une approche plus rationnelle quant aux
relations avec les Occidentaux, les Conservateurs
apparaissent aujourd’hui divisés politiquement et présentent
des intérêts divergents.
L’UE sceptique
Ces élections ont en revanche enregistré un taux de
participation très important. Environ 44 millions
d’électeurs, âgés de 18 ans et plus, étaient appelés à se
rendre aux urnes vendredi pour renouveler le Parlement. Avec
un taux ayant atteint plus de 65 %, ces élections
législatives ont fortement marqué une différence avec les
élections précédentes et notamment celles de 2004 où la
participation avait enregistré un des taux les plus bas avec
51,2 %, alors que le plus élevé avait atteint 71 % en 1996.
Ce taux est d’autant plus remarquable, car ces élections ont
été privées de campagne électorale classique.
Cette forte participation est considérée comme un message
d’unité nationale par le président iranien destiné aux
Occidentaux, qu’il estime hostiles au régime. En effet,
l’Union européenne s’est interrogée sur leur légitimité
laissant apparaître une profonde inquiétude quant aux
conséquences qu’il pourrait y avoir dans le pays. La
présidence slovène de l’UE a exprimé dimanche « sa profonde
préoccupation devant le fait que les procédures électorales
dans la République islamique d’Iran ont été au-dessous des
standards internationaux ». Le ministère iranien des
Affaires étrangères a aussitôt condamné ce jugement le
qualifiant d’« inacceptable ».
Pour Téhéran, l’essentiel est que cette victoire a non
seulement prouvé la confiance donnée aux partis
conservateurs mais aussi permis de mesurer l’influence du
président Mahmoud Ahmadinejad, alors que les prochaines
élections présidentielles auront lieu l’année prochaine.
Lynda
Kartout