Al-Ahram Hebdo,Arts | Olivier Py ,  En Egypte, je peux découvrir un potentiel non encore mis à jour »
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 mars 2008, numéro 706

 

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Arts

Théâtre. Olivier Py est dramaturge, comédien, metteur en scène, réalisateur, mais aussi directeur du théâtre national de l’Odéon à Paris. Il était au Caire pour découvrir la scène dramatique nationale et créer des liens avec le monde arabe méditerranéen. 

« En Egypte, je peux découvrir un potentiel
non encore mis à jour »
 

Al Ahram Hebdo : Lors de votre nomination comme directeur du  théâtre de l’Odéon en mars 2007, vous avez déclaré vouloir élargir l’horizon de l’Europe pour aller à la rencontre des pays du sud de la Méditerranée. Etes-vous venu au Caire pour un projet spécifique ?

Olivier Py : Je suis au Caire pour une rencontre entre artistes qui a l’avantage d’être informelle, d’être sans obligation aucune. Nos discussions portent sur nos pratiques. Tout simplement comment on travaille, pour voir où se situent les différences culturelles plus que les différences institutionnelles.

Ce genre de rencontre ne sert à rien. C’est pourquoi l’invitation est heureuse et agréable. Il n’y a pas de but pratique à la clé. Moi, je peux venir un peu moins en tant que directeur de l’Odéon et un petit plus en artiste ou en artisan, comme mes camarades. Mais aussi comme directeur de l’Odéon avec l’idée de prendre des contacts et d’avoir des renseignements sur le théâtre égyptien et sur le théâtre arabe plus largement.

Mes origines méditerranéennes parlent aussi, qui font qu’il ne s’agit pas d’une simple posture ; c’est inscrit dans ma biographie. Donc, je fais un voyage de repérages et j’en suis heureux parce que dans des pays comme l’Egypte avec lesquels les échanges culturels ne sont pas une habitude, je peux découvrir un potentiel non encore mis à jour au niveau de l’écriture et de la mise en scène. Ce n’est pas comme entre Paris et Berlin où on est dans le même espace culturel.

Nous avons en France une grande communauté (le terme à mon avis est flou) maghrébine arabophone et rien n’est fait dans ce sens-là ; ce qui est complètement inconcevable sur le plan de la politique culturelle. Je pense que cela peut bouger. D’ailleurs, quand j’ai fait un récital pour Mahmoud Darwich, j’ai eu du mal à faire rentrer tout le monde. Pour dire que l’on n’accueille pas une langue, mais des artistes. On ne fait pas rencontrer des hommes et des femmes pour que ce soit un geste démagogique, mais pour que ça ait une vraie réalité artistique.

Dans ce souci de rendre le théâtre accessible à tous, vous voyez-vous comme un descendant ou un disciple de Vilar ?

— Oui. En ligne directe. C’est-à-dire que je ne conçois pas la subvention comme un mécénat d’Etat, mais comme une responsabilité civique. Je connais bien Vilar depuis que j’ai fait un travail sur l’homme et l’œuvre à Avignon pour commémorer les 60 ans du festival, j’ai lu ses textes fondamentaux et je peux dire que c’est un rêveur qui ne rêve pas, c’est un rêveur très pragmatique qui croit toujours à l’intelligence du public.

Moi aussi, j’ai confiance dans le public parce que j’ai fait des années de tournées en province dans des lieux qui ne sont pas des lieux prestigieux. Aujourd’hui, je peux dire que c’est beaucoup plus Paris qui a besoin de l’esprit de la décentralisation et non l’inverse. D’ailleurs, ce que Vilar a voulu en premier lieu, c’est échapper au parisianisme et revenir à un lien direct avec le public.

Pour votre programmation à l’Odéon, quels sont vos critères de choix ?

— Mes critères de choix sont d’abord artistiques, évidemment. Ensuite d’autres critères qui sont peut-être moins avouables, comme le fait d’avoir une grande salle de 800 places. Il y a un critère d’équilibre entre les classiques du répertoire et les contemporains pour que la programmation ne soit pas partisane. On peut faire un équilibre entre les auteurs français et ceux des pays invités.

Je ne veux pas programmer mon théâtre. Heureusement, j’ai l’énergie spirituelle d’aimer un théâtre différent du mien. Je suis un grand spectateur. Je crois que c’est un très grand danger pour un metteur en scène de cesser d’aller au théâtre. Y aller est absolument vital, sinon c’est le début de la fin. Parce que c’est un art qui change à toute vitesse. Le même geste il y a deux ans prend aujourd’hui, avec un nouveau code, une autre signification.

Bien évidemment, on peut apprécier un spectacle qui n’est pas à notre goût, mais il faut savoir reconnaître le talent, l’honnêteté, la puissance et la pensée. Tout ceci est fondamental.

Je ne cache pas mon attachement à l’écriture et au poème dramatique. La recherche formelle ou technologique n’est pas ce qui vient en premier lieu par rapport à un travail de questionnement intellectuel ou poétique. Le design seul ne suffit pas à la nourriture spirituelle. Je dis ceci car il ne faut pas faire de programmation à partir de metteurs en scène mais aussi à partir de poètes (ainsi appelle-t-il les auteurs de théâtre). Pour la saison prochaine, il est prévu de travailler autour d’un auteur grec peu traduit en France, Dimitri Dimitriadis. A ce propos, je serai pour l’intensification de la traduction pour aider à l’échange, ainsi je pense aux auteurs arabes.

Propos recueillis par Menha el Batraoui

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