Théâtre.
Olivier Py
est dramaturge, comédien, metteur en scène, réalisateur,
mais aussi directeur du théâtre national de l’Odéon à Paris.
Il était au Caire pour découvrir la scène dramatique
nationale et créer des liens avec le monde arabe
méditerranéen.
« En Egypte, je peux découvrir un potentiel
non encore mis à
jour »
Al
Ahram Hebdo : Lors de votre nomination comme directeur du
théâtre de l’Odéon en mars 2007, vous avez déclaré vouloir
élargir l’horizon de l’Europe pour aller à la rencontre des
pays du sud de la Méditerranée. Etes-vous venu au Caire pour
un projet spécifique ?
Olivier Py :
Je suis au Caire pour une rencontre entre artistes qui a
l’avantage d’être informelle, d’être sans obligation aucune.
Nos discussions portent sur nos pratiques. Tout simplement
comment on travaille, pour voir où se situent les
différences culturelles plus que les différences
institutionnelles.
Ce genre de rencontre ne sert à rien. C’est pourquoi
l’invitation est heureuse et agréable. Il n’y a pas de but
pratique à la clé. Moi, je peux venir un peu moins en tant
que directeur de l’Odéon et un petit plus en artiste ou en
artisan, comme mes camarades. Mais aussi comme directeur de
l’Odéon avec l’idée de prendre des contacts et d’avoir des
renseignements sur le théâtre égyptien et sur le théâtre
arabe plus largement.
Mes origines méditerranéennes parlent aussi, qui font qu’il
ne s’agit pas d’une simple posture ; c’est inscrit dans ma
biographie. Donc, je fais un voyage de repérages et j’en
suis heureux parce que dans des pays comme l’Egypte avec
lesquels les échanges culturels ne sont pas une habitude, je
peux découvrir un potentiel non encore mis à jour au niveau
de l’écriture et de la mise en scène. Ce n’est pas comme
entre Paris et Berlin où on est dans le même espace
culturel.
Nous avons en France une grande communauté (le terme à mon
avis est flou) maghrébine arabophone et rien n’est fait dans
ce sens-là ; ce qui est complètement inconcevable sur le
plan de la politique culturelle. Je pense que cela peut
bouger. D’ailleurs, quand j’ai fait un récital pour Mahmoud
Darwich, j’ai eu du mal à faire rentrer tout le monde. Pour
dire que l’on n’accueille pas une langue, mais des artistes.
On ne fait pas rencontrer des hommes et des femmes pour que
ce soit un geste démagogique, mais pour que ça ait une vraie
réalité artistique.
— Dans ce souci de rendre le théâtre accessible à tous,
vous voyez-vous comme un descendant ou un disciple de Vilar
?
— Oui. En ligne directe. C’est-à-dire que je ne conçois pas
la subvention comme un mécénat d’Etat, mais comme une
responsabilité civique. Je connais bien Vilar depuis que
j’ai fait un travail sur l’homme et l’œuvre à Avignon pour
commémorer les 60 ans du festival, j’ai lu ses textes
fondamentaux et je peux dire que c’est un rêveur qui ne rêve
pas, c’est un rêveur très pragmatique qui croit toujours à
l’intelligence du public.
Moi aussi, j’ai confiance dans le public parce que j’ai fait
des années de tournées en province dans des lieux qui ne
sont pas des lieux prestigieux. Aujourd’hui, je peux dire
que c’est beaucoup plus Paris qui a besoin de l’esprit de la
décentralisation et non l’inverse. D’ailleurs, ce que Vilar
a voulu en premier lieu, c’est échapper au parisianisme et
revenir à un lien direct avec le public.
— Pour votre programmation à l’Odéon, quels sont vos
critères de choix ?
— Mes critères de choix sont d’abord artistiques,
évidemment. Ensuite d’autres critères qui sont peut-être
moins avouables, comme le fait d’avoir une grande salle de
800 places. Il y a un critère d’équilibre entre les
classiques du répertoire et les contemporains pour que la
programmation ne soit pas partisane. On peut faire un
équilibre entre les auteurs français et ceux des pays
invités.
Je ne veux pas programmer mon théâtre. Heureusement, j’ai
l’énergie spirituelle d’aimer un théâtre différent du mien.
Je suis un grand spectateur. Je crois que c’est un très
grand danger pour un metteur en scène de cesser d’aller au
théâtre. Y aller est absolument vital, sinon c’est le début
de la fin. Parce que c’est un art qui change à toute
vitesse. Le même geste il y a deux ans prend aujourd’hui,
avec un nouveau code, une autre signification.
Bien évidemment, on peut apprécier un spectacle qui n’est
pas à notre goût, mais il faut savoir reconnaître le talent,
l’honnêteté, la puissance et la pensée. Tout ceci est
fondamental.
Je ne cache pas mon attachement à l’écriture et au poème
dramatique. La recherche formelle ou technologique n’est pas
ce qui vient en premier lieu par rapport à un travail de
questionnement intellectuel ou poétique. Le design seul ne
suffit pas à la nourriture spirituelle. Je dis ceci car il
ne faut pas faire de programmation à partir de metteurs en
scène mais aussi à partir de poètes (ainsi appelle-t-il les
auteurs de théâtre). Pour la saison prochaine, il est prévu
de travailler autour d’un auteur grec peu traduit en France,
Dimitri Dimitriadis. A ce propos, je serai pour
l’intensification de la traduction pour aider à l’échange,
ainsi je pense aux auteurs arabes.
Propos recueillis par Menha el Batraoui