Télévision.
A Little Mosque on the Prairie, une télésérie canadienne
dont deux épisodes ont été diffusés à l’ambassade du Canada
au Caire, illustre avec humour une interaction authentique
entre musulmans et non musulmans d’une petite ville.
Possibilité joyeuse d’un monde en construction
Présentés
en avant-goût de la série A Little Mosque on the Prairie
(une petite mosquée dans la prairie), qui sera aussi
projetée dans quelques mois à l’ambassade du Canada au
Caire, deux épisodes ont eu pour effet de convaincre le
public de l’objectif de Zarqa Nawaz, la réalisatrice :
l’exploration possible de la vie d’une communauté musulmane,
qui existe dans une petite ville de Sasketchwan, et de ses
mobiles utopiques qui n’ont pas disparu en dépit des
distorsions du 11 septembre. « A travers la comédie,
j’espère qu’une petite lumière éclairera la lanterne de ceux
qui ont des préjugés, notamment dans le monde post-11
septembre », souligne Zarqa. « Mais la série est bien une
sitcom et non une satire politique », prévient-elle.
Déjà
saluée par le Prix du multiculturalisme au gala des prix
Gemini (7 d’or canadien), la série est l’une des comédies
qui a fait le plus parler d’elle. L’intrigue nous introduit
au cœur d’une petite communauté musulmane pieuse, rassemblée
autour d’une petite mosquée, qui a investi l’espace d’une
ancienne église. Son leader économique est Yasir, d’origine
libanaise, et entrepreneur de bâtiment. Son épouse Sarah,
une Caucasienne convertie à l’islam, est l’assistante du
maire Ann Popowicz. Elle jette un pont entre les différentes
cultures. Sa fille Rayyan, médecin féministe, met un point
d’honneur à porter le voile. D’autre part, Baber, l’ancien
imam de la mosquée, réputé ultra-conservateur, cède sa place
à Amar, un ancien avocat, issu de Toronto, qui renonce au
barreau pour assumer les tâches de guide spirituel. Il
consulte souvent le révérend McGee sur la manière de
trancher les conflits opposant ses fidèles.
La trame livre quelques certitudes fulgurantes : la
communauté musulmane possède toutes les caractéristiques
pour être sûre de trouver des sympathisants comme des
adversaires. La réalisatrice joue des perspectives
ultra-conservatrices des hommes, voulant ériger une cloison
pour se séparer de la présence féminine qui les distrait
pendant la prière, pour étendre à la ville entière cette
dimension qui convoque un tiraillement entre tradition et
modernité. Le témoignage utilisé ici comme puissance de
décentrement est aussi efficace qu’humoristique. Fred,
chroniqueur de la radio locale, saisit l’occasion pour faire
éveiller les soupçons de la ville sur les relents
extrémistes des musulmans. La maire Ann Popowicz,
pragmatique, n’aide la communauté qu’à condition qu’elle
vote pour elle, à commencer par ses membres féminins. Par
ailleurs, un groupe de combattants pour les droits des
femmes organise une manifestation pour réclamer le droit des
musulmanes à partager la prière des hommes à la mosquée.
Cependant, le révérend McGee intervient pour tempérer les
tensions et incite l’imam Amar à se montrer déterminé à
faire valoir les valeurs de justice et de parité entre
hommes et femmes. Amar décide qu’il lui appartient de fixer
le début du Ramadan sans se référer aux injonctions de
l’Arabie saoudite. Il trouve une interlocutrice en Sarah,
qui propose de façon inopinée que le jeûne se passe en
hiver, saison clémente, plutôt qu’en été.
Multipliant les contrechamps sociaux, la réalisatrice
ébranle la notion de communauté repliée sur elle-même, pour
la muer en espace à construire en le confrontant à des
vis-à-vis. Les idées reçues sont tenues hors-champ, manière
d’annoncer que la rigidité est un processus troué. Cette
articulation entre équilibres et déséquilibres légitimes
permet d’accueillir à chaque instant un éclat de lumière. La
réalisatrice a pu ainsi filmer des situations « extrêmes »
ou modérées — crise de couple, retrouvailles de filiation
nuancées, rapports tendus entre hommes et femmes — avec
exactement la même possibilité de vibrations, qui touche
sans submerger, et laisse aussi au spectateur toute sa place
pour faire de cette histoire, lui fut-elle complètement
étrangère, la sienne.
Amina
Hassan