Al-Ahram Hebdo,Arts | Possibilité joyeuse d’un monde en construction
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 Semaine du 19 au 25 mars 2008, numéro 706

 

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Arts

Télévision. A Little Mosque on the Prairie, une télésérie canadienne dont deux épisodes ont été diffusés à l’ambassade du Canada au Caire, illustre avec humour une interaction authentique entre musulmans et non musulmans d’une petite ville. 

Possibilité joyeuse d’un monde en construction 

Présentés en avant-goût de la série A Little Mosque on the Prairie (une petite mosquée dans la prairie), qui sera aussi projetée dans quelques mois à l’ambassade du Canada au Caire, deux épisodes ont eu pour effet de convaincre le public de l’objectif de Zarqa Nawaz, la réalisatrice : l’exploration possible de la vie d’une communauté musulmane, qui existe dans une petite ville de Sasketchwan, et de ses mobiles utopiques qui n’ont pas disparu en dépit des distorsions du 11 septembre. « A travers la comédie, j’espère qu’une petite lumière éclairera la lanterne de ceux qui ont des préjugés, notamment dans le monde post-11 septembre », souligne Zarqa. « Mais la série est bien une sitcom et non une satire politique », prévient-elle.

Déjà saluée par le Prix du multiculturalisme au gala des prix Gemini (7 d’or canadien), la série est l’une des comédies qui a fait le plus parler d’elle. L’intrigue nous introduit au cœur d’une petite communauté musulmane pieuse, rassemblée autour d’une petite mosquée, qui a investi l’espace d’une ancienne église. Son leader économique est Yasir, d’origine libanaise, et entrepreneur de bâtiment. Son épouse Sarah, une Caucasienne convertie à l’islam, est l’assistante du maire Ann Popowicz. Elle jette un pont entre les différentes cultures. Sa fille Rayyan, médecin féministe, met un point d’honneur à porter le voile. D’autre part, Baber, l’ancien imam de la mosquée, réputé ultra-conservateur, cède sa place à Amar, un ancien avocat, issu de Toronto, qui renonce au barreau pour assumer les tâches de guide spirituel. Il consulte souvent le révérend McGee sur la manière de trancher les conflits opposant ses fidèles.

La trame livre quelques certitudes fulgurantes : la communauté musulmane possède toutes les caractéristiques pour être sûre de trouver des sympathisants comme des adversaires. La réalisatrice joue des perspectives ultra-conservatrices des hommes, voulant ériger une cloison pour se séparer de la présence féminine qui les distrait pendant la prière, pour étendre à la ville entière cette dimension qui convoque un tiraillement entre tradition et modernité. Le témoignage utilisé ici comme puissance de décentrement est aussi efficace qu’humoristique. Fred, chroniqueur de la radio locale, saisit l’occasion pour faire éveiller les soupçons de la ville sur les relents extrémistes des musulmans. La maire Ann Popowicz, pragmatique, n’aide la communauté qu’à condition qu’elle vote pour elle, à commencer par ses membres féminins. Par ailleurs, un groupe de combattants pour les droits des femmes organise une manifestation pour réclamer le droit des musulmanes à partager la prière des hommes à la mosquée.

Cependant, le révérend McGee intervient pour tempérer les tensions et incite l’imam Amar à se montrer déterminé à faire valoir les valeurs de justice et de parité entre hommes et femmes. Amar décide qu’il lui appartient de fixer le début du Ramadan sans se référer aux injonctions de l’Arabie saoudite. Il trouve une interlocutrice en Sarah, qui propose de façon inopinée que le jeûne se passe en hiver, saison clémente, plutôt qu’en été.

Multipliant les contrechamps sociaux, la réalisatrice ébranle la notion de communauté repliée sur elle-même, pour la muer en espace à construire en le confrontant à des vis-à-vis. Les idées reçues sont tenues hors-champ, manière d’annoncer que la rigidité est un processus troué. Cette articulation entre équilibres et déséquilibres légitimes permet d’accueillir à chaque instant un éclat de lumière. La réalisatrice a pu ainsi filmer des situations « extrêmes » ou modérées — crise de couple, retrouvailles de filiation nuancées, rapports tendus entre hommes et femmes — avec exactement la même possibilité de vibrations, qui touche sans submerger, et laisse aussi au spectateur toute sa place pour faire de cette histoire, lui fut-elle complètement étrangère, la sienne.

Amina Hassan

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