La Shoah contre les Palestiniens et le discours de paix
Mohamed Salmawy
Il
est étrange qu’au moment où Israël mène une guerre
d’extermination collective contre les Palestiniens à Gaza,
de manière jamais vue auparavant, les grands forums
culturels en Occident se précipitent pour rendre hommage à
Israël à l’occasion du 60e anniversaire de sa création sur
la terre de Palestine.
Ainsi avons-nous vu le Salon du livre de Paris choisir
Israël comme invité d’honneur dans sa prochaine édition qui
devrait commencer dans les jours qui viennent. Ensuite, ce
serait au tour du Salon de Turin, la plus grande
manifestation du genre en Italie, de faire de même.
Israël a l’habitude de poursuivre tous ceux qui osent le
taxer de nazisme en les contraignant à s’excuser ou bien, au
moins, à revenir sur cette description, considérée comme la
plus grande insulte portée à son égard. Mais, le voilà,
Israël qui atteint des degrés inimitables dans sa guerre
atroce menée contre les Palestiniens. Il est alors devenu
impossible d’embellir la situation par quelque qualificatif
falsifié que ce soit. Nous avons alors vu un grand
responsable israélien qui n’est autre que le ministre
adjoint de la Défense, Matan Vilnaï, employer le terme Shoah
pour avertir les Palestiniens de ce qui les attend à Gaza
quelques heures seulement avant les attaques féroces lancées
par Israël contre eux la semaine dernière.
Comment
le monde entier a-t-il pu fermer les yeux sur des choses
tellement évidentes, même pour les Israéliens eux-mêmes ?
Comment les Israéliens peuvent-ils utiliser des descriptions
nazies comme la Shoah, à un moment où les pays supposés être
amis des Arabes, comme la France et l’Italie, rendent
hommage à cet Etat dont les propres responsables
utilisent un vocabulaire nazi ?
Ceci est une preuve de la politique de deux poids, deux
mesures dans le regard que porte l’Occident sur le
Moyen-Orient. Cependant, nous ne devons pas nous exonérer
totalement, d’autant qu’Israël sait parfaitement manier la
langue du discours occidental. Raison pour laquelle il
s’adresse à eux de manière à les convaincre en utilisant les
définitions modernes de principes telles que la démocratie,
la liberté et les droits de l’homme. Alors que nous avons
imaginé pour de longues années, dont nous payons le prix
cher aujourd’hui, que la force du discours et sa capacité à
convaincre résident dans l’ampleur de la menace de tyrannie
et d’extermination. Israël a alors pu se présenter en
Occident comme étant l’île de la démocratie au Moyen-Orient.
Bien que sa démocratie soit d’ordre sélectif, s’appliquant à
un nombre déterminé d’habitants et écartant à des taux
disproportionnés les juifs d’origine orientale ou bien les
Arabes qui ont la nationalité israélienne. Israël,
également, s’est présentée à l’Occident à l’image de l’Etat
qui aime la paix et nous a laissé le soin de lancer des
mises en garde devant le monde entier, utilisant la
terminologie de la guerre et de la menace. Il a également su
revêtir l’apparence du pays de la liberté et des droits de
l’homme alors que nous avons, nous, exagéré dans la
violation de ces droits.
Israël a excellé dans ce jeu, même dans les moments
d’entente, de signature d’accords de réconciliation et de
paix. Nous avons vu la députée à la Knesset Geula Cohen
déchirer l’accord de paix conclu avec l’Egypte à la Knesset
et le jeter au visage du président américain et du président
Sadate, sans que cela n’embarrasse aucunement leur hôte qui
était le premier ministre de l’époque Menahem Begin, qui en
a tiré profit en expliquant au président Sadate et au
président américain qu’il était incapable d’ignorer
l’opposition en Israël. De cette manière, il a mis un terme
aux concessions qu’on lui demandait, alors que Sadate a agi
totalement à l’opposé. Il a rassemblé tous les opposants à
l’accord et les a incarcérés. Il a de cette manière favorisé
le prétexte avancé par Begin pour ne pas faire des
concessions.
Le résultat de ce contraste entre le discours arabe qui
regorge de menaces, de mises en garde et le discours
israélien reflétant le grand désir de faire la paix et
respectant la liberté, la démocratie et les droits de
l’homme a donné à Israël la possibilité de violer comme bon
lui semble ces mêmes principes. Il a alors tué et causé
l’exode des habitants originaires de la terre qu’il a
occupée. Il a attaqué les femmes et les enfants et a cassé
leurs os. A tel point qu’il serait rare de trouver un
Palestinien qui n’a pas vécu l’amertume des prisons
israéliennes. Aujourd’hui, ils sont 12 000 citoyens
palestiniens à souffrir dans les prisons, dont la plupart
sans accusation valable et vivant dans des conditions
médicales et humanitaires en contradiction avec toutes les
traditions et les lois internationales.
Derrière ce paravent de respect de la liberté, de la
démocratie et des droits de l’homme, Israël est parvenu à
élargir le cadre de ses agressions envahissant d’autres pays
de la région comme le Liban, la Syrie, et bombardant l’Iraq
et détruisant leurs installations et leurs infrastructures.
Mais, à tout moment, il ne s’est jamais départi de son
discours humanitaire éloquent qui rehausse les valeurs de
liberté, de démocratie et de droits de l’homme.
Il est temps qu’on révise notre discours politique pour nous
adresser au monde dans un langage en concordance avec ces
principes fondamentaux, piliers du droit international et
des articles de la déclaration des droits de l’homme. Ceci
sans pour autant renoncer à la politique d’affrontement et
de résistance contre l’agression israélienne continue qui
cible toute l’entité arabe et non pas uniquement le peuple
palestinien. Car, les discours d’Israël sur la paix tout au
long de plus d’un demi-siècle ne l’ont pas empêché d’aller
de l’avant dans sa politique expansionniste.
Nous devons faire tomber le faux masque derrière lequel
Israël cache son vrai visage devant le monde et qui s’est
révélé au grand jour la semaine dernière, lorsque Matan
Vilnaï a parlé de la Shoah palestinienne. Si ce terme avait
été en l’occurrence employé par un responsable égyptien
contre Israël, il aurait remué ciel et terre et aurait
considéré cela comme une violation du Traité de paix et une
déclaration de guerre. Il l’aurait d’autant plus exploité
encore une fois pour affirmer l’image du petit pays qui aime
la paix au milieu d’une mer agitée d’animosité arabe le
menaçant de l’anéantissement si le monde n’interférait pas
pour garantir sa survie. Cet Etat qui mène contre ses
voisins ce qu’il ne peut en aucun cas avouer publiquement, à
savoir l’holocauste nazi qu’a reconnu l’adjoint du ministre
de la Défense israélien dans un moment rare de vérité.