Sommet Arabe.
Prévu les 29 et 30 mars à Damas, il s’annonce tendu et
houleux à l’ombre d’une conjoncture difficile où la Syrie
est pointée du doigt.
Sous le signe de la discorde
Alors
que la Syrie poursuit ses préparatifs en vue d’accueillir le
prochain sommet arabe qui devra se tenir les 29 et 30 mars
prochain à Damas, le Liban a annoncé un seizième report de
l’élection présidentielle prévue initialement ce mardi et
ce, après maints échecs des négociations entre la majorité
parlementaire, soutenue par l’Occident et l’Arabie saoudite,
et l’opposition menée par le Hezbollah chiite et soutenue
par la Syrie et l’Iran. « Au vu de la situation actuelle, il
est peu probable que le Parlement se réunisse pour élire un
nouveau président mardi », avait avancé vendredi le premier
ministre Fouad Siniora au quotidien local As-Safir.
L’information a été confirmée ce lundi par Ali Hamdan,
porte-parole du président du Parlement, Nabih Berri : « Le
président du Parlement, Nabih Berri, a décidé de reporter la
session au mardi 25 mars à midi », a-t-il déclaré à l’AFP.
Cette annonce intervient au moment où les concertations
entre certains pays arabes, notamment l’Egypte et l’Arabie
saoudite, se renforcent en vue de valider ou non leur
participation à ce sommet. Effectivement, Riyad et Le Caire
qui soutiennent activement Beyrouth et le gouvernement
pro-occidental de Siniora ont fait savoir que l’élection
d’un président au Liban et la participation directe de
celui-ci au sommet serait une condition sine qua none quant
à leur propre participation. Ils accusent Damas de ne pas
soutenir les efforts entamés par l’initiative de paix arabe
adoptée au Caire le 6 janvier dernier et lui reprochent
ainsi de paralyser l’issue à la crise politique au Liban. Le
chef de la diplomatie syrienne, Walid Al-Mouallem a, quant à
lui, déclaré : « Si un président libanais n’est pas élu
avant le sommet arabe, le Liban choisira la personne qui le
représentera (…). Le sommet se tiendra à la date prévue et
le niveau de participation dépassera celui d’autres sommets
arabes », a-t-il ajouté. Les relations entre l’Arabie
saoudite et la Syrie sont actuellement très compromises en
raison d’une part, du manque de coopération de Damas dans la
résolution de la crise au Liban et d’autre part, du fait de
l’influence manifeste de l’Iran dans la région aidée par la
Syrie.
De plus, l’Arabie saoudite est favorable à la mise en place
d’un tribunal international visant à juger les assassins de
l’ancien premier ministre Rafic Hariri, proche de Riyad, tué
en février 2005 dans un attentat à Beyrouth attribué à la
Syrie. La Syrie, qui continue de contester ces accusations,
avait néanmoins fait retirer ses troupes installées au Liban
deux mois après cet assassinat. Le secrétaire général de la
Ligue arabe et médiateur dans la crise libanaise, Amr
Moussa, a de son côté fait savoir que le sommet devrait se
dérouler comme prévu en appelant à une réconciliation. Amr
Moussa, qui a essuyé plusieurs échecs dans les négociations
entre les parties libanaises pour l’élection d’un président
de consensus, a déclaré mercredi dernier, lors de
l’ouverture d’une réunion au Caire en vue de préparer le
prochain sommet arabe : « La solidarité, dans le cadre d’une
réconciliation nationale, est notre seule issue aux crises
actuelles et éventuelles ». Amr Moussa avait à plusieurs
reprises tenté de faire adopter un plan arabe qui prévoyait
l’élection immédiate à la présidence du chef de l’armée, le
général Michel Sleimane, la formation d’un gouvernement
d’union nationale sans minorité de blocage, comme le
souhaite l’opposition, et l’élaboration d’une nouvelle loi
électorale.
L’UE soutient la médiation de la Ligue arabe
Le diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, a
de son côté exprimé son soutien à la médiation du chef de la
Ligue arabe. « Nous souhaitons qu’un président élu puisse
participer au Sommet arabe (…), l’élection du président doit
intervenir avant le sommet arabe », insista-t-il dans une
conférence de presse à Beyrouth. Le Liban est aujourd’hui en
proie à sa plus grave crise politique depuis la fin de la
guerre civile (1975-1990). Sans président depuis le départ
du président pro-syrien Emile Lahoud le 24 novembre dernier,
les divergences entre la majorité pro-occidentale et
l’opposition pro-syrienne ne font que s’accentuer. La Syrie,
ancienne puissance tutrice du Liban durant 29 ans, détient
un rôle prépondérant dans cette crise et continue
d’influencer les divisions libanaises qui, par conséquent,
empêchent un système démocratique pluraliste.
Ce blocage politique n’a cessé de détériorer la situation
sécuritaire au Liban ces dernières semaines. Et ce ne sera
certainement pas l’assassinat le 12 février dernier de Emad
Moughnieh, activiste du Hezbollah, et l’envoi du navire
américain USS Cole au large des côtes libanaises qui
cesseront d’attiser les tensions. Un haut responsable de
l’Administration Bush avait manifesté ses inquiétudes quant
à un éventuel nouveau conflit entre l’armée israélienne et
les forces du Hezbollah et avait justifié alors le
positionnement du navire comme faisant « (…) partie d’une
série de mesures de notre part et de la part d’autres
membres de la communauté internationale pour exprimer notre
inquiétude au sujet du comportement des Syriens ». Alors que
plusieurs pays arabes voient en ce prochain sommet une
éventuelle solution à la crise qui perdure au Liban, l’Egypte
et l’Arabie saoudite pourraient quant à elles le boycotter
si un président n’est pas désigné le plus rapidement
possible.
Toutefois, un risque est à craindre si les partis rivaux
acceptent d’élire un président uniquement dans le but de
participer au sommet et sans parvenir à constituer
véritablement un gouvernement d’union nationale.
Lynda
Kartout