Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Sous le signe de la discorde
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Sommet Arabe. Prévu les 29 et 30 mars à Damas, il s’annonce tendu et houleux à l’ombre d’une conjoncture difficile où la Syrie est pointée du doigt.

Sous le signe de la discorde

Alors que la Syrie poursuit ses préparatifs en vue d’accueillir le prochain sommet arabe qui devra se tenir les 29 et 30 mars prochain à Damas, le Liban a annoncé un seizième report de l’élection présidentielle prévue initialement ce mardi et ce, après maints échecs des négociations entre la majorité parlementaire, soutenue par l’Occident et l’Arabie saoudite, et l’opposition menée par le Hezbollah chiite et soutenue par la Syrie et l’Iran. « Au vu de la situation actuelle, il est peu probable que le Parlement se réunisse pour élire un nouveau président mardi », avait avancé vendredi le premier ministre Fouad Siniora au quotidien local As-Safir. L’information a été confirmée ce lundi par Ali Hamdan, porte-parole du président du Parlement, Nabih Berri : « Le président du Parlement, Nabih Berri, a décidé de reporter la session au mardi 25 mars à midi », a-t-il déclaré à l’AFP.

Cette annonce intervient au moment où les concertations entre certains pays arabes, notamment l’Egypte et l’Arabie saoudite, se renforcent en vue de valider ou non leur participation à ce sommet. Effectivement, Riyad et Le Caire qui soutiennent activement Beyrouth et le gouvernement pro-occidental de Siniora ont fait savoir que l’élection d’un président au Liban et la participation directe de celui-ci au sommet serait une condition sine qua none quant à leur propre participation. Ils accusent Damas de ne pas soutenir les efforts entamés par l’initiative de paix arabe adoptée au Caire le 6 janvier dernier et lui reprochent ainsi de paralyser l’issue à la crise politique au Liban. Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Al-Mouallem a, quant à lui, déclaré : « Si un président libanais n’est pas élu avant le sommet arabe, le Liban choisira la personne qui le représentera (…). Le sommet se tiendra à la date prévue et le niveau de participation dépassera celui d’autres sommets arabes », a-t-il ajouté. Les relations entre l’Arabie saoudite et la Syrie sont actuellement très compromises en raison d’une part, du manque de coopération de Damas dans la résolution de la crise au Liban et d’autre part, du fait de l’influence manifeste de l’Iran dans la région aidée par la Syrie.

De plus, l’Arabie saoudite est favorable à la mise en place d’un tribunal international visant à juger les assassins de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, proche de Riyad, tué en février 2005 dans un attentat à Beyrouth attribué à la Syrie. La Syrie, qui continue de contester ces accusations, avait néanmoins fait retirer ses troupes installées au Liban deux mois après cet assassinat. Le secrétaire général de la Ligue arabe et médiateur dans la crise libanaise, Amr Moussa, a de son côté fait savoir que le sommet devrait se dérouler comme prévu en appelant à une réconciliation. Amr Moussa, qui a essuyé plusieurs échecs dans les négociations entre les parties libanaises pour l’élection d’un président de consensus, a déclaré mercredi dernier, lors de l’ouverture d’une réunion au Caire en vue de préparer le prochain sommet arabe : « La solidarité, dans le cadre d’une réconciliation nationale, est notre seule issue aux crises actuelles et éventuelles ». Amr Moussa avait à plusieurs reprises tenté de faire adopter un plan arabe qui prévoyait l’élection immédiate à la présidence du chef de l’armée, le général Michel Sleimane, la formation d’un gouvernement d’union nationale sans minorité de blocage, comme le souhaite l’opposition, et l’élaboration d’une nouvelle loi électorale.

 

L’UE soutient la médiation de la Ligue arabe

Le diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, a de son côté exprimé son soutien à la médiation du chef de la Ligue arabe. « Nous souhaitons qu’un président élu puisse participer au Sommet arabe (…), l’élection du président doit intervenir avant le sommet arabe », insista-t-il dans une conférence de presse à Beyrouth. Le Liban est aujourd’hui en proie à sa plus grave crise politique depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). Sans président depuis le départ du président pro-syrien Emile Lahoud le 24 novembre dernier, les divergences entre la majorité pro-occidentale et l’opposition pro-syrienne ne font que s’accentuer. La Syrie, ancienne puissance tutrice du Liban durant 29 ans, détient un rôle prépondérant dans cette crise et continue d’influencer les divisions libanaises qui, par conséquent, empêchent un système démocratique pluraliste.

Ce blocage politique n’a cessé de détériorer la situation sécuritaire au Liban ces dernières semaines. Et ce ne sera certainement pas l’assassinat le 12 février dernier de Emad Moughnieh, activiste du Hezbollah, et l’envoi du navire américain USS Cole au large des côtes libanaises qui cesseront d’attiser les tensions. Un haut responsable de l’Administration Bush avait manifesté ses inquiétudes quant à un éventuel nouveau conflit entre l’armée israélienne et les forces du Hezbollah et avait justifié alors le positionnement du navire comme faisant « (…) partie d’une série de mesures de notre part et de la part d’autres membres de la communauté internationale pour exprimer notre inquiétude au sujet du comportement des Syriens ». Alors que plusieurs pays arabes voient en ce prochain sommet une éventuelle solution à la crise qui perdure au Liban, l’Egypte et l’Arabie saoudite pourraient quant à elles le boycotter si un président n’est pas désigné le plus rapidement possible.

Toutefois, un risque est à craindre si les partis rivaux acceptent d’élire un président uniquement dans le but de participer au sommet et sans parvenir à constituer véritablement un gouvernement d’union nationale.

Lynda Kartout

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