Bande de Gaza.
Indifférence ou pragmatisme ? Les pays arabes n’ont réagi
que faiblement aux massacres israéliens dans la bande de
Gaza. Il est clair que le Hamas constitue pour eux un
fardeau qu’ils n’arrivent pas à assumer.
Une diplomatie de l’indifférence
«
Le peuple palestinien vous a lancé un appel d’aide. Si vous
ne répondez pas, l’Histoire n’oubliera jamais votre silence
et indifférence ». C’est par ces mots qu’Ismaïl Haniyeh, le
premier ministre du gouvernement, s’est adressé dans un
communiqué aux dirigeants arabes. Ces derniers ont pour
l’instant confié la tâche à leurs chefs de diplomatie. A
l’issue d’une session ordinaire à la Ligue arabe, consacrée
à la préparation du Sommet de Damas, les ministres ont
répondu à l’appel palestinien par un communiqué, dans lequel
ils condamnent les « crimes de guerre et les crimes contre
l’humanité commis par Israël ». Le secrétaire général de la
Ligue arabe, Amr Moussa, a pris, lui, à son compte les
détails : « L’agression criminelle contre Gaza démontre que
la politique israélienne à l’égard du peuple palestinien
relève du génocide et du nettoyage ethnique ». Pas plus. Des
mots qui ressemblent à beaucoup d’autres prononcés dans des
occasions similaires, où les Palestiniens étaient victimes
des agressions israéliennes les plus virulentes. Peut-on
leur reprocher une attitude pareille ? N’ont-ils pas tenté
plutôt de surmonter leurs différends sur le Liban et montré
une unité de façade pour partir à Damas assister au sommet ?
La question du Liban n’est-elle pas devenue de facto
prioritaire dans l’ordre du jour de la rencontre annuelle
des chefs d’Etats arabes ?
Ancien diplomate et professeur de droit et de relations
internationales, Abdallah Al-Achaal estime que « les Etats
arabes se sont accordés à maintenir le mutisme absolu ... Un
communiqué général au nom de la Ligue épargne à leurs
capitales des réactions individuelles ».
En effet, aucun des chefs d’Etat arabes n’a pris la moindre
réaction vis-à-vis des raids israéliens qui se sont
multipliés contre la bande de Gaza, laissant des centaines
de morts et de blessés. Et l’écart entre une réaction
populaire et une autre officielle a été une fois de plus
flagrant. La menace lancée par Israël de « mener un
holocauste à Gaza » ne les a pas fait bouger non plus.
Abdel-Moneim Saïd, directeur du Centre des Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, affirme pourtant qu’il ne
faut pas voir une passivité quelconque dans l’attitude arabe
: « Le Hamas n’a pas appelé à l’intervention arabe. Au
contraire, il agit seul et annonce sa victoire ». Et
d’ajouter : « Même si le Hamas avait exigé une intervention
militaire de la part des Etats arabes, des décisions aussi
dangereuses ne sont pas à prendre du jour au lendemain ».
C’est
effectivement sur ces principes que les Arabes ont agi. Le
Hamas a commis une erreur, s’est emparé du pouvoir, lancé
des roquettes et devrait donc assumer les conséquences.
C’est le refrain répété par Israël et les Américains aussi.
Et les Arabes ne sont pas encore prêts à sacrifier leurs «
relations stratégiques » avec Washington pour les beaux yeux
des Palestiniens. Il faudrait peut-être voir la décision de
l’Administration américaine de débloquer les 100 millions de
dollars, déjà gelés, de l’aide américaine en faveur de l’Egypte
sous cet angle. L’affaire ne diffère pas beaucoup avec
l’Arabie saoudite, qui a aussi ses relations
d’interdépendance avec l’Amérique. Cet Etat arabe est l’une
des sources fondamentales du pétrole pour les Etats-Unis et
qui, en échange, profite du marché énorme de l’Amérique et
bien sûr d’une sécurité militaire. Ces deux cas ne sont que
de simples exemples d’une attitude plus globale des pays
arabes.
Les Arabes ne se sont pas contentés de ne pas prendre
position contre les attaques israéliennes, ils ont en plus
pris la même position des Américains et des Israéliens en
accusant le Hamas d’être le déclencheur de cet holocauste.
En effet, les pays arabes ont condamné la dernière opération
de Jérusalem, dont le Hamas a revendiqué la responsabilité,
et ne se sont pas gênés de ne pas avoir agi de même avec les
attaques israéliennes. Le plus surprenant, c’est que le
président palestinien, Mahmoud Abbass, a soutenu cette
attitude. « Le président Mahmoud Abbass condamne l’attaque
menée à Jérusalem, qui a coûté la vie à de nombreux
Israéliens, et réitère sa condamnation de toutes les
attaques qui visent des civils, qu’il s’agisse de
Palestiniens ou d’Israéliens », a déclaré Saëb Ereqat, l’un
des ses plus proches conseillers.
Al-Achaal explique qu’il existe entre Abou-Mazen et les
Israéliens un accord préalable, depuis la réunion
d’Annapolis pour le démantèlement du Hamas. Lors de cette
rencontre américaine, les Arabes ne se sont pas opposés aux
Américains et Israéliens qualifiant le Hamas d’«
organisation terroriste ».
« Il est dans l’intérêt de l’Autorité palestinienne de se
débarrasser du Hamas et elle le fait par le biais des
Israéliens. Les dirigeants arabes ne seraient pas contre. Ce
qui explique leur silence », affirme Al-Achaal. Un silence
qui ne gêne presque plus. La rue arabe aurait pris
l’habitude d’une inefficacité de leurs organisations, non
seulement dans le dossier palestinien.
Chaïmaa Abdel-Hamid
Mavie
Maher