Bande de Gaza.
Rafah, cette ville à la frontière de la Palestine, accueille
des blessés victimes du massacre israélien. En dépit de
strictes mesures de sécurité, tout se passe bien.
Echos des ambulances
«
Ambulance 1, six blessés, quatre hommes, deux femmes, pas
d’accompagnateurs » ... La voix d’un Egyptien vient à
travers le talkie-walkie du policier installé dans son
bureau au poste-frontière de Rafah. Son collègue n’est qu’à
environ 300 mètres de lui. A la sortie du point de passage,
c’est l’entrée de la bande de Gaza. « Le territoire enfer »,
dit Salah, un policier, en se souvenant des bruits des raids
menés par Israël durant la nuit. Mais il pense encore plus à
ces blessés palestiniens qui ne cessent d’arriver. Voilà 5
jours qu’il les voit passer vers 10h du matin, les Egyptiens
dépêchent des ambulances devant le poste-frontière. En
moyenne, une quinzaine par jour. Mais ce jour-là, on
comptait une dizaine de plus. « On vient de l’hôpital de
Rafah, de celui de Arich ou de la salle d’urgence non loin
du village de Gorah », précise Mahmoud Al-Emari, l’un des 50
secouristes en attente de l’ouverture des frontières. Une
heure passe, deux ... vers midi, la grille s’ouvre. « Cela
veut dire que les ambulances palestiniennes sont arrivées de
l’autre côté de la frontière. On nous a informés que 65
victimes seront transportées aujourd’hui », dit Al-Emari,
qui fait la navette entre Rafah, l’égyptienne, et Rafah, la
palestinienne, depuis 3 jours. Mission difficile. Les
véhicules passent, les policiers les fouillent, ils avancent
avant de disparaître de l’horizon.
Quelques minutes et c’est le tour aux camions ... chargés de
sucre et de farine. Au total 162 tonnes, tous des donations
des Egyptiens aux Palestiniens soumis à un blocus israélien
de toutes sortes. Fin janvier, les Palestiniens avaient fait
sauter la frontière, ladite porte de Salaheddine, à environ
7 km d’ici. Ils avaient vidé tous les magasins de la petite
ville du Sinaï ou de la ville avoisinant de Arich de tous
leurs produits. Mais les blindés sont bien présents, et des
policiers égyptiens qui ont reconstruit le mur et les
barbelés sont postés partout. Plus personne ne peut passer.
Isamaïl est un Palestinien de 18 ans, c’est « un homme de
Dahlane (le Fathiste et ancien chef de la sécurité) ». Il a
franchi la frontière un jour de janvier avec les 700 000
autres Palestiniens. Lui, il était venu juste visiter, « se
changer les idées, après les images de sang et de
destruction ». Il quitte Rafah, va à Arich et aux alentours.
A son retour à Rafah la frontière était de nouveau fermée.
Et depuis, il ne peut quitter le territoire égyptien. Il
tente de s’infiltrer avec les ambulances ou les camions. Les
gardes le repoussent : « On n’a pas encore l’ordre de vous
laisser passer », lui dit-on. Une heure est encore passée,
deux ... et à 14h, on voit de loin une ambulance approcher.
Cette fois-ci, elle est chargée. De nouveau, les policiers
mènent leur inspection. Ils prennent les passeports des six
Palestiniens à bord, une copie du rapport médical ... Les
minutes passent, le soleil est brûlant. L’ambulancier
remonte à bord, et au lieu de passer, il rebrousse chemin,
direction Gaza. Un papier manque. Un quart d’heure et
l’ambulance revient suivie d’autres ... toutes avec des
Palestiniens blessés à bord. Elles s’échappent vers
l’hôpital de Rafah. Celui-ci a accueilli jusqu’à présent
environ 150 cas, deux d’entre eux ont succombé à leurs
blessures avant d’être rapatriés en territoire palestinien.
On évacue l’ambulance. La scène est plus qu’émouvante. Tareq
est le premier à être débarqué. Le médecin note dans son
registre : fracture à la jambe droite, fracture au bassin,
fracture à la cage thoracique ... « J’ai entendu le bruit
terrifiant des avions israéliens, et peu après, un missile
s’est abattu sur un bâtiment dans notre quartier.
J’entendais les cris puis je ne sais plus combien de temps
après, j’ai senti les mains qui tentaient de me retirer de
sous les décombres », raconte le jeune Gazaoui de 18 ans qui
ne fait pas exception dans cette tragédie. Malgré tout,
Rafah l’égyptienne restera pour les Palestiniens une
échappée d’air.
Samar
Al-Gamal