Colloque.
Invité au Salon Mohamad Auda, Abdel-Wahab Al-Messeiri,
spécialiste du sionisme, est revenu sur les fondements
théoriques de ce mouvement et les enjeux géo-stratégiques
actuels.
La logique d’un conflit
Au moment où la bande de Gaza est tout entière embrasée par
un « holocauste », selon les termes du vice-ministre
israélien de la Défense, qui n’est autre chose que
l’incarnation de la barbarie en pleine civilisation, le
Salon Mohamad Auda, organisé le mercredi 5 mars au Syndicat
des journalistes, s’est attaché à présenter une approche
approfondie du conflit arabo-israélien. Une approche
consistant à expliquer les visées du projet sioniste et sa
conception du rôle politique de l’Etat d’Israël au niveau
international. Le colloque a été animé par Abdel-Wahab
Al-Messeiri, auteur de la fameuse encyclopédie sur Le
Judaïsme dans le monde, universitaire de renom menant depuis
trente ans des études concernant la société et la politique
israélienne, ainsi que par le professeur Mohamad Hicham,
spécialiste de littérature anglaise, mais aussi du projet
sioniste.
Al-Messeiri est revenu sur les origines du conflit
arabo-israélien, sur les premières vagues d’immigration vers
la Palestine de juifs fuyant les pogroms et l’antisémitisme
politique en Europe. Dans ce contexte, Théodor Herzl,
fondateur du mouvement sioniste, obtient le soutien des
dirigeants politiques des grandes puissances européennes. Un
soutien qu’Al-Messeiri explique par deux types de réponses.
La première est que les avancées militaires de Mohamad Ali
avaient effrayé Londres. Pour Al-Messeiri, une Egypte
moderne et puissante militairement, projetant sa puissance
vers l’Est était une grave menace pour l’Occident. Sur un
autre plan, Al-Messeiri a également fait remarquer qu’à la
fin du XIXe siècle, La Question d’Orient agitait toute la
scène internationale, autour du partage de l’Empire ottoman
par le colonialisme européen. C’est dans ce contexte, qu’a
été édictée la déclaration Balfour, le 2 novembre 1917. Et
l’Etat d’Israël fut créé en 1948, géographiquement situé,
entre l’aile asiatique du monde arabe et son aile africaine.
Cette position géographique d’Israël visait essentiellement
à contenir, endiguer l’Egypte et finalement l’empêcher de
projeter sa puissance vers l’Est comme l’aurait souhaité
Nasser un peu plus tard.
Historiquement, « le sionisme était et demeure un instrument
de puissance de l’impérialisme occidental qui règne sur les
richesses pétrolières, les territoires et les voies
maritimes du monde arabe », explique Al-Messeiri. C’est ce
qui fait « sa raison d’être, sa justification politique sur
la carte mondiale, et la source même de sa force et de sa
brutalité excessive ». Sans condamnation internationale
aucune.
Le second intervenant, Mohamad Hicham, a développé son
analyse, toujours dans une perspective établissant un
rapport très étroit entre le sionisme et l’hégémonie
américaine en soulignant que « depuis 2004 et jusqu’à
Annapolis, le discours politique américain ne parle plus que
de la judaïcité d’Israël, niant ainsi et catégoriquement le
droit des Arabes à Jérusalem-Est et le droit des
Palestiniens au retour ». C’est en quelque sorte une
nouvelle déclaration Balfour, mais faite cette fois-ci par
George W. Bush. En fait, Israéliens et Américains sont
profondément inquiets de la croissance démographique des
Palestiniens dans les territoires occupés.
« Et alors ? ». C’est ainsi que s’est soudainement exprimée
une personne de l’auditoire du Syndicat des journalistes : «
Que faire ? ». Dans sa réponse, Al-Messeiri insiste sur le
fait que l’on aurait tort de penser que l’Occident agit
conformément aux vertus de la raison comme voudrait bien le
croire le président palestinien Abou-Mazen. En fait,
l’Occident est plutôt matérialiste que rationnel. Par
conséquent, « la résistance armée contre l’occupant
israélien est une capacité de nuisance aux intérêts
occidentaux et c’est dans cette nuisance que réside le
règlement du conflit, parallèlement aux négociations ».
Un point de vue qui ne fait pas l’unanimité dans le débat en
cours actuellement sur les voies de sortie de la crise. Une
seule chose est sûre : la priorité devrait être plutôt
accordée à une vie digne pour les Palestiniens.
Khaled
Abdel-Azim