Al-Ahram Hebdo, Idées | Un refus arabe unanime
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Idées

Polémique. Le choix d’Israël comme invité d’honneur au 28e Salon du livre de Paris (14-19 mars) a suscité une vague de protestations. En Egypte et dans le monde arabe, mais aussi en Israël même.  

Un refus arabe unanime 

C’est pour célébrer les 60 ans d’existence de l’Etat d’Israël que le Salon du livre à Paris a fait le choix d’en faire son invité d’honneur cette année. Il n’est pas le seul, Israël étant aussi l’invité d’honneur à la Foire internationale du livre de Turin (8-12 mai 2008), qui sera ainsi le deuxième salon du livre en Europe à faire d’Israël son invité d’honneur, à l’occasion de cette « célébration ». Mais ces 60 ans sont aussi « 60 ans d’exode, de torture, de meurtre, et d’humiliation collective imposés par l’occupation militaire israélienne au peuple palestinien ». C’est en ces termes que 25 présidents de différents unions et syndicats professionnels égyptiens et arabes ont présenté une note de protestation à l’ambassadeur de France au Caire le 24 février. Une note très représentative de l’opinion publique arabe, puisque, initiée par l’Union des écrivains d’Egypte, elle a été signée aussi bien par Ibrahim Al-Moallem, président de l’Union des éditeurs égyptiens, Makram Mohamad Ahmad, président du Syndicat des journalistes égyptiens, que par les dirigeants de l’Union des ingénieurs et des médecins arabes, ou encore le représentant de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme. Dans cette note, les signataires « réaffirment leur opposition totale à la décision de l’administration du Salon du livre de Paris qui a choisi Israël comme invité d’honneur » et « expriment leur extrême mécontentement vis-à-vis de cette décision sans précédent ».

Une initiative qui a rencontré un écho assez positif parmi les écrivains et intellectuels égyptiens. « Je suis tout à fait avec ceux qui ont protesté. A vrai dire, c’est le moment le plus mauvais pour qu’Israël soit invité d’honneur à cause des crimes contre les enfants qui ont lieu à Gaza. La situation là-bas ne peut pas nous laisser indifférents », explique Bahaa Taher, romancier égyptien qui pense que « les responsables français ont déjà exprimé maintes fois leur alignement sur les politiques israéliennes ». Amina Rachid, professeur de littérature comparée et activiste, pense que le fait de protester est une action positive. « Je dirai même qu’il faut que nous boycottions ce salon. Il est nécessaire de prendre une décision ferme à ce sujet, surtout à un moment où nous voyons tous les jours des enfants palestiniens massacrés par les soldats israéliens. Le boycott est un cri contre la violation quotidienne des droits de l’homme en Palestine », dit-elle.

Le boycott cependant n’a pas que des adeptes, même du côté arabe. Selon l’écrivain égyptien Gamal Al-Ghitani, une déclaration de la position égyptienne et arabe peut être faite sans boycotter le salon. « Avec tous mes respects à ceux qui ont décidé de boycotter officiellement cet événement, nous ne pouvons pas dicter à la France ses invités. Nous ne devons pas intervenir. Je pense qu’au contraire, l’Egypte doit participer à ce salon et transmettre au monde entier les violations des droits de l’homme et les crimes odieux commis contre les Palestiniens. Et ce en exposant des photos sur les événements en cours, et en organisant des séances de poésie et des débats en invitant des poètes comme Mahmoud Darwich par exemple. Est-il possible de boycotter tous les événements auxquels Israël participera ? », conclut-il.

Pourtant, la position du boycott est d’ores et déjà adoptée par plusieurs pays arabes et islamiques : le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, le Liban et l’Iran ont ainsi officiellement annulé leur réservation au Salon du livre de Paris. Cependant, l’Egypte n’a pas encore déclaré officiellement sa position vis-à-vis de cette invitation. Contacté par téléphone, le bureau du ministre de la Culture répondait que ce dernier était au Mexique et qu’il n’avait pas adopté pour l’instant de position officielle.

Du côté israélien, la position du boycott existe, même minoritaire. Sur les 40 écrivains israéliens de langue hébraïque invités à participer au Salon du livre de Paris, un seul, le poète Ahron Shabtaï, né en 1939, et l’un des plus grands poètes israéliens contemporains et le plus apprécié des traducteurs de drames grecs en hébreu, boycotte ce salon. Une position qui n’est pas nouvelle pour lui ; il a déjà boycotté d’autres forums culturels rendant hommage à Israël. Selon lui, « Israël commet tous les jours des crimes de guerre et impose des punitions collectives aux Palestiniens. Il n’y a pas de raison pour célébrer quoi que ce soit ». Dans une interview avec Silvia Cattori, journaliste suisse, Shabtaï condamne même ceux qui participent au Salon du livre comme Amos Oz, Avraham Yehoshua, David Grossman, Etgar Keret, entre autres. Pour lui, ces écrivains aident par leur participation à « la promotion de la propagande d’Israël ».

« Les organisateurs du Salon du livre ont en effet privilégié le politique sur le culturel, en faisant le choix de célébrer la fondation de l’Etat d’Israël », s’insurge Mohamed Salmawy, président des Unions des écrivains égyptiens et arabes. « Il ne s’agit pas pour nous de protester contre la présence des écrivains israéliens, car il y sont tous les ans. Nous protestons contre les honneurs rendus à un Etat considéré par 59 % de l’opinion mondiale comme la menace n°1 à la sécurité et à la stabilité mondiales ». Des honneurs, qui, au-delà de la question du boycott, ont mécontenté l’opinion arabe tout entière.

Shérine Mounib

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