Al-Ahram Hebdo, Egypte | Marche arrière
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Egypte

Médecins. La grève partielle qui devrait avoir lieu le 15 mars pour réclamer une hausse des salaires a été annulée suite aux pressions exercées par l’Etat.

Marche arrière

L’annonce de la grève partielle pour le 15 mars par les médecins est inédite, car c’est la première fois qu’un groupe professionnel, en dehors des ouvriers, menace de faire grève pour revendiquer ses droits. Mais cette grève qui devrait être observée dans tous les hôpitaux et cliniques publics n’aura finalement pas lieu. L’Etat a « tapé du poing sur la table » et la démarche dans son ensemble a été avortée. « La grève des employés de l’Etat et surtout des médecins est interdite. Nous ne tolérerons aucune grève dans les services publics. Ceux qui veulent réclamer leurs droits peuvent le faire à travers les voies légales », a martelé le premier ministre Ahmad Nazif. La grève organisée à titre symbolique devrait durer deux heures seulement et englober tous les services sauf les urgences et les blocs opératoires. Mais une réunion entre le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, et le président de l’Ordre des médecins, Hamdi Al-Sayed, a stoppé les machines. Al-Gabali a fait savoir que le décret numéro 1 185 interdit la grève dans le service public surtout les hôpitaux, les cliniques et les pharmacies. Résultat : l’Ordre des médecins a fait marche arrière. « Nous ne pouvons pas entrer dans une confrontation avec l’Etat, je ne veux pas exposer les jeunes médecins à des sanctions car ceci va compliquer notre tâche », a annoncé Hamdi Al-Sayed. Et d’ajouter : « Le comité chargé d’organiser la grève va se réunir cette semaine pour examiner les déclarations du premier ministre sur la légalité de la grève. Parallèlement, nous allons poursuivre notre mouvement de protestation en utilisant tous les moyens à notre disposition ».

Les médecins revendiquent une amélioration de leur statut salarial à l’instar de celui accordé récemment aux enseignants. Les doléances des médecins ont été exprimées dans des lettres ouvertes adressées au président de la République et au premier ministre. « Les médecins touchent 250 L.E. par mois après 7 ans d’études difficiles et coûteuses, ceci au moment où des employés dans certains ministères, qui n’ont pas de diplôme supérieur, touchent des milliers de L.E. », se plaint Amira, jeune dermatologue employée dans un hôpital public. Elle ajoute que les médecins sont tenus de suivre en permanence les progrès réalisés en matière de diagnostic et de thérapie. Or, l’achat de références coûte très cher. « Comment dans de telles conditions, les médecins peuvent-ils évoluer ? J’ai été obligée de contracter un crédit à la banque pour acheter un ordinateur. Mon salaire ne suffit pas pour acheter une seule pièce de cet ordinateur », affirme Amira. Elle affirme qu’elle et ses collègues étaient très enthousiastes à l’idée d’organiser cette grève mais la décision du président de l’Ordre les a totalement déçus. « Si la direction de l’Ordre a décidé de céder aux pressions du gouvernement, nous n’allons pas rester les bras croisés », indique Waël Mansour, pédiatre.

Lors de sa campagne pour les présidentielles de 2005, le président Moubarak avait promis d’améliorer le statut salarial des enseignants. Cette promesse du chef de l’Etat a mis le gouvernement dans un sérieux dilemme, car celui-ci devait trouver les ressources financières nécessaires à la mise en application de ce nouveau statut salarial, dont le coût s’élève à plusieurs milliards de L.E. Confronté à ce problème, le gouvernement a annoncé que le nouveau statut des enseignants serait appliqué en plusieurs étapes. « Le problème est que d’autres catégories professionnelles ont commencé à revendiquer des hausses des salaires et une amélioration de leur statut », analyse Ammar Ali Hassan, chercheur du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. C’est le cas notamment des médecins et des professeurs d’universités qui envisagent eux  aussi une grève. « Mais l’Etat n’est pas disposé à répondre à toutes ces revendications. D’une part parce qu’il n’y a pas d’argent et d’autre part parce qu’il craint une extension du mouvement à d’autres catégories professionnelles », explique le chercheur affirmant que l’Etat utilise toutes les cartes à sa disposition pour empêcher de telles grèves. « On a subitement entendu dire que des fraudes ont eu lieu dans la circonscription électorale de Hamdi Al-Sayed, ce qui menace le siège de ce dernier à l’Assemblée. Ces pressions indirectes ont incité le président de l’Ordre à revenir sur la décision de  faire grève », analyse Ammar Hassan. Si les ouvriers qui ont massivement manifesté en 2007 pour revendiquer leurs droits ont eu un certain succès, d’autres catégories professionnelles comme les médecins et les professeurs d’universités paraissent éprouver des difficultés. « Ceci est dû au fait que les ouvriers sont mieux organisés et que les intérêts personnels n’avaient aucune place dans leur mouvement », ajoute Ammar Hassan.

L’Etat a besoin de temps pour trouver les ressources nécessaires afin d’améliorer le statut de 5 millions d’employés. C’est ce qu’il essaie de faire à travers l’imposition de nouvelles taxes notamment les taxes foncières. En attendant, il n’est pas disposé à accepter une nouvelle grogne sociale.

Sabah Sabet

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