Médecins.
La grève partielle qui devrait avoir lieu le 15 mars pour
réclamer une hausse des salaires a été annulée suite aux
pressions exercées par l’Etat.
Marche arrière
L’annonce de la grève partielle pour le 15 mars par les
médecins est inédite, car c’est la première fois qu’un
groupe professionnel, en dehors des ouvriers, menace de
faire grève pour revendiquer ses droits. Mais cette grève
qui devrait être observée dans tous les hôpitaux et
cliniques publics n’aura finalement pas lieu. L’Etat a «
tapé du poing sur la table » et la démarche dans son
ensemble a été avortée. « La grève des employés de l’Etat et
surtout des médecins est interdite. Nous ne tolérerons
aucune grève dans les services publics. Ceux qui veulent
réclamer leurs droits peuvent le faire à travers les voies
légales », a martelé le premier ministre Ahmad Nazif. La
grève organisée à titre symbolique devrait durer deux heures
seulement et englober tous les services sauf les urgences et
les blocs opératoires. Mais une réunion entre le ministre de
la Santé, Hatem Al-Gabali, et le président de l’Ordre des
médecins, Hamdi Al-Sayed, a stoppé les machines. Al-Gabali a
fait savoir que le décret numéro 1 185
interdit la grève dans le service public surtout les
hôpitaux, les cliniques et les pharmacies. Résultat :
l’Ordre des médecins a fait marche arrière. « Nous ne
pouvons pas entrer dans une confrontation avec l’Etat, je ne
veux pas exposer les jeunes médecins à des sanctions car
ceci va compliquer notre tâche », a annoncé Hamdi Al-Sayed.
Et d’ajouter : « Le comité chargé d’organiser la grève va se
réunir cette semaine pour examiner les déclarations du
premier ministre sur la légalité de la grève. Parallèlement,
nous allons poursuivre notre mouvement de protestation en
utilisant tous les moyens à notre disposition ».
Les médecins revendiquent une amélioration de leur statut
salarial à l’instar de celui accordé récemment aux
enseignants. Les doléances des médecins ont été exprimées
dans des lettres ouvertes
adressées au président de la République et au premier
ministre. « Les médecins touchent 250 L.E. par mois après 7
ans d’études difficiles et coûteuses, ceci au moment où des
employés dans certains ministères, qui n’ont pas de diplôme
supérieur, touchent des milliers de L.E. », se plaint Amira,
jeune dermatologue employée dans un hôpital public. Elle
ajoute que les médecins sont tenus de suivre en permanence
les progrès réalisés en matière de diagnostic et de
thérapie. Or, l’achat de références coûte très cher. «
Comment dans de telles conditions, les médecins peuvent-ils
évoluer ? J’ai été obligée de contracter un crédit à la
banque pour acheter un ordinateur. Mon salaire ne suffit pas
pour acheter une seule pièce de cet ordinateur », affirme
Amira. Elle affirme qu’elle et ses collègues étaient très
enthousiastes à l’idée d’organiser cette grève mais la
décision du président de l’Ordre les a totalement déçus. «
Si la direction de l’Ordre a décidé de céder aux pressions
du gouvernement, nous n’allons pas rester les bras croisés
», indique Waël Mansour, pédiatre.
Lors de sa campagne pour les présidentielles de 2005, le
président Moubarak avait promis d’améliorer le statut
salarial des enseignants. Cette promesse du chef de l’Etat a
mis le gouvernement dans un sérieux dilemme, car celui-ci
devait trouver les ressources financières nécessaires à la
mise en application de ce nouveau statut salarial, dont le
coût s’élève à plusieurs milliards de L.E. Confronté à ce
problème, le gouvernement a annoncé que le nouveau statut
des enseignants serait appliqué en plusieurs étapes. « Le
problème est que d’autres catégories professionnelles ont
commencé à revendiquer des hausses des salaires et une
amélioration de leur statut », analyse Ammar Ali Hassan,
chercheur du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram. C’est le cas notamment des médecins et
des professeurs d’universités qui envisagent eux aussi
une grève. « Mais l’Etat n’est pas disposé à répondre à
toutes ces revendications. D’une part parce qu’il n’y a pas
d’argent et d’autre part parce qu’il craint une extension du
mouvement à d’autres catégories professionnelles », explique
le chercheur affirmant que l’Etat utilise toutes les cartes
à sa disposition pour empêcher de telles grèves. « On a
subitement entendu dire que des fraudes ont eu lieu dans la
circonscription électorale de Hamdi Al-Sayed, ce qui menace
le siège de ce dernier à l’Assemblée. Ces pressions
indirectes ont incité le président de l’Ordre à revenir sur
la décision de faire grève », analyse Ammar Hassan. Si
les ouvriers qui ont massivement manifesté en 2007 pour
revendiquer leurs droits ont eu un certain succès, d’autres
catégories professionnelles comme les médecins et les
professeurs d’universités paraissent éprouver des
difficultés. « Ceci est dû au fait que les ouvriers sont
mieux organisés et que les intérêts personnels n’avaient
aucune place dans leur mouvement », ajoute Ammar Hassan.
L’Etat a besoin de temps pour trouver les ressources
nécessaires afin d’améliorer le statut de 5 millions
d’employés. C’est ce qu’il essaie de faire à travers
l’imposition de nouvelles taxes notamment les taxes
foncières. En attendant, il n’est pas disposé à accepter une
nouvelle grogne sociale.
Sabah
Sabet