Al-Ahram Hebdo, Economie | Une pénurie qui en dit long
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Economie

Gasoil. Des stations-service du pays sont depuis quelques jours mal ravitaillées. Distributeurs, vendeurs et consommateurs se renvoient La balle, mais la crise pourrait en fait annoncer une hausse des prix.

Une pénurie qui en dit long

Tout au long de la route agricole Le Caire-Alexandrie, les files d’attente de minibus et de camions devant les stations-service bloquent le flux de la circulation. D’autres stations sont désertées, avec un panneau clairement brandi à leur entrée : « Pas de gasoil ». Hag Ahmad, chauffeur de minibus, fait depuis quelques jours des pieds et des mains pour se ravitailler en carburant. Il enrage : « Il est très facile pour les responsables gouvernementaux de nier la crise du carburant. Ne les croyez pas ! Voyez vous-mêmes la situation sur cette route ! ». Et de poursuivre : « La plupart des stations n’ont pas de gasoil à vendre, alors quand elles en ont, elles le vendent plus cher ». Al-Sayed Moustapha, autre chauffeur de minibus, prend le relais : « Même si on trouve du gasoil, chaque véhicule n’a droit qu’à 20 litres, ce qui suffit à peine à un trajet de 120 kilomètres. Comment donc gagner son pain ? », s’insurge-t-il.

Depuis près de deux semaines, une pénurie de gasoil subventionné par l’Etat et d’essence 80 octane frappe plusieurs régions d’Egypte. Le 92 octane manque aussi dans certains quartiers huppés du Caire. Mais distributeurs, ministère du Pétrole et propriétaires de stations-service s’échangent les accusations, avec une conséquence unique : les tarifs des moyens de transport ont augmenté et un marché noir du gasoil est apparu. Du coup, les consommateurs s’affolent. Ils accusent les propriétaires de stations de profiter de cette pénurie pour faire augmenter les prix du litre de gasoil sur le marché noir. Ces deux dernières semaines, il a  enregistré une hausse de 25 % passant de 0,75 L.E. à 1,10 L.E. Accusation réfutée par les propriétaires des stations. « Je gagne 19 L.E. par millier de litres de gasoil vendus. Quel est mon intérêt à ne pas vendre ? Cette crise touche non seulement les chauffeurs mais aussi les boulangers, qui utilisent également le gasoil pour leurs fours », se défend Gamal Habib, propriétaire d’une station-service.

La pénurie a donc élevé le prix du peu de gasoil disponible sur le marché avec un effet domino. Plusieurs chauffeurs de minibus révèlent à Al-Ahram Hebdo avoir payé aux employés de stations de gaz des pots-de-vin variant entre 5 et 20 L.E. pour faire le plein. Mais ces chauffeurs ont vite répercuté la hausse des coûts sur leurs clients. « Les chauffeurs ont augmenté les tarifs cette semaine d’environ 25 %. Je ne peux pas assumer du jour au lendemain une augmentation des transports pour aller à mes cours », se plaint Habiba, étudiante à l’Université du Daqahliya. Ce à quoi les chauffeurs répondent : « Trouver du gasoil est devenu très difficile notamment dans les grandes stations. Nous sommes obligés de l’acheter plus cher dans les petites stations. Ne nous pointez pas du doigt. Accusez plutôt le gouvernement », martèle Abdel-Fattah. La pénurie a atteint son apogée jeudi dernier, ce qui a fait croire aux chauffeurs que le gouvernement s’apprête à augmenter les prix en douce pendant le week-end. « On en a marre de ces manœuvres. Qu’ils augmentent le prix du gasoil et qu’on finisse », estime un chauffeur en quête de gasoil sur la route agricole. « C’est la 10e station à laquelle je me présente et qui n’a pas de gasoil », poursuit-il.

En deçà des provisions normales

Le gouvernement, de son côté, nie son intention d’augmenter le prix des carburants. Abdel-Alim Taha, président de EGPC (Egyptian General Petroleum Corporation), réfute de plus toutes accusations de réduction des quantités de gasoil distribuées. « Le ministère du Pétrole distribue les mêmes quantités de gasoil et d’essence. En revanche, la consommation a augmenté », révèle-t-il à l’Hebdo. « C’est une crise temporaire. Ne vous inquiétez pas, des quantités supplémentaires seront distribuées afin de répondre à la hausse de la demande », souligne-t-il. Là, les intermédiaires ont leur mot à dire. Alaa Hafez, agent et directeur de plusieurs stations, conteste la version du gouvernement et révèle qu’au début de la crise, les quantités distribuées étaient en deçà des provisions normales. Il estime cependant que le lundi 10 mars, la situation s’est améliorée grâce aux quantités supplémentaires de gasoil distribuées par le gouvernement. « Les quantités distribuées n’ont quand même atteint que 70 % des quantités normales contre 40 % au début de la crise », dit-il.

Gamal Habib n’a lui pas encore ressenti l’amélioration. « Depuis une semaine, nous n’avons pas reçu une goutte de gasoil. Les distributeurs ne nous ont même pas révélé les causes. Avant, nous recevions 26 000 litres par jour. Depuis deux semaines, on ne reçoit que 13 000 litres, qui se vendent en 3 heures ». Même son de cloche dans une autre station qui reçoit d’habitude 300 000 litres par mois. Mais ce dernier mois, elle n’a reçu que 52 000 de gasoil. « Pour Tanta, le réservoir d’essence a instauré un quota quotidien de 1,7 million de litres. Aujourd’hui, le quota ne dépasse pas 250 000 litres pour 44 stations », souligne Habib qui n’a noté aucune hausse de la consommation.

Ce qui est certain, c’est que cette pénurie intervient à un moment où le gouvernement étudie la baisse des subventions à l’énergie, devenues trop lourdes pour le budget de l’Etat. Ce qui explique les rumeurs selon lesquelles le ministère du Pétrole, qui couvre 40 % de la consommation locale par des importations, a réduit les quantités importées en gasoil en raison de la hausse des prix internationaux. Le prix de la tonne métrique de gasoil s’élève à 880 dollars. Le litre coûte donc en moyenne 3,7 L.E. alors qu’il est vendu à 0,75 L.E. par le gouvernement qui doit assumer la différence. Les subventions au gasoil ont été fixées à 12,3 milliards de dollars pour l’année 2007/08, un montant insuffisant en raison de la hausse des prix du pétrole.

Ibtessam Zayed
Névine Kamel

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