Al-Ahram Hebdo, Economie | Une santé presque insolente
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Economie

Entreprises Publiques. Très longtemps déficitaires, la plupart d’entre elles affichent aujourd’hui un bon bilan. Une réussite que beaucoup pensaient impossible.

Une santé presque insolente

Un secteur public profitable. C’est une première paradoxale, puisque réalisée par le gouvernement le plus libéral de l’histoire moderne égyptienne. Pour réaliser cet objectif, des investissements publics massifs ont été entrepris avec pas moins de 5,6 milliards de L.E. injectées de 2004 à 2007. « Des entreprises publiques gérées selon les normes du secteur privé », telle est la politique affichée par Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement, depuis sa nomination. Une politique qui n’a d’ailleurs pas bien été accueillie par ses partenaires, les lobbies d’affaires. Les médias n’y ont pas cru, non plus. Cependant, Mohieddine n’a cessé d’œuvrer à mettre en place cette politique depuis sa prise de fonction en juillet 2004.

Cette dernière année, avec la multiplication des demandes de modernisation de la gestion des entreprises publiques, Mohieddine a dû poser une condition pour le financement de nouveaux investissements. « Une banque privée — et non publique — doit aussi accepter de financer le projet de modernisation de la gestion. Même s’il s’agit d’une entreprise qui réalise des profits et qui veut financer son expansion », dit-il. Car pour lui, si une banque privée approuve de financer un tel projet, c’est qu’elle estime que le projet est viable, selon les normes du marché.

Aujourd’hui, 163 entreprises restées publiques font peau neuve et la majorité d’entre elles sont désormais profitables. Pour les quelque 50 usines encore déficitaires, leurs pertes ont quand même baissé.

Parmi les secrets du succès, vient notamment une somme de 5,6 milliards de L.E. d’investissements publics injectés dans des projets de modernisation de gestion d’entreprises aux abois depuis de longues années. Les équipements étaient aussi devenus obsolètes dans beaucoup de ces entreprises, dont les stocks étaient devenus invendables. De plus, le gouvernement a assumé le paiement de plus de 20 milliards de L.E. de mauvaises dettes auprès des banques publiques. « Après le remboursement des dettes, on a vraiment pu juger la performance des entreprises. Avant, les responsables des entreprises prenaient ces dettes comme prétexte de la mauvaise performance de leurs sociétés », explique Essam Al-Ahmadi, membre du conseil d’administration de la Holding pour les produits pétrochimiques.

Plus fort que jamais

Mais toutes ces sommes versées n’auraient pas porté leurs fruits si le mode de gestion était resté le même. Pour Adel Al-Mozi, PDG de la société Holding pour les produits pétrochimiques, c’est l’ingrédient indispensable à la recette du succès. « Le choix d’une gestion adéquate à la tête des entreprises a soutenu la restructuration technique et financière ». En fait, 80 % de la haute administration des entreprises publiques a été modifiée au cours des deux dernières années. Mohieddine a également limité le mandat des dirigeants à trois ans, renouvelable une seule fois. Conséquence : aujourd’hui, le secteur public est plus fort que jamais. Selon les chiffres les plus récents, les profits des entreprises publiques ont presque doublé en 2006/2007 comparés à l’année précédente, passant à 3,9 milliards de L.E. Alors qu’en 2002/2003, le secteur public en sa totalité avait réalisé des pertes de 1,3 milliard de L.E. Le nombre d’entreprises déficitaires est passé de 61 en 2004/2005 à 51 en 2006/2007 et leurs pertes ont diminué.

Une performance spectaculaire qui contredit la théorie en vogue selon laquelle le secteur public ne peut être performant. Ainsi, avec Mohieddine, la recette classique d’une économie néo-libérale revoit-elle ses croyances. « La conjoncture économique mondiale actuelle est une occasion en or pour revoir nos théories », estimait-il devant une foule de journalistes, lors d’une visite auprès d’une de ces entreprises performantes.

Est-il question d’un changement de la tendance de Mohieddine ? Pas du tout. Le jeune ministre est toujours fidèle à la privatisation, mais plus réaliste et rationnel que ses prédécesseurs. Auparavant, il s’agissait de payer des sommes énormes pour licencier des centaines de milliers d’ouvriers avec compensation financière, dans le but de vendre toutes les entreprises. Aujourd’hui, le concept de « la gestion des actifs » est de mise. Ainsi, il s’agit de vendre, de moderniser ou de liquider, au cas par cas. Il s’agit même parfois de créer de nouvelles entreprises comme celle du ciment, créée à Qéna en partenariat avec le secteur privé. Ou encore des entreprises productrices de sucre et d’engrais. « La question n’est pas d’apporter un souffle de vie à des entreprises en agonie. Elle est d’assister celles qui possèdent des potentiels de développement », annonce-t-il.

Ni miracle, ni revirement

Le message est donc clair : dix-huit ans après le lancement du programme de privatisation, il est clair que le programme de privatisation des entreprises publiques ne prendra pas fin dans quelques années, comme le prévoyaient les gouvernements précédents qui n’ont pu se débarrasser que de près de la moitié des entreprises publiques en 15 ans, et à un prix social et budgétaire très élevé. Pour l’opposition, il ne s’agit ni de miracle, ni de revirement idéologique. C’est simplement ce que les circonstances imposent. Les entreprises restées publiques étaient difficiles à vendre. Seules 8 entreprises du secteur public des affaires ont été privatisées ces 3 dernières années. Certaines abritent une main-d’œuvre abondante dépassant les 10 000 ouvriers. Ce qui ne permet pas au gouvernement de les liquider de peur de créer des protestations d’ampleur. Alors que d’autres sont en position de monopole, véritables poules aux œufs d’or, comme Egyptalum ou Eastern Company pour le tabac. « C’est le même parti qui est au pouvoir depuis le début du programme de privatisation. Ce n’est qu’un changement de tactiques face aux évolutions de situations », argumente Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie plutôt de gauche. Mais cette réussite a également fait tomber le mythe adopté par le gouvernement et selon lequel « secteur privé signifie efficacité, alors que secteur public implique performance manquée ». Il faut donc mettre fin à « ce programme de privatisation qui a conduit à la vente d’entreprises publiques à trop bas prix, avant qu’il ne recommence », estime Abdel-Khaleq. Sans trop convaincre, puisque Mohieddine compte vendre quelque 80 entreprises publiques en 2008.

Marwa Hussein

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Un grand succès

La performance des entreprises publiques est en amélioration continue depuis ces quatre dernières années. En 2003/2004, elles sont passées du positif au négatif, avec un maigre profit de 90 millions de L.E. En 2006/2007, elles ont réalisé des profits de 3,9 milliards de L.E contre 1,6 milliard une année auparavant.

 

 




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