Entreprises Publiques.
Très longtemps déficitaires, la plupart d’entre elles
affichent aujourd’hui un bon bilan. Une réussite que
beaucoup pensaient impossible.
Une santé presque insolente
Un
secteur public profitable. C’est une première paradoxale,
puisque réalisée par le gouvernement le plus libéral de
l’histoire moderne égyptienne. Pour réaliser cet objectif,
des investissements publics massifs ont été entrepris avec
pas moins de 5,6 milliards de L.E. injectées de 2004 à 2007.
« Des entreprises publiques gérées selon les normes du
secteur privé », telle est la politique affichée par Mahmoud
Mohieddine, ministre de l’Investissement, depuis sa
nomination. Une politique qui n’a d’ailleurs pas bien été
accueillie par ses partenaires, les lobbies d’affaires. Les
médias n’y ont pas cru, non plus. Cependant, Mohieddine n’a
cessé d’œuvrer à mettre en place cette politique depuis sa
prise de fonction en juillet 2004.
Cette dernière année, avec la multiplication des demandes de
modernisation de la gestion des entreprises publiques,
Mohieddine a dû poser une condition pour le financement de
nouveaux investissements. « Une banque privée — et non
publique — doit aussi accepter de financer le projet de
modernisation de la gestion. Même s’il s’agit d’une
entreprise qui réalise des profits et qui veut financer son
expansion », dit-il. Car pour lui, si une banque privée
approuve de financer un tel projet, c’est qu’elle estime que
le projet est viable, selon les normes du marché.
Aujourd’hui, 163 entreprises restées publiques font peau
neuve et la majorité d’entre elles sont désormais
profitables. Pour les quelque 50 usines encore déficitaires,
leurs pertes ont quand même baissé.
Parmi les secrets du succès, vient notamment une somme de
5,6 milliards de L.E. d’investissements publics injectés
dans des projets de modernisation de gestion d’entreprises
aux abois depuis de longues années. Les équipements étaient
aussi devenus obsolètes dans beaucoup de ces entreprises,
dont les stocks étaient devenus invendables. De plus, le
gouvernement a assumé le paiement de plus de 20 milliards de
L.E. de mauvaises dettes auprès des banques publiques. «
Après le remboursement des dettes, on a vraiment pu juger la
performance des entreprises. Avant, les responsables des
entreprises prenaient ces dettes comme prétexte de la
mauvaise performance de leurs sociétés », explique Essam
Al-Ahmadi, membre du conseil d’administration de la Holding
pour les produits pétrochimiques.
Plus fort que jamais
Mais toutes ces sommes versées n’auraient pas porté leurs
fruits si le mode de gestion était resté le même. Pour Adel
Al-Mozi, PDG de la société Holding pour les produits
pétrochimiques, c’est l’ingrédient indispensable à la
recette du succès. « Le choix d’une gestion adéquate à la
tête des entreprises a soutenu la restructuration technique
et financière ». En fait, 80 % de la haute administration
des entreprises publiques a été modifiée au cours des deux
dernières années. Mohieddine a également limité le mandat
des dirigeants à trois ans, renouvelable une seule fois.
Conséquence : aujourd’hui, le secteur public est plus fort
que jamais. Selon les chiffres les plus récents, les profits
des entreprises publiques ont presque doublé en 2006/2007
comparés à l’année précédente, passant à 3,9 milliards de
L.E. Alors qu’en 2002/2003, le secteur public en sa totalité
avait réalisé des pertes de 1,3 milliard de L.E. Le nombre
d’entreprises déficitaires est passé de 61 en 2004/2005 à 51
en 2006/2007 et leurs pertes ont diminué.
Une performance spectaculaire qui contredit la théorie en
vogue selon laquelle le secteur public ne peut être
performant. Ainsi, avec Mohieddine, la recette classique
d’une économie néo-libérale revoit-elle ses croyances. « La
conjoncture économique mondiale actuelle est une occasion en
or pour revoir nos théories », estimait-il devant une foule
de journalistes, lors d’une visite auprès d’une de ces
entreprises performantes.
Est-il question d’un changement de la tendance de Mohieddine
? Pas du tout. Le jeune ministre est toujours fidèle à la
privatisation, mais plus réaliste et rationnel que ses
prédécesseurs. Auparavant, il s’agissait de payer des sommes
énormes pour licencier des centaines de milliers d’ouvriers
avec compensation financière, dans le but de vendre toutes
les entreprises. Aujourd’hui, le concept de « la gestion des
actifs » est de mise. Ainsi, il s’agit de vendre, de
moderniser ou de liquider, au cas par cas. Il s’agit même
parfois de créer de nouvelles entreprises comme celle du
ciment, créée à Qéna en partenariat avec le secteur privé.
Ou encore des entreprises productrices de sucre et
d’engrais. « La question n’est pas d’apporter un souffle de
vie à des entreprises en agonie. Elle est d’assister celles
qui possèdent des potentiels de développement »,
annonce-t-il.
Ni miracle, ni revirement
Le message est donc clair : dix-huit ans après le lancement
du programme de privatisation, il est clair que le programme
de privatisation des entreprises publiques ne prendra pas
fin dans quelques années, comme le prévoyaient les
gouvernements précédents qui n’ont pu se débarrasser que de
près de la moitié des entreprises publiques en 15 ans, et à
un prix social et budgétaire très élevé. Pour l’opposition,
il ne s’agit ni de miracle, ni de revirement idéologique.
C’est simplement ce que les circonstances imposent. Les
entreprises restées publiques étaient difficiles à vendre.
Seules 8 entreprises du secteur public des affaires ont été
privatisées ces 3 dernières années. Certaines abritent une
main-d’œuvre abondante dépassant les 10 000 ouvriers. Ce qui
ne permet pas au gouvernement de les liquider de peur de
créer des protestations d’ampleur. Alors que d’autres sont
en position de monopole, véritables poules aux œufs d’or,
comme Egyptalum ou Eastern Company pour le tabac. « C’est le
même parti qui est au pouvoir depuis le début du programme
de privatisation. Ce n’est qu’un changement de tactiques
face aux évolutions de situations », argumente Gouda
Abdel-Khaleq, professeur d’économie plutôt de gauche. Mais
cette réussite a également fait tomber le mythe adopté par
le gouvernement et selon lequel « secteur privé signifie
efficacité, alors que secteur public implique performance
manquée ». Il faut donc mettre fin à « ce programme de
privatisation qui a conduit à la vente d’entreprises
publiques à trop bas prix, avant qu’il ne recommence »,
estime Abdel-Khaleq. Sans trop convaincre, puisque
Mohieddine compte vendre quelque 80 entreprises publiques en
2008.
Marwa
Hussein