Al-Ahram Hebdo, Economie | Contre les années des vaches maigres
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Economie

FAO. L’Organisation de l’alimentation et de l’agriculture met en garde contre la hausse de la malnutrition au Moyen-Orient et appelle à une intervention gouvernementale massive.

Contre les années des vaches maigres

Cap sur l’investissement dans le secteur agricole. C’était la recette présentée par le président de la FAO à la clôture de la 29e conférence régionale, tenue au Caire du 1 au 5 mars. Et ce pour répondre à la question suivante : « Comment le Proche-Orient pourra-t-il confronter le manque d’alimentation dont souffre une bonne partie de sa population ? ».

Les défis relevés par une conjoncture mondiale non adéquate viennent verser de l’huile sur le feu. Il s’agit d’une région qui souffre de la hausse de la facture des produits alimentaires importés, des maladies vétérinaires transmises et d’un changement climatique qui rend difficiles les tentatives d’expansion des terrains agricoles.

En premier lieu, la hausse des prix des denrées alimentaires frappe un monde qui compte déjà 820 millions d’affamés. Le coup est plus dur pour des pays comme ceux de la région du Proche-Orient (PO) qui importent le quart de leurs besoins en alimentation.

En fait, cette région — qui regroupe une trentaine de pays — reflète fidèlement la situation globale de la faim, où le monde peine à baisser le nombre des mal-nourris. Le PO a un défi qu’il risque de ne pas pouvoir relever, celui de réduire à moitié le nombre des pauvres et mal-nourris, l’objectif onusien fixé à l’an 2015. C’est le contraire qui a lieu, les mal-nourris ont augmenté de 21 millions dans une intervalle de 8 ans, pour atteindre un total de 79,1 millions d’individus vers la fin de 2004. Le Pakistan, seul, compte presque la moitié de ce chiffre, un autre quart vit dans des pays politiquement instables, comme le Soudan, l’Iraq et l’Afghanistan. Une étude préparée à l’occasion de la conférence estime que le taux d’autosuffisance de la nourriture diminue vers l’année 2050, dû au manque de terrains agricoles. Cela élèverait la facture de l’importation à 37 milliards de dollars.

Une opportunité se présente

Cependant, les pays de la région peuvent trouver, dans la hausse des prix mondiaux de la nourriture, une opportunité. Pour Mohamad Saïd Nouri-Néemi, président indépendant de la FAO, « les pays de la région peuvent bien profiter de cette hausse des prix pour formuler de nouvelles stratégies agricoles dans le but d’accroître leurs taux d’autosuffisance ».

A court terme, la hausse des prix est cependant catastrophique. Selon l’indice élaboré par l’organisation, les prix de la nourriture ont augmenté en moyenne de 47 % de 2007 à 2008. Néemi traduit cette majoration en une hausse de 745 milliards de L.E. de la facture mondiale des aliments. « L’impact pèsera davantage sur les réserves en devises, sur les revenus et sur le bien-être des pays en développement », renchérit-il. Cependant, il souligne que cet effet pourrait être contrarié par le rôle des gouvernements. Il s’agit, selon lui, de hausser les investissements publics dans le secteur agricole. Notamment que l’aide étrangère dirigée au secteur a considérablement baissé de 27 % entre 1998 et 2004. Le directeur de la FAO, Jacques Diouf, rejoint cette opinion. Il rappelle également l’initiative qu’il a lancée fin décembre 2007. Il s’agit d’un Fonds du soutien aux pays importateurs de la nourriture. La FAO y a alloué 70 millions de dollars pour alléger l’impact de cette hausse sur les plus démunis. « Il s’agit de programmes d’intervention gouvernementale pour assister les petits paysans des pays en développement à se procurer en semences et en engrais, devenus beaucoup chers ces derniers temps, et ce pour pousser la production agricole », explique-t-il à Al-Ahram Hebdo. Diouf invite l’Egypte, ayant le plus haut taux mondial de consommation en céréales par individu, à profiter de cette initiative. Il appelle également les gouvernements des pays en développement de multiplier par 100 les ressources de ce fonds. « J’invite surtout les pays exportateurs du pétrole, qui ont actuellement des surplus budgétaires records », souligne-t-il. Ces pays sont, selon Diouf, les plus capables à surmonter la hausse des prix des importations en aliments, « pourvu qu’ils lancent des investissements publics dans le secteur agricole ».

La région, déjà pauvre en production animale, est également frappée par des maladies épidemiques, qui attaquent le bétail et les volailles, ce qui signifie en fin de compte plus de mal-nourris. La grippe aviaire en est un exemple clair. « L’Egypte est parmi les trois pays les plus affectés dans le monde par l’épidémie », regrette Diouf. Un sondage mené au sud de l’Egypte a montré que les plus démunis ont perdu davantage de leurs revenus suite aux pertes qu’ils ont subies. De plus, la consommation en volailles et en œufs a gravement baissé, notamment chez les enfants. C’est pourquoi Diouf appelle le gouvernement égyptien à installer des mécanismes de compensation économique aux petits producteurs de volailles.

L’Egypte est comptée parmi cinq pays de la région qui ont connu le manque de nourriture s’aggraver, à savoir le Pakistan, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Yémen. Bref, l’inquiétude est de mise.

Salma Hussein

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