FAO.
L’Organisation de l’alimentation et de l’agriculture met en
garde contre la hausse de la malnutrition au Moyen-Orient et
appelle à une intervention gouvernementale massive.
Contre les années des vaches maigres
Cap
sur l’investissement dans le secteur agricole. C’était la
recette présentée par le président de la FAO à la clôture de
la 29e conférence régionale, tenue au Caire du 1 au 5 mars.
Et ce pour répondre à la question suivante : « Comment le
Proche-Orient pourra-t-il confronter le manque
d’alimentation dont souffre une bonne partie de sa
population ? ».
Les défis relevés par une conjoncture mondiale non adéquate
viennent verser de l’huile sur le feu. Il s’agit d’une
région qui souffre de la hausse de la facture des produits
alimentaires importés, des maladies vétérinaires transmises
et d’un changement climatique qui rend difficiles les
tentatives d’expansion des terrains agricoles.
En premier lieu, la hausse des prix des denrées alimentaires
frappe un monde qui compte déjà 820 millions d’affamés. Le
coup est plus dur pour des pays comme ceux de la région du
Proche-Orient (PO) qui importent le quart de leurs besoins
en alimentation.
En fait, cette région — qui regroupe une trentaine de pays —
reflète fidèlement la situation globale de la faim, où le
monde peine à baisser le nombre des mal-nourris. Le PO a un
défi qu’il risque de ne pas pouvoir relever, celui de
réduire à moitié le nombre des pauvres et mal-nourris,
l’objectif onusien fixé à l’an 2015. C’est le contraire qui
a lieu, les mal-nourris ont augmenté de 21 millions dans
une intervalle de 8 ans, pour
atteindre un total de 79,1 millions d’individus vers la fin
de 2004. Le Pakistan, seul, compte presque la moitié de ce
chiffre, un autre quart vit dans des pays politiquement
instables, comme le Soudan, l’Iraq et l’Afghanistan. Une
étude préparée à l’occasion de la conférence estime que le
taux d’autosuffisance de la nourriture
diminue vers l’année 2050, dû au manque de terrains
agricoles. Cela élèverait la facture de l’importation à 37
milliards de dollars.
Une opportunité se présente
Cependant, les pays de la région peuvent trouver, dans la
hausse des prix mondiaux de la nourriture, une opportunité.
Pour Mohamad Saïd Nouri-Néemi, président indépendant de la
FAO, « les pays de la région peuvent bien profiter de cette
hausse des prix pour formuler de nouvelles stratégies
agricoles dans le but d’accroître leurs taux
d’autosuffisance ».
A court terme, la hausse des prix est cependant
catastrophique. Selon l’indice élaboré par l’organisation,
les prix de la nourriture ont augmenté en moyenne de 47 % de
2007 à 2008. Néemi traduit cette majoration en une hausse de
745 milliards de L.E. de la facture mondiale des aliments. «
L’impact pèsera davantage sur les réserves en devises, sur
les revenus et sur le bien-être des pays en développement »,
renchérit-il. Cependant, il souligne que cet effet pourrait
être contrarié par le rôle des gouvernements. Il s’agit,
selon lui, de hausser les investissements publics dans le
secteur agricole. Notamment que l’aide étrangère dirigée au
secteur a considérablement baissé de 27 % entre 1998 et
2004. Le directeur de la FAO, Jacques Diouf, rejoint cette
opinion. Il rappelle également l’initiative qu’il a lancée
fin décembre 2007. Il s’agit d’un Fonds du soutien aux pays
importateurs de la nourriture. La FAO y a alloué 70 millions
de dollars pour alléger l’impact de cette hausse sur les
plus démunis. « Il s’agit de programmes d’intervention
gouvernementale pour assister les petits paysans des pays en
développement à se procurer en semences et en engrais,
devenus beaucoup chers ces derniers temps, et ce pour
pousser la production agricole », explique-t-il à Al-Ahram
Hebdo. Diouf invite l’Egypte, ayant le plus haut taux
mondial de consommation en céréales par individu, à profiter
de cette initiative. Il appelle également les gouvernements
des pays en développement de multiplier par 100 les
ressources de ce fonds. « J’invite surtout les pays
exportateurs du pétrole, qui ont actuellement des surplus
budgétaires records », souligne-t-il. Ces pays sont, selon
Diouf, les plus capables à surmonter la hausse des prix des
importations en aliments, « pourvu qu’ils lancent des
investissements publics dans le secteur agricole ».
La région, déjà pauvre en production animale, est également
frappée par des maladies épidemiques, qui attaquent le
bétail et les volailles, ce qui signifie en fin de compte
plus de mal-nourris. La grippe aviaire en est un exemple
clair. « L’Egypte est parmi les trois pays les plus affectés
dans le monde par l’épidémie », regrette Diouf. Un sondage
mené au sud de l’Egypte a montré que les plus démunis ont
perdu davantage de leurs revenus suite aux pertes qu’ils ont
subies. De plus, la consommation en volailles et en œufs a
gravement baissé, notamment chez les enfants. C’est pourquoi
Diouf appelle le gouvernement égyptien à installer des
mécanismes de compensation économique aux petits producteurs
de volailles.
L’Egypte est comptée parmi cinq pays de la région qui ont
connu le manque de nourriture s’aggraver, à savoir le
Pakistan, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Yémen.
Bref,
l’inquiétude
est
de mise.
Salma
Hussein