Privatisation.
En dépit d’une forte opposition de l’opinion publique, la
Banque Centrale d’Egypte a choisi 5 banques étrangères pour
l’achat des 67 % de la Banque du Caire.
Acheteurs non gratta
Une
banque parmi les 5 étrangères choisies pour entrer dans la
course remportera prochainement la transaction de la Banque
du Caire. Une réalité difficile à avaler par l’opinion
publique. « Le gouvernement pourrait bien attendre la
conclusion de la fusion de la CIB avec la banque Arab
African International. Ce serait une entité égyptienne
capable d’acheter la part publique mise en vente de la
Banque du Caire », s’insurge Ismaïl Hassan, président de la
Banque Misr Iran, en réaction au choix de la liste
restreinte de 5 banques étrangères par la BCE. L’ancien
gouverneur de la Banque centrale explique de plus que la CIB
était à la tête des candidats intéressés par l’acquisition
de la banque numéro trois du pays. Or, l’exclusion de
banques nationales de la course dévoile une tendance
gouvernementale à vendre cette banque à des poids lourds
financiers internationaux. Le gouvernement se frotte déjà
les mains à l’idée de la grosse recette que dégagera cette
transaction qui va au-delà des 2,5 milliards de dollars. La
liste renferme la banque britannique Standard Chartered PLC,
une banque saoudienne Samba Financial Group, la banque
grecque National Bank of Greece, la banque émiratie Dubai
Masherqbank et un consortium qui unit la banque saoudienne
Arab National Bank et la jordanienne Arab Bank Group. Le feu
vert est donc donné aux concurrents d’effectuer des examens
financiers et techniques de la Banque du Caire afin de
présenter leurs offres d’achat finales. Le gouvernement
espère conclure la vente avant la fin d’avril prochain.
Pour sa part, Hatem Sadeq, PDG de la banque libanaise Audi,
ex-président d’Arab Bank, l’un des candidats à l’achat, a
salué le choix de la BCE, les cinq bénéficient de grandes
capitalisations et d’un grand réseau d’agences. Selon lui, «
deux banques sont plus aptes à remporter la transaction, la
National Bank of Greece et la Samba Financial Group ».
NBG se caractérise par une forte position financière, avec
90 millions d’euros d’actif dans le sud-est de l’Europe.
Elle appartient à un pays membre de l‘UE, soutenue par un
réseau de 571 agences et dispose d’un nombre de 9 millions
de dépôts bancaires. Elle a récemment acquis la banque
turque Finansbank et Vojvodjanska Banka en Serbie et elle
est échangée dans les Bourses d’Athènes et de New York.
Quant à la seconde, Samba, elle est gérée par la banque
américaine Citigroup dont elle détient 23 %. Elle est
considérée la plus grande entité bancaire dans la région
après sa fusion avec la banque United Saudi Bank et possède
une capitalisation de 24 milliards de dollars.
Or, depuis l’annonce de vente de la Banque du Caire,
l’opinion publique grince des dents. Depuis deux semaines,
le député parlementaire indépendant, Moustapha Bakri, avait
déposé une interpellation revendiquant la remise de la vente
jusqu’à ce qu’il y ait sur le marché une banque égyptienne
privée capable de remporter la transaction. « Par la
conclusion de cette transaction, la part des banques
étrangères s’élèvera à 63 % du marché », souligne Moustapha
Bakri, qui estime que les deux banques publiques qui restent
sous la tutelle du public (les deux premières banques sur le
marché) auront à lutter contre des géants internationaux
pour préserver leurs places.
Ainsi, une question de taille s’impose : le gouvernement
égyptien a-t-il bien calculé l’impact de cette vente sur le
secteur bancaire égyptien ou bien a pris par la hâte d’en
collecter les recettes, de quoi endiguer un déficit
budgétaire énorme ?
Dahlia Réda