Al-Ahram Hebdo,Monde | Abdullah Badawi, Réinvesti mais affaibli
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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Malaisie. Le premier ministre malaysien, Abdullah Badawi, a été investi, lundi matin, pour un second mandat, malgré le plus sérieux revers subi depuis 40 ans par la coalition gouvernementale au pouvoir, lors des législatives de samedi dernier. 

Réinvesti mais affaibli

La coalition gouvernementale au pouvoir en Malaisie, qui jouissait jusqu’à présent d’une suprématie écrasante au Parlement, a accusé son plus sérieux revers depuis près de 40 ans, lors des législatives de samedi dernier qui ont consacré un retour en force de l’opposition. Ce résultat imprévisible reflète le mécontentement de la population face aux échecs du pouvoir à juguler les tensions raciales, la corruption et l’inflation. Selon le président de la commission électorale, environ 70 % seulement des 10,9 millions d’électeurs inscrits ont voté samedi.

Bien qu’il garde toujours la main au sein de la nouvelle chambre et forme vraisemblablement le prochain gouvernement, le Front national (Barisan Nasional, BN), coalition multiraciale au pouvoir, rassemblant 14 formations sous la houlette du parti du premier ministre Abdullah Ahmad Badawi, a échoué à recueillir la majorité des deux tiers lui permettant de réviser la Constitution à son gré. En effet, cette coalition régnait en maître au Parlement depuis 1969. Mais, selon les chiffres de la commission électorale, communiqués dimanche, il n’en a décroché, samedi, que 137 sur 222 alors qu’il avait raflé 90 % des sièges lors du précédent scrutin en 2004. Bien plus, le Barisan Nasional a perdu quatre des douze Etats de la Fédération au profit de l’opposition qui en contrôle désormais cinq.

Rejetant tous les appels à sa démission malgré ce revers électoral cuisant, le premier ministre malaysien a été officiellement investi, lundi matin, pour un second mandat. « Pourquoi devrais-je démissionner ? Nous avons gagné. Je reste, je n’abandonnerai pas », a-t-il lancé à des partisans rassemblés devant son domicile. Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, Abdullah a perdu beaucoup du crédit qu’il avait lorsqu’il remplaça le vétéran Mahathir Mohamad.

 

Revanche de l’opposition

En effet, les élections de samedi ont consacré la revanche de l’opposition et surtout le spectaculaire retour de l’ancien vice-premier ministre Anwar Ibrahim, que le pouvoir avait tenté d’évincer par tous les moyens. Alors dauphin de l’ex-premier ministre Mahathir Mohamad, Anwar Ibrahim avait été renvoyé en septembre 1998 puis condamné pour corruption et actes de sodomie. Il a été libéré en septembre 2004 après que la justice a annulé sa condamnation. Inéligible jusqu’en avril, il a toutefois mené la campagne du parti d’opposition Keadilan, présidé par sa femme. Son parti, le Keadilan, a remporté samedi 31 sièges, devenant le premier parti d’opposition au Parlement. Deux autres formations d’opposition, le Parti d’action démocratique (DAP, 28 sièges) et le Parti islamique pan-malaysien (PAS, 23 sièges) ont également tiré leur épingle du jeu. Autre camouflet pour le gouvernement, c’est la victoire d’un militant et avocat indien emprisonné, M. Manoharan, qui a remporté un siège de député après avoir été arrêté en vertu de la législation sur la sécurité intérieure pour avoir organisé une grande manifestation antigouvernementale l’an dernier. « Cela ressemble à une révolution », s’est réjoui Husam Musa, vice-président du parti islamiste d’opposition Parti Islam se-Malaysia (PAS). Se félicitant toujours de ce résultat inattendu, le chef du Keadilan  a crié victoire dimanche : « Un nouveau jour se lève en Malaisie. Les gens veulent voir la justice triompher. J’aiderai les Malais, mais de façon équitable, et j’aiderai dans le même temps Indiens et Chinois », a-t-il promis.

La Fédération de Malaisie, qui a fêté en août les 50 ans de son indépendance de la Grande-Bretagne, est en proie à des tensions croissantes entre Malais (60 %), Chinois (25 %) et Indiens (8 %). Les Chinois et les Indiens constituent le tiers environ des 26 millions d’habitants du pays et beaucoup se disent victimes de discriminations au profit des Malais. Dans le domaine social, le gouvernement est la cible d’un mécontentement général lié à une flambée des prix et une hausse de la criminalité.

Selon les analystes, le scrutin, organisé avant la date prévue initialement (en mai 2009), a pris la forme d’un référendum sur le régime de Abdullah, et les Malaysiens en ont profité pour le sanctionner en raison de l’inflation, de la persistance de tensions religieuses et de la corruption. Considérablement affaibli, le premier ministre Badawi avait dissous le Parlement le 13 février, ouvrant la voie à cette consultation anticipée. Mais, malheureusement, le résultat du vote n’était pas en sa faveur.

Maha Al-Cherbini

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