Malaisie.
Le premier ministre malaysien,
Abdullah Badawi, a été investi, lundi matin, pour un
second mandat, malgré le plus sérieux revers subi depuis 40
ans par la coalition gouvernementale au pouvoir, lors des
législatives de samedi dernier.
Réinvesti mais affaibli
La coalition gouvernementale au pouvoir en Malaisie, qui
jouissait jusqu’à présent d’une suprématie écrasante au
Parlement, a accusé son plus sérieux revers depuis près de
40 ans, lors des législatives de samedi dernier qui ont
consacré un retour en force de l’opposition. Ce résultat
imprévisible reflète le mécontentement de la population face
aux échecs du pouvoir à juguler les tensions raciales, la
corruption et l’inflation. Selon le président de la
commission électorale, environ 70 % seulement des 10,9
millions d’électeurs inscrits ont voté samedi.
Bien qu’il garde toujours la main au sein de la nouvelle
chambre et forme vraisemblablement le prochain gouvernement,
le Front national (Barisan Nasional, BN), coalition
multiraciale au pouvoir, rassemblant 14 formations sous la
houlette du parti du premier ministre Abdullah Ahmad Badawi,
a échoué à recueillir la majorité des deux tiers lui
permettant de réviser la Constitution à son gré. En effet,
cette coalition régnait en maître au Parlement depuis 1969.
Mais, selon les chiffres de la commission électorale,
communiqués dimanche, il n’en a décroché, samedi, que 137
sur 222 alors qu’il avait raflé 90 % des sièges lors du
précédent scrutin en 2004. Bien plus, le Barisan Nasional a
perdu quatre des douze Etats de la Fédération au profit de
l’opposition qui en contrôle désormais cinq.
Rejetant tous les appels à sa démission malgré ce revers
électoral cuisant, le premier ministre malaysien a été
officiellement investi, lundi matin, pour un second mandat.
« Pourquoi devrais-je démissionner ? Nous avons gagné. Je
reste, je n’abandonnerai pas », a-t-il lancé à des partisans
rassemblés devant son domicile. Depuis son arrivée au
pouvoir en 2003, Abdullah a perdu beaucoup du crédit qu’il
avait lorsqu’il remplaça le vétéran Mahathir Mohamad.
Revanche de l’opposition
En effet, les élections de samedi ont consacré la revanche
de l’opposition et surtout le spectaculaire retour de
l’ancien vice-premier ministre Anwar Ibrahim, que le pouvoir
avait tenté d’évincer par tous les moyens. Alors dauphin de
l’ex-premier ministre Mahathir Mohamad, Anwar Ibrahim avait
été renvoyé en septembre 1998 puis condamné pour corruption
et actes de sodomie. Il a été libéré en septembre 2004 après
que la justice a annulé sa condamnation. Inéligible jusqu’en
avril, il a toutefois mené la campagne du parti d’opposition
Keadilan, présidé par sa femme. Son parti, le Keadilan, a
remporté samedi 31 sièges, devenant le premier parti
d’opposition au Parlement. Deux autres formations
d’opposition, le Parti d’action démocratique (DAP, 28
sièges) et le Parti islamique pan-malaysien (PAS, 23 sièges)
ont également tiré leur épingle du jeu. Autre camouflet pour
le gouvernement, c’est la victoire d’un militant et avocat
indien emprisonné, M. Manoharan, qui a remporté un siège de
député après avoir été arrêté en vertu de la législation sur
la sécurité intérieure pour avoir organisé une grande
manifestation antigouvernementale l’an dernier. « Cela
ressemble à une révolution », s’est réjoui Husam Musa,
vice-président du parti islamiste d’opposition Parti Islam
se-Malaysia (PAS). Se félicitant toujours de ce résultat
inattendu, le chef du Keadilan a crié victoire
dimanche : « Un nouveau jour se lève en Malaisie. Les gens
veulent voir la justice triompher. J’aiderai les Malais,
mais de façon équitable, et j’aiderai dans le même temps
Indiens et Chinois », a-t-il promis.
La Fédération de Malaisie, qui a fêté en août les 50 ans de
son indépendance de la Grande-Bretagne, est en proie à des
tensions croissantes entre Malais (60 %), Chinois (25 %) et
Indiens (8 %). Les Chinois et les Indiens constituent le
tiers environ des 26 millions d’habitants du pays et
beaucoup se disent victimes de discriminations au profit des
Malais. Dans le domaine social, le gouvernement est la cible
d’un mécontentement général lié à une flambée des prix et
une hausse de la criminalité.
Selon les analystes, le scrutin, organisé avant la date
prévue initialement (en mai 2009), a pris la forme d’un
référendum sur le régime de Abdullah, et les Malaysiens en
ont profité pour le sanctionner en raison de l’inflation, de
la persistance de tensions religieuses et de la corruption.
Considérablement affaibli, le premier ministre Badawi avait
dissous le Parlement le 13 février, ouvrant la voie à cette
consultation anticipée. Mais, malheureusement, le résultat
du vote n’était pas en sa faveur.
Maha
Al-Cherbini