Festival de Créativité Artistique.
La deuxième édition propose plusieurs manifestations, dont
le Salon des jeunes. Celui-ci regroupe 400 œuvres, 231
artistes de moins de 30 ans, où toutes les disciplines sont
récompensées.
La boîte de Pandore
Le
Salon des jeunes, une des manifestions du Festival de la
créativité, reprend place au Palais des arts, dans
l’enceinte de l’Opéra. Les œuvres sont ainsi à nouveau
exposées en un seul lieu, et non plus comme l’année dernière
— lors de sa 18e édition — éparpillées entre la galerie Ofoq,
le Centre Guézira, les salles Karmet Ibn Hanië (au musée
Ahmad Chawqi) et Nahdet Misr (musée Mahmoud Mokhtar).
Limité à 30 ans et non plus 35, l’âge des participants
confère au salon actuel davantage de fougue, mais peut être
aussi un zeste de naïveté de la part d’artistes « hâtifs »,
par manque d’expérience. Une question se pose alors : est-il
encore trop tôt pour eux de prendre part à ce salon ?
Faut-il attendre l’âge mûr pour avoir droit à de meilleures
œuvres ? Le débat bat son plein comme tous les ans. Et comme
d’habitude, il y en a ceux qui défendent le salon, le
considérant comme un vrai vivier de talents, une
manifestation permettant aux débutants de mettre le pied à
l’étrier dans le monde de l’art. D’autres se plaignent au
contraire du niveau général en régression de la
manifestation.
Mais pour le commissaire du salon, Gamal Abdel-Nasser, « les
jeunes ont besoin de se mesurer à d’autres, de se faire
adopter, d’être reconnus, valorisés et encouragés. Peu
importe l’obtention d’un prix, l’essentiel, c’est de
participer, d’acquérir la confiance de leur entourage ». La
présence de Abdel-Nasser a d’ailleurs mené à une plus grande
convivialité : un atelier a été préalablement organisé au
musée Mokhtar, afin de permettre aux jeunes de produire des
œuvres obéissant aux critères du salon. Cet atelier,
supervisé quotidiennement par des spécialistes, offrait les
matériaux nécessaires. « Les jeunes qui sortent des
beaux-arts ou autres n’ont pas tous le niveau adéquat.
Certains ne savent pas bien dessiner, surtout ceux qui
sortent de la faculté de pédagogie artistique (tarbiya
naweéya). Ce n’est pas leur faute ! Souvent, leurs
professeurs les bourrent d’académisme sans aucune notion de
créativité », précise le commissaire. Et d’ajouter : « L’art
ne doit pas forcément exprimer la réalité, avec son aspect
dramatique. L’art possède un langage qui lui est propre, à
même d’exprimer l’espoir, la gaieté, même s’il s’agit de
l’humour noir. L’esthétique doit dépasser le sujet abordé ».
La pensée de ce commissaire-artiste va de pair avec l’esprit
des jeunes rêveurs, mais l’oppose aux responsables «
traditionnels » selon ses dires, qui ne lui permettaient pas
de s’épanouir. Malgré ces avis contradictoires, les artistes
ont scrupuleusement illustré le thème du salon, fondé
essentiellement sur « L’Autre », à travers des œuvres qui
oscillent entre docilité et rébellion artistique. « Choisir
un thème assez vaste et significatif, c’est donner libre
cours à une plus grande créativité. En fait, l’autre peut
être une société, un monde, une personnalité … Autant
d’interpellations qui incitent à créer », souligne le
commissaire, mettant l’accent sur ce qui fonde l’élan des
jeunes artistes.
Jeu de perspectives
Dans cette optique, le jeune graveur Mina Amin, récompensé
du prix du jury, expose deux œuvres, en noir et blanc, de
grands formats, qui mettent en relief multiples visages
humains, déformés, flous. Des visages en action, affligés,
dont l’expressivité raconte la souffrance. D’autre part,
l’œuvre de Mohamad Al-Abd, qui lui a valu également le prix
du jury, n’est pas sans rappeler les pièces expérimentales,
avec le souci de la gestuelle et de l’expressivité du corps.
Il reconduit, chaque jour, la performance d’une jeune modèle
en djellaba, peinte fraîchement en bleu. Elle danse, dessine
sur un espace blanc, essaimant des traces de bleu partout.
Aussi débusque-t-on, l’assemblage de Abdel-Hamid Magdeddine,
de même prix du jury, qui repose sur des collages, sous des
formes cubiques, entre relief et plat, représentant
d’innombrables chefs d’Etat.
Quant au grand prix du salon, il a été attribué ex æquo à la
poterie de Mohamad Choumane, qui a reproduit 116 masques à
expressions variées, tels des totems, et Hala Abou-Chadi qui
illustre dans son assemblage de photos les divers états
d’âme d’une femme.
Dans un autre jeu de perspectives, la peinture de Hind Zaki,
lauréate également du prix du jury, des portraits de femmes,
dominés par la couleur dorée, suggèrent un esprit de puzzle.
Quant à Chérine Moustapha, lauréate du prix Mohamad Mounir,
elle peint quatre œuvres superposées en diagonale, traitant
des cérémonies de mariage en Egypte. Elle se sert
généreusement de gouache, pastel, encre, collage et gravure,
pour donner corps à son imaginaire foisonnant.
Des sculptures géantes se taillent aussi une place
prééminente dans le salon : Mohamad Al-Labbane, salué du
prix du jury, y expose une sculpture d’un mètre et demi, à
l’entrée du Palais des arts. S’inspirant inlassablement du
patrimoine, il sculpte un conteur à l’aide d’une immense
pierre blanche artificielle et de métal. Il réussit de la
sorte un assemblage exquis d’une abstraction géométrique qui
joue sur le contraste entre la forme et les lignes
régulières. « Autrefois, la sculpture était très présente
dans le Salon des jeunes, mais actuellement, elle se raréfie
en raison de la prédilection des jeunes pour les modes
d’expression modernes », dit Mohamad Al-Labbane, qui déplore
aussi l’attribution de ce fait de nombreux prix aux autres
éléments du salon.
Ainsi, l’art vidéo, portant le titre La Beauté est
périssable, d’Ahmad Bassiouni, a remporté à son tour un
prix. Le jury a décidé de consacrer à parité toute forme
d’expression. Par ailleurs, la valeur des prix a connu une
hausse fulgurante par rapport aux années précédentes en
raison de la contribution de nombreux sponsors. Enfin, cette
manifestation, qui prend désormais de l’allure, devient un
espace où les jeunes viennent confirmer et jauger leurs
talents à l’aune des expressions de leurs pairs dans une
ambiance de créativité unique.
Page
réalisée par Névine Lameï