Egyptologie.
La mission américano-italienne opérant à Wadi Al-Gawassis,
sur la mer Rouge, a mis au jour de nouvelles évidences
confirmant que les expéditions de Pount étaient nombreuses
tout au long de l’histoire égyptienne, notamment au Moyen
Empire.
Les Egyptiens avaient le pied marin
Non
loin de la ville côtière de la mer Rouge à Safaga, à
quelques 25 km au sud, s’étale Wadi Al-Gawassis, l’un des
plus importants sites maritimes qui ne cesse de livrer au
fur et à mesure de précieux secrets. Connue par l’aridité de
son climat tout au long de l’année sauf pour quelques mois,
cette zone est soumise depuis 7 ans à des fouilles
archéologiques opérées par une mission américano-italienne
dirigée par Rodolfo Fattovich et Kathryn Bard. Cette zone
comprend « l’un des plus anciens ports pharaoniques dont la
date remonte à l’Ancien Empire, d’après les anciens
documents », souligne Rodolfo Fattovich, professeur
d’archéologie à l’université de Naples L’Orientale.
Information affirmée par la mission qui avait trouvé lors
des fouilles une grande collection de céramiques et de
poteries datant de cette époque. En plus, presque toutes les
trouvailles archéologiques prouvent l’importance de ce port
et indiquent son utilisation pendant des expéditions
maritimes destinées aux pays de Pount. Ces expéditions
avaient eu lieu pendant la période du Moyen Empire et
surtout lors du règne du roi Amnemhat III.
Il s’agit en fait de la présence de sept galeries creusées
dans l’agglomération qui se trouve auprès de la côte de la
mer Rouge. Seules deux de celles-ci ont été mises au jour au
cours de la dernière saison de fouilles. Les fonctions de
ces galeries variaient entre dépôts, ateliers ou étaient
utilisées comme des abris pour les membres des expéditions.
La mission a de même découvert plusieurs éléments de la
navigation et des équipements nécessaires à l’expédition
maritime. Citons à titre d’exemple : des cordes, des rames,
des planches de bois, sans oublier les seaux d’argile, ainsi
que quelques boîtes sur lesquelles sont inscrites par
exemple « les merveilles des pays de Pount ». En effet, les
cordes étaient utilisées dans la navigation à cet âge
lointain. « Les cordes sont tellement bien conservées
qu’elles paraissent neuves et fabriquées de nos jours »,
explique Fattovich. Pour les planches de bois, étant
dérivées de Coptos dans la vallée du Nil, celles-ci
servaient à monter les bateaux sur place, à Wadi Al-Gawassis.
« Nous espérons mettre au jour les ateliers de la
fabrication de ces bateaux maritimes, lors des prochaines
saisons », commente l’archéologue Chiara Zazzara, membre de
la mission. Autre découverte si précieuse ; les débris du
bois ont été trouvés au seuil des galeries. « Les rames
étaient nettoyées pour être réutilisées de nouveau dans les
expéditions ultérieures. D’ailleurs, l’opération du
nettoyage était effectuée à cet emplacement pour se servir
de la lumière du soleil de la journée », explique-t-elle.
Concernant les seaux d’argile, ceux-ci ont été trouvés en
grande quantité. Ces seaux assuraient en principe les
fermetures des productions alimentaires certes, mais donnent
plutôt des informations administratives à l’instar de
l’aménagement du stockage des éléments nécessaires pour
l’expédition, notamment l’alimentation. Quant aux boîtes,
celles-ci servaient à préserver les productions exportées de
Pount. Citons à titre d’exemple : l’encens, et les
productions exotiques ainsi que les pierres précieuses et le
bois foncé. L’Egypte empruntait encore les animaux et leur
cuir.
Les
galeries servaient autant de dépôts et d’ateliers pour les
membres des expéditions, que d’abris aux navigateurs. «
Ceux-ci y fabriquaient le pain et conservaient encore les
aliments nécessaires pour les quatre mois, la durée de
l’expédition », explique l’archéologue. D’ailleurs, la
mission a trouvé des assiettes en argile d’une seule mesure
afin de garantir l’égalité des portions de la nourriture
destinée à chaque membre de l’expédition. « C’est un autre
argument qu’on vivait dans ces galeries », commente Zazzara.
D’autre part, la mission a découvert plusieurs stèles, dont
la date remonte au Moyen Empire, certes mais, dont le règne
des souverains varie. Notons une stèle de l’époque de
Sénousert III, deux autres du règne d’Amnemhat III dont
l’une est découverte lors de la dernière saison et une
quatrième appartenant à l’âge d’Amnemhat IV. Il paraît que
les expéditions aux pays de Pount était une sorte de
tradition que les souverains du Moyen Empire cherchaient à
entamer et enregistrer sur les stèles pendant leur règne.
Par ailleurs, l’expédition a trouvé d’autres stèles gravées
de présentations d’offrandes, prières, salutations et de
remerciements destinés aux différentes divinités. La plus
distinguée est celle du dieu Mine, divinité maritime.
Celui-ci ayant « sécurisé les membres de l’expédition durant
toute l’excursion maritime, a été remercié sur cette stèle
lors de leur rentrée », explique Zazzara.
Les dangers persistent
En outre, la mission, toujours en quête de l’ancienne baie
du site et dont la limite est encore inconnue a inauguré
deux nouvelles grandes phases de fouilles. A cet égard, une
grande surprise les attendait avant même d’entamer leurs
excavations. C’est la révélation d’une grande quantité de
jarres. Peut-être, celles-ci servaient à conserver l’eau
dont on avait besoin pendant l’occupation du site puisque «
l’unique source d’eau découverte jusqu’à maintenant est
située à une distance de 10 km du site », reprend le
professeur. D’autre part, la mission était préoccupée cette
saison par la consolidation des galeries qui risquent la
destruction à cause des fissures. Pour Fattovich, il est
difficile de continuer les fouilles avant de les restaurer.
Les dangers ne s’arrêtent pas là. Une autre menace est
apparue et dont les effets sont plus graves. Ce sont les
investissements touristiques. Beaucoup d’hommes d’affaires
cherchent à exploiter la côte de la mer Rouge
touristiquement, à bâtir des hôtels, voire des villages
touristiques. « Wadi Al-Gawassis est un site ouvert et vaste
sur la côte de la mer Rouge. C’est impossible de le fermer.
Mais j’espère que les autorités prennent toutes les
dispositions pour protéger un tel site archéologique de
telle importance majeure », conclut Rodolfo Fattovich .
Doaa
Elhami