L’impasse
Salama A. Salama
Il
est tout à fait probable que les autorités égyptiennes ont
réussi maintenant à contrôler entièrement les frontières et
à prendre les mesures nécessaires pour régler les problèmes
au passage de Rafah. Cependant, ces arrangements ne se
compléteront que par l’instauration d’un système précis
permettant, ne serait-ce que temporairement, aux habitants
de Gaza d’obtenir les produits de première nécessité et les
aides humanitaires. Ce sont ces mesures qui permettront
d’avorter les plans israéliens visant à isoler le secteur de
Gaza. Ils permettront aussi d’obliger Israël à respecter les
conventions internationales qui le rendent responsable de ce
secteur en tant qu’Etat occupant.
Cependant, ceci ne peut se réaliser que si les efforts
égyptiens réussissent à convaincre l’autorité nationale et
le Hamas de coopérer dans la gestion du passage de Rafah
afin de garantir la libre circulation des marchandises et
des individus et la sécurité de l’Egypte. Ce problème a
surgi avant le début même des discussions auxquelles Le
Caire avait appelé, avec le Fatah et le Hamas, séparément,
car le président de l’Autorité palestinienne a posé des
conditions draconiennes pour rejoindre la table des
négociations avec le Hamas. Des conditions qu’il ne pose pas
pour négocier avec Israël. Malgré toutes les accusations de
complicité adressées au Hamas, le problème en fin de compte
n’est pas un différend autour du pouvoir pour contrôler
Gaza. Il s’agit plutôt d’un différend sur les conditions du
règlement et sur la nature des relations avec Israël. Le
Hamas et une grande partie du peuple palestinien sont
convaincus de la nécessité d’allier la résistance à l’action
politique. Par contre, le clan d’Abou-Mazen et l’Autorité
jugent impossible de les associer. Ils sont convaincus que
se dresser face à Israël et aux Etats-Unis ne sert à rien
sauf à l’approfondissement des souffrances du peuple
palestinien et à sa privation de ses droits élémentaires.
C’est là le dilemme historique que de nombreuses parties ne
veulent pas reconnaître. En effet, l’ascension au pouvoir du
gouvernement élu du Hamas à Gaza est considérée comme un
renversement de la légitimité. La légitimité du pouvoir
présidé par Abou-Mazen, reconnu par Israël, les Etats-Unis
et l’Europe qui le considèrent comme capable d’effectuer les
négociations d’Annapolis selon les conditions américaines et
israéliennes et qui considèrent le Hamas comme un simple
groupuscule terroriste œuvrant contre la paix !
Toutes les tentatives d’entente autour de ce sujet ont
échoué entre le Fatah et le Hamas avant et après la chute du
gouvernement d’unité nationale. L’accord de La Mecque, qui
n’a pas duré longtemps, s’est aussi heurté à ce sujet. Il se
peut que les discussions du Caire s’y soient heurtées.
Abou-Mazen insiste pour que l’Autorité palestinienne, la
garde présidentielle, gère à elle seule les passages,
écartant ainsi totalement le Hamas. C’est d’ailleurs la
demande d’Israël et des Etats-Unis. D’autre part, le Hamas
refuse catégoriquement d’abandonner le contrôle du passage
de Rafah. Face à ce cercle vicieux, l’Egypte ne peut
qu’aller de l’avant sur la voie de la sécurisation de ses
frontières, même si elle doit coopérer avec le diable.