Risques
Avec une offensive cruciale en cours dans le nord de
l’Iraq contre Al-Qaëda, et une stabilisation politique
loin d’être acquise, la « transition » envisagée en Iraq
en 2008 par le président George W. Bush s’annonce pleine
de risques.
Depuis des semaines, les troupes américaines et l’armée
iraqienne sont engagées dans une vaste opération contre
les affiliés d’Al-Qaëda en Iraq qui se sont regroupés
dans des régions septentrionales après avoir été
refoulés de Bagdad et de l’ouest du pays. Mais plusieurs
récents attentats meurtriers à Mossoul (370 km au nord
de Bagdad) ont démontré que les extrémistes étaient
encore en mesure d’agir. Face aux menaces des groupes
hostiles au gouvernement de Bagdad (dominé par les
chiites) et à la présence américaine, les responsables
militaires iraqiens ont admis récemment qu’ils avaient
encore des progrès à réaliser.
Le
ministre de la Défense, Abdel-Kader Jassem Mohamed, a
reconnu que la sécurité de Mossoul était mal assurée, et
que les unités déployées dans cette ville, considérée
dorénavant comme le « centre de gravité » d’Al-Qaëda en
Iraq, en perdaient le contrôle chaque soir lorsqu’elles
regagnaient leurs campements. Ces faiblesses avouées
sont d’autant plus inquiétantes que l’aptitude des
forces iraqiennes à assurer la stabilité est présentée
par le président Bush comme la condition pour la
programmation d’un retrait américain.
Quelque 30 000 soldats, venus en renfort à partir de
février 2007, devraient avoir quitté le théâtre iraqien
pour juillet 2008, mais une nouvelle réduction du
contingent américain dépend de la capacité de l’armée et
de la police iraqiennes à garantir la paix civile. La «
transition » vers une nouvelle phase de la stratégie
américaine envisagée par Bush va s’appuyer encore après
juillet sur la présence en Iraq de 130 000 soldats.
Mais, parmi les conditions, autres que militaires, la
réconciliation politique entre chiites, sunnites et
kurdes, est loin d’aller aussi vite que souhaité par
Washington. Le débat autour du budget qui prévoit 48
milliards de dollars de dépenses pour 2008, mais n’est
toujours pas voté, l’a amplement démontré, avec le
gouvernement accusé de mauvaise gestion et les
différents groupes politiques défendant les mesures qui
favorisent leurs communautés.
Enfin, deux conditions déterminantes de l’embellie
sécuritaire récente — la mobilisation financée par les
Américains de groupes d’autodéfense sunnites et la trêve
annoncée jusqu’en février de la plus puissante milice
chiite — restent largement tributaires des gains
politiques qu’elles valent à leurs initiateurs.