Al-Ahram Hebdo,Environnement | Le business se met au vert
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 Semaine du 6 au 12 février 2008, numéro 700

 

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Environnement

Sensibilisation. Le Centre Méditerranéen de Programmes de Développement Durable (CMPDD), près de Béni-Souef, est une initiative privée qui apprend aux enfants non seulement comment préserver l’environnement, mais aussi l’apprécier. Reportage 

Le business se met au vert 

Situé à 22 km de Béni-Souef, sur la rive orientale du Nil et sur l’autoroute reliant Le Caire au gouvernorat de Minya, le CMPDD (Centre Méditerranéen de Programmes de Développement Durable) est une initiative lancée il y a deux ans maintenant. L’idée de la création du centre revient au Dr Adli Hassanein, expert égyptien en écologie et qui a travaillé pendant 25 ans auprès des Nations-Unies en tant que président des programmes relatifs au développement durable. L’idée était de proposer des solutions pour maintenir un environnement sain et faire face aux catastrophes prévues dans les 60 ans qui viennent. « Les changements climatiques ont des effets néfastes sur l’atmosphère de toute la planète. Ils nuisent également à l’agriculture en troublant les saisons de culture des différentes récoltes. Pire encore, les régions situées en dessous du niveau de la mer comme le Delta du Nil ainsi que les régions côtières risquent de se noyer avec l’élévation prévue du niveau des eaux. Les ressources en eau sont de même menacées. Il est donc urgent de sensibiliser le peuple aux dangers écologiques qui les menacent afin qu’ils changent leurs comportements », explique le Dr Adli Hassanein.

Mais pour que le changement soit effectif, il faut selon lui commencer par les tout petits, les enfants, qui seront les adultes de demain. Lors de l’inauguration du centre, des enfants venus du Maroc, de Tunisie, de Jordanie et de Turquie ont participé à des ateliers de travail dans le centre et ce, en partenariat avec les institutions gouvernementales et nationales. Une année plus tard, le centre a commencé à accueillir les enfants égyptiens entre 6 et 17 ans venant des écoles de langues à travers des excursions de quelques jours.

En effet, le CMPDD, connu aussi sous le nom du village Kan ya ma kan (il était une fois), est un endroit ami de l’environnement. On y trouve des fours qui fonctionnent à l’énergie solaire, de l’agriculture bio, de la nourriture saine, des assiettes en argile, minimisation des déchets. Les bâtiments du centre qui s’étendent sur une superficie de 120 feddans sont construits avec des pierres de Nubie d’une épaisseur de 70 cm. Elles sont peintes en blanc pour refléter les rayons du soleil et ce, pour ne pas utiliser l’air conditionné pendant l’été. Le CMPDD est un village autonome comprenant huit départements éducatifs, un centre régional d’information, une librairie, des salles de conférences et des bâtiments administratifs. Les bâtiments de services comprennent un zoo où l’on trouve des animaux familiers aux enfants pour encourager la compréhension de l’environnement animalier immédiat et aussi comment s’en occuper. Un lac renferme par ailleurs toutes sortes de poissons et un foyer pour les oiseaux aquatiques.

 

Avancer des solutions

Le CMPDD comprend de même une ferme égyptienne modèle basée sur l’agriculture organique, un centre d’observation d’oiseaux migrateurs, une esplanade en plein air, un restaurant, une cafétéria, une boulangerie, etc., ainsi que des espaces verts en plein air pour tout simplement jouir de la propreté et d’un environnement sain.

En fait, le CMPDD reçoit un ou deux groupes par mois. Les élèves y viennent pour des camps de 36 heures au minimum ou de 168 heures au maximum. Le CMPDD peut héberger 56 enfants accompagnés de leurs tuteurs. Mais cette semaine, le centre accueille 18 élèves avec deux enseignantes. « Jodi Deutsch, l’épouse du Dr Adli, qui est américaine, étudie les programmes intéressants pour enfants sur Internet, et puis elle en sélectionne quelques-uns, les prépare et ensuite fait une sélection selon les différents âges ciblés par le CMPDD. Ensuite vient mon tour pour exécuter sur le terrain les programmes théoriques. Je dois expliquer aux enfants, au cours des séminaires et des ateliers, les différentes informations écologiques de la manière la plus simple, c’est-à-dire en respectant leur mentalité et leur âge. Ce qui n’est pas du tout une tâche simple », explique l’Américain Jon Williams, 26 ans, directeur du camp au CMPDD. Ils vont s’informer des changements climatiques et des petits gestes que chacun peut faire pour remédier à ce phénomène qui figure parmi les défis majeurs de l’avenir. Par le biais des séminaires de formation et des ateliers de travail, le CMPDD inculque aux enfants l’impact des activités humaines sur l’environnement. Des sujets comme le smog, les pots d’échappement des véhicules, l’effet de serre, les pesticides, la désertification, la dégradation des terres agricoles, la pollution de l’eau potable, le manque de drainage sanitaire et industriel et la gestion des déchets solides sont abordés durant les cours de formation. Les enfants parviennent à avancer seuls des solutions pratiques aux problèmes écologiques en commençant par leur environnement proche, en passant par leur pays et en finissant à l’échelle mondiale. Ils doivent tous sentir qu’ils ont un rôle positif à jouer vis-à-vis de leur planète. « J’habite tout près de l’école, donc il faudrait que j’aille à pied ou à vélo pour réduire le dioxyde de carbone (CO2) qui est un gaz à effet de serre », explique Hend Moustapha, 11 ans. Les enfants qui ont passé trois jours dans le centre parlent avec une confiance surprenante. « Au lieu d’aller à l’école avec nos parents, nous pourrons aller en groupe avec le papa de chacun en faisant un roulement et comme cela, une seule voiture roulera tous les jours au lieu de 5 », ajoute Adham, 13 ans. En effet, au village Kan ya ma kan, on se déplace avec les moyens du bord : âne, cheval ou chameau. Il existe également des pistes cyclables et des rues piétonnes.

Au sein du CMPDD, on sensibilise à travers le jeu (puzzles, cartes, dessins animés, théâtre et chants). « J’ai appris l’importance de fermer le robinet lorsque je me lave le visage et de ne pas laisser l’eau couler. En sortant de ma chambre, je dois éteindre la lumière ... au lieu d’écrire ou de dessiner sur une seule face de mon papier, j’utilise les deux faces », indique Youssef Al-Achri, 9 ans. « En retournant à l’école, les enfants ont l’intention de créer une équipe verte pour expliquer à leurs collègues qui n’ont pas eu la chance de les accompagner tout ce qu’ils ont appris durant leur séjour », note avec satisfaction et fierté la directrice de l’école, Mouchira Louis.

Il est vrai que ce projet est à l’origine d’un business — une nuit au camp pension complète contre 200 livres égyptiennes —, mais c’est un business vert à travers lequel des enfants sont sensibilisés à l’environnement. Une première qui pourrait donner des idées aux hommes d’affaires. Le défi, ne l’oublions pas, étant de pallier le retard pris par le gouvernement dans le domaine.

Manar Attiya

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