Sensibilisation.
Le Centre Méditerranéen de Programmes de Développement
Durable (CMPDD), près de Béni-Souef, est une initiative
privée qui apprend aux enfants non seulement comment
préserver l’environnement, mais aussi l’apprécier.
Reportage
Le business se met au vert
Situé
à 22 km de Béni-Souef, sur la rive orientale du Nil et sur
l’autoroute reliant Le Caire au gouvernorat de Minya, le
CMPDD (Centre Méditerranéen de Programmes de Développement
Durable) est une initiative lancée il y a deux ans
maintenant. L’idée de la création du centre revient au Dr
Adli Hassanein, expert égyptien en écologie et qui a
travaillé pendant 25 ans auprès des Nations-Unies en tant
que président des programmes relatifs au développement
durable. L’idée était de proposer des solutions pour
maintenir un environnement sain et faire face aux
catastrophes prévues dans les 60 ans qui viennent. « Les
changements climatiques ont des effets néfastes sur
l’atmosphère de toute la planète. Ils nuisent également à
l’agriculture en troublant les saisons de culture des
différentes récoltes. Pire encore, les régions situées en
dessous du niveau de la mer comme le Delta du Nil ainsi que
les régions côtières risquent de se noyer avec l’élévation
prévue du niveau des eaux. Les ressources en eau sont de
même menacées. Il est donc urgent de sensibiliser le peuple
aux dangers écologiques qui les menacent afin qu’ils
changent leurs comportements », explique le Dr Adli
Hassanein.
Mais
pour que le changement soit effectif, il faut selon lui
commencer par les tout petits, les enfants, qui seront les
adultes de demain. Lors de l’inauguration du centre, des
enfants venus du Maroc, de Tunisie, de Jordanie et de
Turquie ont participé à des ateliers de travail dans le
centre et ce, en partenariat avec les institutions
gouvernementales et nationales. Une année plus tard, le
centre a commencé à accueillir les enfants égyptiens entre 6
et 17 ans venant des écoles de langues à travers des
excursions de quelques jours.
En effet, le CMPDD, connu aussi sous le nom du village Kan
ya ma kan (il était une fois), est un endroit ami de
l’environnement. On y trouve des fours qui fonctionnent à
l’énergie solaire, de l’agriculture bio, de la nourriture
saine, des assiettes en argile, minimisation des déchets.
Les bâtiments du centre qui s’étendent sur une superficie de
120 feddans sont construits avec des pierres de Nubie d’une
épaisseur de 70 cm. Elles sont peintes en blanc pour
refléter les rayons du soleil et ce, pour ne pas utiliser
l’air conditionné pendant l’été. Le CMPDD est un village
autonome comprenant huit départements éducatifs, un centre
régional d’information, une librairie, des salles de
conférences et des bâtiments administratifs. Les bâtiments
de services comprennent un zoo où l’on trouve des animaux
familiers aux enfants pour encourager la compréhension de
l’environnement animalier immédiat et aussi comment s’en
occuper. Un lac renferme par ailleurs toutes sortes de
poissons et un foyer pour les oiseaux aquatiques.
Avancer des solutions
Le CMPDD comprend de même une ferme égyptienne modèle basée
sur l’agriculture organique, un centre d’observation
d’oiseaux migrateurs, une esplanade en plein air, un
restaurant, une cafétéria, une boulangerie, etc., ainsi que
des espaces verts en plein air pour tout simplement jouir de
la propreté et d’un environnement sain.
En fait, le CMPDD reçoit un ou deux groupes par mois. Les
élèves y viennent pour des camps de 36 heures au minimum ou
de 168 heures au maximum. Le CMPDD peut héberger 56 enfants
accompagnés de leurs tuteurs. Mais cette semaine, le centre
accueille 18 élèves avec deux enseignantes. « Jodi Deutsch,
l’épouse du Dr Adli, qui est américaine, étudie les
programmes intéressants pour enfants sur Internet, et puis
elle en sélectionne quelques-uns, les prépare et ensuite
fait une sélection selon les différents âges ciblés par le
CMPDD. Ensuite vient mon tour pour exécuter sur le terrain
les programmes théoriques. Je dois expliquer aux enfants, au
cours des séminaires et des ateliers, les différentes
informations écologiques de la manière la plus simple,
c’est-à-dire en respectant leur mentalité et leur âge. Ce
qui n’est pas du tout une tâche simple », explique
l’Américain Jon Williams, 26 ans, directeur du camp au CMPDD.
Ils vont s’informer des changements climatiques et des
petits gestes que chacun peut faire pour remédier à ce
phénomène qui figure parmi les défis majeurs de l’avenir.
Par le biais des séminaires de formation et des ateliers de
travail, le CMPDD inculque aux enfants l’impact des
activités humaines sur l’environnement. Des sujets comme le
smog, les pots d’échappement des véhicules, l’effet de
serre, les pesticides, la désertification, la dégradation
des terres agricoles, la pollution de l’eau potable, le
manque de drainage sanitaire et industriel et la gestion des
déchets solides sont abordés durant les cours de formation.
Les enfants parviennent à avancer seuls des solutions
pratiques aux problèmes écologiques en commençant par leur
environnement proche, en passant par leur pays et en
finissant à l’échelle mondiale. Ils doivent tous sentir
qu’ils ont un rôle positif à jouer vis-à-vis de leur
planète. « J’habite tout près de l’école, donc il faudrait
que j’aille à pied ou à vélo pour réduire le dioxyde de
carbone (CO2) qui est un gaz à effet de serre », explique
Hend Moustapha, 11 ans. Les enfants qui ont passé trois
jours dans le centre parlent avec une confiance surprenante.
« Au lieu d’aller à l’école avec nos parents, nous pourrons
aller en groupe avec le papa de chacun en faisant un
roulement et comme cela, une seule voiture roulera tous les
jours au lieu de 5 », ajoute Adham, 13 ans. En effet, au
village Kan ya ma kan, on se déplace avec les moyens du bord
: âne, cheval ou chameau. Il existe également des pistes
cyclables et des rues piétonnes.
Au sein du CMPDD, on sensibilise à travers le jeu (puzzles,
cartes, dessins animés, théâtre et chants). « J’ai appris
l’importance de fermer le robinet lorsque je me lave le
visage et de ne pas laisser l’eau couler. En sortant de ma
chambre, je dois éteindre la lumière ... au lieu d’écrire ou
de dessiner sur une seule face de mon papier, j’utilise les
deux faces », indique Youssef Al-Achri, 9 ans. « En
retournant à l’école, les enfants ont l’intention de créer
une équipe verte pour expliquer à leurs collègues qui n’ont
pas eu la chance de les accompagner tout ce qu’ils ont
appris durant leur séjour », note avec satisfaction et
fierté la directrice de l’école, Mouchira Louis.
Il est vrai que ce projet est à l’origine d’un business —
une nuit au camp pension complète contre 200 livres
égyptiennes —, mais c’est un business vert à travers lequel
des enfants sont sensibilisés à l’environnement. Une
première qui pourrait donner des idées aux hommes
d’affaires. Le défi, ne l’oublions pas, étant de pallier le
retard pris par le gouvernement dans le domaine.
Manar
Attiya