Taxis.
Le gouvernorat du Caire a lancé un projet pour remplacer les
anciens taxis de la capitale, en très mauvais état de
marche, par des véhicules neufs.
La fin du tacot ?
La
fin Après les anciens autobus publics qui ont été mis hors
service, Le Caire pourrait se voir bientôt débarrassé des
taxis très anciens. Ces vieilles carcasses qui ont parfois
40 ou 50 ans de service sont en très mauvais état de marche
et constitue souvent, en raison de leur lenteur et leurs
pannes fréquentes, une entrave à la circulation. Le projet
du gouvernorat du Caire, lancé en coordination avec le Fonds
social pour le développement, vise à remplacer graduellement
ces anciens véhicules par d’autres neufs par le biais de
prêts accordés aux chauffeurs. La priorité sera accordée aux
vieux modèles antérieurs à 1970. Selon les chiffres du
gouvernorat du Caire, la capitale compte 50 000 taxis
environ. Le tiers de ces véhicules est en très mauvais état
et outre les embouteillages qu’ils provoquent, ils
constituent un souci pour l’environnement, car très
polluants. Ce projet propose aux chauffeurs des prêts de 40
000 L.E. pour acheter de nouvelles voitures en leur donnant
la possibilité de choisir entre trois modèles fabriqués
localement. Ainsi, le gouvernement fait d’une pierre deux
coups : améliorer la circulation et relancer le marché de
certaines marques locales qui souffrent d’une récession dans
les ventes. « Ce prêt va être remboursé avec un faible taux
d’intérêt : 7 %. Nous allons débuter par 1 000 voitures
climatisées et un financement de 40 millions de L.E. »,
assure Mohamad Sultan, adjoint du gouverneur du Caire. Un
délai de deux ans sera accordé aux propriétaires d’anciens
modèles de taxis (entre 1960 et 1970). Après ce délai, les
propriétaires de ces véhicules n’auront plus le droit de
renouveler leur carte grise. Les nouveaux taxis qui seront
mis en service en vertu de ce système fonctionneront
exclusivement au gaz naturel. « Le premier objectif est
d’améliorer le service présenté par ces taxis et de résoudre
une partie du problème de la pollution », explique Mohamad
Sultan. Ces taxis garderont les mêmes couleurs blanches et
noires et seront munis d’un compteur électronique qui doit
présenter au client un billet indiquant le tarif selon le
trajet parcouru. Le gouvernorat entend par la suite
généraliser l’usage de ce genre de compteurs. En effet, la
plupart des taxis sont équipés de compteurs dépassés et une
tarification qui date des années 1970 qui n’est plus
appropriée aujourd’hui. Cette situation a donné lieu à de
nombreuses disputes entre les chauffeurs de taxis et les
clients.
Le Caire, qui compte aujourd’hui 17 millions d’habitants,
est l’une des mégapoles les plus peuplées de la planète. La
pollution y atteint des taux records. Selon les responsables
du gouvernorat du Caire, ce projet devrait contribuer à
résoudre les problèmes de circulation. « Cela paraît
étonnant, mais ces anciens taxis sont en partie responsables
du problème de la circulation », affirme Mohamad Sultan. Un
exemple frappant selon lui est le pont du 6 Octobre. Ce
pont, qui reçoit un flot de véhicules transitant notamment
de l’est vers l’ouest de la capitale est constamment
embouteillé, surtout de Ghamra ou Abbassiya jusqu’à
Mohandessine. « Or, on constate que souvent, un véhicule en
panne, souvent un taxi, est à l’origine de cet embouteillage
», assure le responsable. Ce cas de figure est très fréquent
en été. Il suffit que l’un de ces anciens taxis surchauffe
et s’arrête sur le pont pour qu’une longue file de voitures
se constitue derrière. Et le pont marche au ralenti pendant
quelques dizaines de minutes. Mais outre cet aspect,
l’existence de ces anciens véhicules, pratiquement en ruine,
donne, selon les responsables du gouvernorat du Caire, une
très mauvaise impression, surtout que l’Egypte est un pays
touristique qui essaie d’améliorer son image. « Ces
véhicules sont munis de pots d’échappement défaillants. Ils
ont souvent des portières et des vitres cassées. On peut
même se blesser en empruntant ces taxis parmi lesquels se
trouvent des modèles qui datent du début des années 1960. On
ne voit plus de choses pareilles dans aucun pays », lance
l’urbaniste Kamel Riyad qui soutient le projet.
Les propriétaires des anciens taxis, eux, voient les choses
d’un autre œil. Pour eux, la charge d’un crédit peut être
difficile à supporter « Mon taxi me rapporte une somme
convenable tous les mois. Si dans un sens c’est une bonne
chose de le changer contre un neuf, pourquoi vais-je
supporter le fardeau d’un crédit avec des intérêts ? »,
explique Saïd, propriétaire d’une Fiat 1300, modèle 1962. Il
précise que la remise en état de son taxi lui coûte dans les
2 000 L.E. tous les deux ou trois ans, ce qui est beaucoup
moins que le coût d’un crédit. « Un crédit serait difficile
à supporter surtout qu’il faut considérer l’augmentation des
prix d’essence et les embouteillages qui augmentent la durée
des trajets et affectent nos revenus », estime-t-il. Hag
Mohamad, chauffeur de taxi, renchérit : « Il ne faut pas
nous comparer avec les chauffeurs des nouvelles compagnies
privées et qui sont des employés qui reçoivent des salaires
fixes et qui n’ont pas à entretenir leur voiture ou à rendre
des comptes à un propriétaire ». Le gouvernement est, lui,
résolu à mener à bien le projet. Sans oublier que de
nouveaux projets annoncés n’ont jamais vu le jour, d’autant
plus qu’une telle mesure peut avoir des conséquences
sociales graves.
Mirande Youssef