Tournage.
Scène 34, première reprise. Lieu : studio Ahmos au Caire. Le
décor reconstitue la rue où habite le personnage principal
du film Laylet Al-Baby Doll (la nuit du Baby Doll), un
dernier scénario signé Abdel-Hay Adib et réalisé par son
fils Adel Adib.
La nuit de tous les chambardements
Un
décor pastel et ensoleillé dans la cour du studio. Le
parcourir, c’est découvrir le caractère du film : le goût
réaliste du détail. On est dans la chambre de Wagdi
(interprété par Mahmoud Abdel-Aziz). Sa voix et ses rires
résonnent au loin, en train de se coiffer, avec un sourire
reflétant calme et confiance.
Sur
le plateau, le réalisateur et producteur Adel Adib
examine les divers angles de la
caméra. Il explique : « Les protagonistes connaîtront un
tournant. Wagdi est censé voyager, travaillant en tant que
guide touristique. De retour, il subira un accident et sa
vie va chambouler ».
Ce projet est né de la volonté de rendre hommage à son
propre père, le scénariste de renom, Abdel-Hay Adib, décédé
il y a quelques mois.
La
scène en question est parmi les dernières tournées à
l’intérieur, tous les comédiens étaient présents pour prêter
main-forte. C’est le cas du comédien Mahmoud Al-Guindi : «
Je tournerai mon rôle en Syrie, incarnant un Iraqien vivant
sous le joug de l’occupation américaine, au lendemain de la
chute de Saddam Hussein ».
Le réalisateur ne cache pas son inquiétude : « C’est presque
l’expérience la plus importante de ma vie : réaliser le
dernier scénario de mon père ». Si l’idée de ce film remonte
aux années 1980, il implique un commentaire vif sur la
mondialisation et les agissements américains contre les
Arabes.
« C’était en 1983, lorsque j’ai demandé à mon père d’écrire
un film sur la conjoncture prévalante. Au bout de la
conversation, il avait esquissé les grandes lignes du film.
Après la chute de Bagdad, on a ajouté des scènes portant sur
la prison d’Abou-Gharib où le comédien Nour Al-Chérif est
humilié et torturé par une gardienne de prison ».
Abdel-Hay Adib avait le talent d’aborder des thèmes délicats
de manière très ironique dans une fiction regroupant quelque
60 comédiens. En fait, le projet tente la famille Adib de le
présenter lors de la prochaine édition du Festival de
Cannes.
La voix du réalisateur résonne en studio : « Allez,
messieurs dames, chacun sa place ! ». Mahmoud Abdel-Aziz
revêt un air plus sérieux, son regard devient plus égaré. Le
personnage doit accompagner un groupe touristique aux
Etats-Unis, malgré les protestations de sa femme. Il discute
avec son patron, évoquant sa vie privée. La conversation
s’avère audacieuse.
Après deux reprises, le réalisateur crie : « Stop ! C’est
bon ! ».
« Ce genre de scènes contradictoires sont compliquées. Elles
nécessitent beaucoup de concentration pour paraître crédible
», commente la comédienne Yousra, avant d’aller changer de
maquillage, laissant le réalisateur bavarder avec ses
collaborateurs.
Yasser
Moheb