Peinture.
Halim Habachi, qui est pour
l’authenticité et la liberté, rejette aussi toute
commercialisation de l’art. Il refuse depuis quelques années
d’exposer. Parcours.
Une rébellion douce, mais tenace
Difficile
d’être indifférent à Halim Habachi. Son rituel ordinaire si
doux, son sourire fait de générosité, mais aussi d’une
connaissance parfois ironique mais toujours bienveillante de
la nature humaine captive de prime abord. Faut-il toujours
trouver l’homme dans l’œuvre ou vice versa ? De toute façon,
chez lui, les toiles que l’on pourrait qualifier de
surréalistes donnent cette même impression d’un regard sur
les êtres humains et les choses, qui va au-delà de
l’apparence pour sillonner les rêves et l’imaginaire : ce
qu’il y a au-delà de la perception primaire. De quoi
s’étonner de tant de mystères dans la situation la plus
familière. Il raconte lui-même comment il a peint ce tableau
d’une femme au regard pensif et pénétrant, fumant une
cigarette et portant une poupée. Il l’a croisée dans la rue
au moment où il sortait de chez lui. De loin, il a pris la
poupée pour un bébé. Une fois s’étant rendu compte de la
vérité, il revint chez lui pour peindre et refléter cette
étrange nature féminine.
Créateur, il l’a toujours été, mais on pourrait quand même
distinguer deux phases dans sa vie. Né en 1930 et ayant
obtenu son diplôme de la faculté des beaux-arts en 1953, il
se consacre à l’enseignement dans les écoles. Mais il ne fut
pas un simple professeur de dessin. Il s’est donné pour
mission de cultiver dans l’esprit de ses élèves la
sensibilité artistique et l’imagination : l’amour de l’art
et de la musique classique. De quoi en faire des gens
cultivés, « l’honnête homme » comme on le disait au XVIIe
siècle en France. Une vocation pour laquelle il s’est donné
pendant une trentaine d’années jusqu’au moment où il
ressentit qu’il avait autre chose à donner. C’est en 1982
donc qu’il commence à participer à des expositions. Il
connut la notoriété internationale avec une première
exposition à Stockholm. C’est aux Etats-Unis qu’il a
fait sa dernière expo et un de
ses tableaux, un portrait qu’il a fait de son fils, a figuré
en 1995 sur la couverture du Newsweek.
Il raconte tout cela avec beaucoup de simplicité. Son style,
il le qualifie de « métaphysique », les critiques, eux,
préfèrent le situer sous la bannière du surréalisme. Mais
Habachi n’aime pas les classifications, ni les formes
figées. C’est justement sa liberté d’artiste. « Je
n’appartiens à aucune école, je peins inspiré par ma culture
et mon imagination ». S’il faut le rapprocher de quelqu’un,
c’est Abdel-Hadi Al-Gazzar, en Egypte. René Magritt et
Giorgio de Chirico sont parmi les peintres mondiaux avec
lesquels il a des affinités. Tout en ayant une maîtrise
totale, il rejette le tout technique. La créativité passe
avant.
C’est sans doute ce parti pris d’originalité, d’authenticité
et de défense de l’art comme valeur qui fait qu’il a
abandonné les galeries depuis quelques années. Sa dernière
exposition, à la Galerie Picasso, date de 2004. Pour lui, il
faut éviter les compromissions et les luttes sourdes des
salles d’exposition gouvernementales et cette tendance très
kitsch et très commerciale des salles privées. « Lors d’une
exposition, je vis entrer une dame très BCBG, elle n’a même
pas regardé les tableaux. Elle s’est dirigée directement au
directeur de la galerie pour qu’il lui choisisse un tableau
qui conviendrait à son salon », se souvient Habachi. L’art
est devenu commercial. Il fait office de décor. Le public
cultivé est rare et certains peintres acceptent les
concessions. Et ce sont les œuvres traditionnelles qui font
recette. « Un artiste original doit obéir à ses propres vues
sans penser à l’acquisition ». Cela ne veut pas dire que
Habachi a décidé de se retirer. La technologie moderne, il
l’utilise. Un film vidéo présente ses œuvres. Ceux qui
apprécieront achèteront par la suite. Cela fait partie de
ses convictions et de son mode d’existence.
Ahmed
Loutfi