Union Africaine.
L’organisation panafricaine est plongée dans une série de
crises complexes. Le 10e sommet récemment tenu à Addis-Abeba
s’est clos avec de bien maigres propositions de mesures à
prendre.
Une organisation paralysée
Tiraillés
entre crises politiques meurtrières dans plusieurs pays du
continent, les élections internes et les thèmes essentiels,
les membres de l’Union Africaine (UA) ne savent plus où
donner de la tête. Alors que le continent déborde de crises,
il semblait ainsi presque dérisoire que le thème essentiel
du 10e sommet de l’UA, qui s’est achevé le 2 février à
Addis-Abeba, soit « l’industrialisation et le développement
de l’Afrique ». « Il ne faut pas en rester au stade des
incantations. L’UA doit dresser une feuille de route pour
permettre aux pays de sérier leurs exportations, voir ce
qu’en font les pays qui les achètent et les transforment et
réussir à réaliser en Afrique cette transformation pour
capter la plus-value », a ainsi estimé le président
sénégalais Abdoulaye Wade. Mais ne fallait-il pas plutôt
commencer par régler les multiples conflits qui déchirent
l’Afrique ? La liste des sujets à discuter entre Africains
demeure toujours longue.
Du coup, le sommet s’est contenté de mesures d’organisation
concrètes et limitées.
Sur le
plan interne, les Etats membres de l’UA ont désigné le
ministre gabonais des Affaires étrangères Jean Ping,
président de la Commission de l’UA pour succéder à Alpha
Oumar Konaré qui préside la Commission depuis 2003 et qui
souhaitait quitter son poste. Ping est un homme de confiance
de Omar Bongo Ondimba, doyen des chefs d’Etat du continent
et fréquent médiateur des crises qui le secouent.
Représentant la région d’Afrique centrale, M. Ping a été élu
au premier tour de scrutin. Cette élection est intervenue
après l’étude d’un rapport très critique sur le
fonctionnement de la Commission de l’UA, organe exécutif de
l’organisation, et la gestion de l’institution. « La
priorité pour lui, c’est de continuer de travailler pour la
création d’un gouvernement de l’Union comme étape à la
création des Etats-Unis d’Afrique », a insisté Konaré. Ce
dernier avait annoncé son départ de longue date, mais il
avait été repoussé en raison des débats internes à l’UA sur
la constitution des « Etats-Unis d’Afrique et du
gouvernement de l’Union » et la réforme des institutions.
Konaré avait souligné la nécessité de renforcer les pouvoirs
de la Commission et notamment de son président. « Il est
important que notre organisation, encore jeune, se renforce
et tire les leçons des quatre années passées. Le président
de la Commission doit avoir une réelle autorité pour mener
un vrai travail d’équipe et asseoir une meilleure
gouvernance », avait-il lancé. D’autre part, les chefs
d’Etat et de gouvernements ont désigné le Kényan Erastus
Mwencha, secrétaire exécutif du Marché commun des Etats
d’Afrique australe et de l’Est (COMUSA), à la vice-présidence.
Quant au nouveau président de l’UA, le président tanzanien,
Jakaya Kikwete, a été nommé après avoir été élu à la
présidence tournante de l’organisation. Le nouveau président
de l’UA a affirmé que l’Afrique ne devait pas s’adresser à
l’étranger mais prendre elle-même la responsabilité de son
avenir, « qui est entre ses mains. Nous devons d’abord et
avant tout compter sur nous-mêmes et pas sur le reste du
monde, même si nos partenaires sont prêts à nous aider », a
ajouté le président. La présidence tournante de l’UA devait
revenir cette année à un pays d’Afrique de l’Est, mais le
Soudan avait aussi posé sa candidature. Les pays de la
région avaient écarté le Soudan, lui préférant la Tanzanie.
En 2006 déjà, la perspective d’une présidence soudanaise
avait provoqué un tollé, Khartoum étant accusé par des
organisations humanitaires et une partie de la communauté
internationale d’envenimer la crise dans la province
soudanaise du Darfour. Dans le chapitre des crises et des
violences, les deux nouvelles crises majeures sur le
continent, les crises politiques meurtrières au Kenya et au
Tchad, occupaient la part de lion dans les pourparlers des
membres de L’UA. Cette dernière a désigné de nouveaux
médiateurs pour sauver les deux pays. Le président
nouvellement élu de la commission de l’UA, Jean Ping s’est
déclaré « très inquiet » de la situation au Tchad et a
rappelé que son organisation n’acceptait pas « de
changements de gouvernement anticonstitutionnels ». Le
sommet a souligné la nécessité du déploiement d’une
opération de maintien de la paix des Nations-Unies en
Somalie pour prendre le relais de l’Amisom et appuyer la
stabilisation à long terme et la reconstruction post-conflit
de la Somalie. Le communiqué final de l’UA a appelé ses
Etats membres à « apporter tout l’appui nécessaire au
gouvernement comorien dans ses efforts visant à rétablir au
plus vite l’autorité de l’Union des Comores à Anjouan ».
Maha
Salem