Tchad.
La situation sécuritaire s’est nettement dégradée cette
semaine à la suite de l’assaut mené par la rébellion
soupçonnée d’être soutenue par le Soudan.
La crise déborde
Malgré
un calme précaire qui régnait dans la capitale tchadienne,
des milliers de civils fuyaient lundi N’Djamena. L’armée
tchadienne a affirmé dimanche dernier avoir chassé les
rebelles de N’Djamena après une deuxième journée de combats
dans la capitale tchadienne, livrée à des incendies et des
pillages. Les rebelles promettent de repasser à l’offensive
et de renverser le président Idriss Deby Itno.
L’alliance rebelle, qui a traversé tout le pays d’est en
ouest pour attaquer N’Djamena, a reconnu s’être retirée,
mais nié sa défaite. « On s’est retirés de la ville. On est
tout autour. On va certainement repasser à l’offensive, on
demande à la population civile de N’Djamena de partir
immédiatement car sa sécurité n’est pas assurée », a déclaré
lundi à l’AFP son porte-parole, Abderaman Koulamallah. Mais,
le ministre des Mines, le général Mahamat Ali Abdallah,
commandant des opérations gouvernementales a affirmé que «
leur but était uniquement la destruction de la ville, ils se
retirent parce qu’ils n’ont pas le choix ».
Des experts évoquaient un certain avantage logistique de
Deby, qui dispose de munitions dans la capitale et de
réserves en carburant à l’aéroport. Les rebelles, eux, ne
disposeraient que de bases arrières à plusieurs centaines de
kilomètres. Il s’agit de l’attaque la plus grave à laquelle
fait face le président Deby depuis son arrivée au pouvoir
par les armes, en 1990, en provenance du Soudan. Mais le
chef de l’Etat a déjà réussi à renverser des situations
militaires très difficiles. Selon des experts, les rebelles,
malgré des intérêts divergents, s’étaient alliés mi-décembre
sous la pression du Soudan. Khartoum souhaite notamment,
selon ces analystes, perturber le lancement de la Force
européenne au Tchad et en Centrafrique (Eufor) destinée à
protéger les réfugiés du Darfour. De son côté, le chef des
rebelles du Rassemblement pour le changement (RFC), Timane
Erdimi, a affirmé que son mouvement ne voyait « plus aucun
inconvénient » à la présence de l’Eufor, si elle n’avait
pour mission que de « sécuriser » les déplacés et les
réfugiés.
Mais la question dépasse le conflit interne. Le Tchad a
accusé Khartoum, parrain traditionnel des rebelles tchadiens
ces dernières années, d’être l’instigateur de cette
offensive contre N’Djamena et a dit être prêt à poursuivre
les assaillants jusqu’à l’intérieur du Soudan, selon le chef
de la diplomatie tchadienne Ahmat Allami. Ce dernier a
accusé le Soudan d’avoir voulu installer à N’Djamena un
pouvoir lui étant favorable. Cependant, le Soudan nie toute
implication dans cette affaire.
Inquiétude internationale
A la demande de la France, le Conseil de sécurité s’est
réuni d’urgence dimanche, mais n’est pas parvenu à un accord
sur un projet de déclaration affirmant le soutien de
l’exécutif onusien au gouvernement tchadien. La France
dispose de soldats et d’avions au Tchad en vertu d’un accord
de défense bilatéral, et a fait savoir qu’elle pourrait
ouvrir le feu en état de légitime défense. « Ce que nous
souhaitons, c’est que le Conseil de sécurité puisse le plus
vite possible manifester sa condamnation sans réserve de
cette agression et apporter au Tchad toute l’aide nécessaire
pour venir à bout de cette tentative de prise de pouvoir par
la force », a affirmé l’ambassadeur de France, Jean-Maurice
Ripert. Le Conseil doit notamment exprimer son soutien au
communiqué de l’Union Africaine (UA) adopté samedi à la fin
de son sommet, dans lequel l’UA condamnait les attaques
contre le gouvernement tchadien, chargeait la présidence de
l’UA et le numéro un libyen Mouammar Kadhafi d’effectuer une
médiation dans le conflit. La présidence slovène de l’Union
européenne a exprimé sa « grave préoccupation ». Elle estime
qu’« un règlement politique du conflit reste la seule
perspective viable » . Le diplomate en chef de l’UE, Javier
Solana, a « souhaité » lundi le maintien de l’opération
militaire européenne au Tchad même si le déploiement de la
force est pour l’instant suspendu . Les ambassadeurs des 27
pays de l’Union européenne se sont mis d’accord dimanche
lors d’une réunion d’urgence pour que le déploiement de la
Force expéditionnaire européenne (Eufor) au Tchad et en
Centrafrique reste suspendu dans l’attente d’un apaisement
au Tchad. Solana a toutefois souligné que la situation
actuelle au Tchad « prouve le besoin d’une opération de
cette nature. Notre mission doit protéger la population, et
c’est plus important que jamais », a-t-il insisté. L’Eufor,
qui doit être déployée dans l’est du Tchad et en
Centrafrique, a pour mission de protéger 450 000 réfugiés du
Darfour et déplacés tchadiens et centrafricains, avec un
mandat de l’Onu .
Maha
Salem