Al-Ahram Hebdo, Afrique | La crise déborde
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 Semaine du 6 au 12 février 2008, numéro 700

 

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Afrique

Tchad. La situation sécuritaire s’est nettement dégradée cette semaine à la suite de l’assaut mené par la rébellion soupçonnée d’être soutenue par le Soudan.

La crise déborde

Malgré un calme précaire qui régnait dans la capitale tchadienne, des milliers de civils fuyaient lundi N’Djamena. L’armée tchadienne a affirmé dimanche dernier avoir chassé les rebelles de N’Djamena après une deuxième journée de combats dans la capitale tchadienne, livrée à des incendies et des pillages. Les rebelles promettent de repasser à l’offensive et de renverser le président Idriss Deby Itno.

L’alliance rebelle, qui a traversé tout le pays d’est en ouest pour attaquer N’Djamena, a reconnu s’être retirée, mais nié sa défaite. « On s’est retirés de la ville. On est tout autour. On va certainement repasser à l’offensive, on demande à la population civile de N’Djamena de partir immédiatement car sa sécurité n’est pas assurée », a déclaré lundi à l’AFP son porte-parole, Abderaman Koulamallah. Mais, le ministre des Mines, le général Mahamat Ali Abdallah, commandant des opérations gouvernementales a affirmé que « leur but était uniquement la destruction de la ville, ils se retirent parce qu’ils n’ont pas le choix ».

Des experts évoquaient un certain avantage logistique de Deby, qui dispose de munitions dans la capitale et de réserves en carburant à l’aéroport. Les rebelles, eux, ne disposeraient que de bases arrières à plusieurs centaines de kilomètres. Il s’agit de l’attaque la plus grave à laquelle fait face le président Deby depuis son arrivée au pouvoir par les armes, en 1990, en provenance du Soudan. Mais le chef de l’Etat a déjà réussi à renverser des situations militaires très difficiles. Selon des experts, les rebelles, malgré des intérêts divergents, s’étaient alliés mi-décembre sous la pression du Soudan. Khartoum souhaite notamment, selon ces analystes, perturber le lancement de la Force européenne au Tchad et en Centrafrique (Eufor) destinée à protéger les réfugiés du Darfour. De son côté, le chef des rebelles du Rassemblement pour le changement (RFC), Timane Erdimi, a affirmé que son mouvement ne voyait « plus aucun inconvénient » à la présence de l’Eufor, si elle n’avait pour mission que de « sécuriser » les déplacés et les réfugiés.

Mais la question dépasse le conflit interne. Le Tchad a accusé Khartoum, parrain traditionnel des rebelles tchadiens ces dernières années, d’être l’instigateur de cette offensive contre N’Djamena et a dit être prêt à poursuivre les assaillants jusqu’à l’intérieur du Soudan, selon le chef de la diplomatie tchadienne Ahmat Allami. Ce dernier a accusé le Soudan d’avoir voulu installer à N’Djamena un pouvoir lui étant favorable. Cependant, le Soudan nie toute implication dans cette affaire.

 

Inquiétude internationale

A la demande de la France, le Conseil de sécurité s’est réuni d’urgence dimanche, mais n’est pas parvenu à un accord sur un projet de déclaration affirmant le soutien de l’exécutif onusien au gouvernement tchadien. La France dispose de soldats et d’avions au Tchad en vertu d’un accord de défense bilatéral, et a fait savoir qu’elle pourrait ouvrir le feu en état de légitime défense. « Ce que nous souhaitons, c’est que le Conseil de sécurité puisse le plus vite possible manifester sa condamnation sans réserve de cette agression et apporter au Tchad toute l’aide nécessaire pour venir à bout de cette tentative de prise de pouvoir par la force », a affirmé l’ambassadeur de France, Jean-Maurice Ripert. Le Conseil doit notamment exprimer son soutien au communiqué de l’Union Africaine (UA) adopté samedi à la fin de son sommet, dans lequel l’UA condamnait les attaques contre le gouvernement tchadien, chargeait la présidence de l’UA et le numéro un libyen Mouammar Kadhafi d’effectuer une médiation dans le conflit. La présidence slovène de l’Union européenne a exprimé sa « grave préoccupation ». Elle estime qu’« un règlement politique du conflit reste la seule perspective viable » . Le diplomate en chef de l’UE, Javier Solana, a « souhaité » lundi le maintien de l’opération militaire européenne au Tchad même si le déploiement de la force est pour l’instant suspendu . Les ambassadeurs des 27 pays de l’Union européenne se sont mis d’accord dimanche lors d’une réunion d’urgence pour que le déploiement de la Force expéditionnaire européenne (Eufor) au Tchad et en Centrafrique reste suspendu dans l’attente d’un apaisement au Tchad. Solana a toutefois souligné que la situation actuelle au Tchad « prouve le besoin d’une opération de cette nature. Notre mission doit protéger la population, et c’est plus important que jamais », a-t-il insisté. L’Eufor, qui doit être déployée dans l’est du Tchad et en Centrafrique, a pour mission de protéger 450 000 réfugiés du Darfour et déplacés tchadiens et centrafricains, avec un mandat de l’Onu .

Maha Salem

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