Tourisme. L’Egypte a
lancé une initiative de contact direct pour attirer les touristes syriens et
jordaniens et régler leurs problèmes.
Opération de charme en direction de
Damas et Amman
Plus
de 100 000 Syriens ont visité l’Egypte en 2007, un chiffre insuffisant si l’on
prend en considération les fortes relations qui existent entre les deux peuples
depuis l’union de 1958, cette éphémère République arabe unie qui, même après sa
disparition, n’a pas compromis ces liens étroits. C’est pour cela que
l’Association de la promotion du tourisme (ETA) a organisé pour la première
fois un convoi qui s’est rendu en Syrie pour promouvoir le tourisme en
provenance de ce pays. En fait, les statistiques de 2007 indiquent que le taux
de croissance du tourisme arabe en Syrie a atteint environ plus de 20 %. En
fait, cette hausse n’est pas imprévue. « C’est grâce aux convois de promotion
envoyés au cours des quatre dernières années dans sept pays arabes que l’on a
témoigné de cette hausse », affirme Amr Al-Ezabi, président de l’Organisation
de la promotion touristique. Le procédé s’étant avéré efficace, les convois
vont se rendre d’ici fin mai vers d’autres pays, la Libye, le Koweït, Bahreïn
et les Emirats arabes unis. « C’est un excellent moyen de promotion
touristique, d’autant plus qu’il s’agit de pays proches de la région, dont le
nombre de citoyens n’est pas très grand. La preuve est palpable, puisque le
nombre de touristes arabes se rendant en Egypte s’accroît d’un an à un autre »,
souligne Khaled Khalil, expert de tourisme arabe. De plus, c’était la première
fois qu’un convoi égyptien se rende en Syrie. « C’est en fait un pays qui nous
exporte un nombre très modeste de touristes, alors qu’avec un peu de promotion,
on pourra non seulement doubler mais même tripler ce chiffre en une très courte
durée, surtout que les relations de fraternité entre les deux peuples sont
autant anciennes que profondes », reprend-il. En fait, ces convois constituent
une approche directe et permettent de mieux connaître les différents centres
d’intérêt du touriste syrien et plus généralement du touriste arabe. Cette
initiative est basée sur le contact direct entre les touristes et les
responsables du tourisme, les représentants des hôtels, des douanes, du
contrôle des passeports, des visas et des tour-opérateurs, bref tous ceux qui
traitent avec le touriste et qui désirent visiter l’Egypte. « Lors des convois
qui ont eu lieu les années précédentes, on a pu régler beaucoup de problèmes
qu’affrontaient les touristes arabes, comme les complications dans les
procédures dans les aéroports et les ports, le caractère flou des prix des
hôtels et autres », explique Amr Al-Ezabi, président de l’ETA. Selon lui, la
délégation égyptienne a cette année organisé son voyage plus tôt que d’habitude
parce que les études faites de la part des experts du ministère sur ce marché
ont assuré que la plupart des Syriens ne sont pas assez aisés et doivent faire
des épargnes avant de décider leur voyage. Pour ce, il fallait commencer la
promotion tôt pour profiter tout de suite de la prochaine saison.
« Le
touriste syrien a un goût diversifié. Il jouit de la mer à Charm Al-Cheikh, il
aime visiter les trésors pharaoniques de Louqsor et prendre une croisière pour
Assouan. Il n’est pas du tout comme les autres touristes arabes qui ne
cherchent que Le Caire et ses boîtes de nuit », explique Gassan Qallach,
propriétaire d’une agence de voyages qui travaille sur le marché égyptien. C’est
ce que confirme Fouda Fouda, agent de voyage égyptien qui travaille avec le
marché syrien il y a plus de 15 ans. « L’Egypte doit attirer plus de touristes
syriens parce qu’ils ne causent aucun problème et respectent tout le programme
des offres touristiques sur lequel il se sont mis d’accord avec l’agence de
voyages, ce qui est ainsi plus lucratif, plus confortable et plus sûr pour le
touriste lui-même ». Pour sa part, Nashaat Sanadiki, président de l’Association
des agences de voyages syriennes, estime que le nombre de Syriens qui se
rendent en Egypte est restreint parce qu’ils ne sont pas bien informés des
différents atouts du tourisme égyptien et ils ne connaissent que les Pyramides
et le Nil.
« Je
pense que ce convoi est intervenu à temps, il a même beaucoup tardé pour faire
connaître aux Syriens les faces diversifiées de l’Egypte comme destination de
premier rang », a-t-il repris.
Un
autre point qui a été débattu lors d’une réunion avec le conseil de
l’Association des agences de voyages syriennes, c’est le manque des vols
réguliers directs Damas – Charm Al-Cheikh. Pourtant, un nombre considérable de
touristes syriens optent pour Charm pour y passer leurs vacances. Ahmad Hassan,
PDG de la société d’aviation Express, a assuré que la compagnie Express va
installer très prochainement au moins trois vols directs entre Damas et Charm
Al-Cheikh.
Les Jordaniens ont aussi leurs
problèmes
Bien
que les Jordaniens viennent beaucoup plus en Egypte que les Syriens, ceux-ci
confrontent des problèmes, mais d’un autre genre que ceux qu’ont les Syriens. En
fait, plus de 180 000 Jordaniens viennent passer leurs vacances en Egypte. « Le
mauvais traitement que confrontent les touristes jordaniens sur les frontières
au port de Taba est devenu pour eux insupportable. Le touriste arabe vient
toujours en second rang après l’européen et l’américain. Pourtant, c’est le
Jordanien qui est exempté d’un visa d’entrée en Egypte. Bien que ce nouveau
port a beaucoup facilité le passage entre l’Egypte et la Jordanie, le
comportement des policiers sur la frontière reste un obstacle qui peut bien
empêcher beaucoup de Jordaniens d’entreprendre de nouveau l’expérience
mésaventureuse », se plaint Darwich Eweida, propriétaire d’une agence de
voyages jordanienne. Ce n’est pas seulement la mauvaise organisation du port de
Taba qui irrite les touristes provenant de la Jordanie, mais aussi beaucoup de
tour-opérateurs jordaniens ont soulevé les problèmes du port de Noweiba qui est
dans un état déplorable et qui ne convient pas avec le grand développement
touristique de l’Egypte. Pour sa part, Amr Al-Ezabi a déclaré qu’il y a déjà un
projet de réaménagement prévu de ce port qui souffre à cause des pèlerins qui
l’utilisent au cours de l’année. Quant à Haïdar Ziadat, président de
l’Association des agences de voyages en Jordanie, il estime que le problème qui
a surgi dernièrement et qui a des effets négatifs sur le tourisme en Egypte,
c’est le Overbooking (surréservation) dans les hôtels. « Parfois, l’agence
réserve par exemple dix chambres un mois à l’avance et l’on est surpris, juste
deux ou trois jours avant les voyages, avec un avertissement des hôtels
égyptiens que le nombre de chambres qui nous avaient été réservées a été réduit
à trois ou quatre chambres, ce qui met l’agence jordanienne dans un grand
embarras et elle est obligée de payer des amendes aux clients. Si cela se
répète, l’agence risque de fermer complètement ses portes. C’est un problème
dangereux qui pourrait dissuader les agences jordaniennes de travailler sur le
marché égyptien », assure-t-il. A cet égard, Chérif Ahmad, conseiller juridique
du ministre du Tourisme, répond qu’il doit y avoir un contact direct avec les
responsables au ministère égyptien du Tourisme à travers une ligne rouge qui
existe effectivement. Une fois les autorités averties des transgressions des
hôtels ou autres établissements touristiques, la punition est sévère et arrive
jusqu’à la clôture de l’établissement et l’annulation de son licence.
Le tourisme interarabe
Le
touriste arabe peut-il un jour visiter les Pyramides, l’ancienne Damas et Pétra
dans un seul voyage bien organisé ? C’est en fait la question qui a été posée
lors du convoi qui vise en premier à promouvoir le tourisme entre les trois
pays arabes. Mais les obstacles qui entravent la réalisation d’un tel programme
sont majeurs, dont le problème de communication qui réside dans la géographie
du monde arabe où les déserts abondent. En Europe, les touristes peuvent
facilement se déplacer en voiture ou même en vélo. « En outre, le manque de
moyens de transport comme les trains à grande vitesse qui relient les
différents pays européens et la culture du peuple arabe qui rêve toujours du
plus loin et surtout de l’Europe et d’Amérique entravent le développement du
tourisme interarabe », explique Maha Al-Khatib, ministre jordanienne du
Tourisme. Mais les responsables officiels ont malgré tout lancé le ballon dans
la cour des secteurs privés à qui incombe la tâche de créer des programmes
réalisables qui traversent les trois pays.
Dalia Farouk