Deux mandats d’échecs
Morsi Attalla
Je
ne crois pas que j’exagérerais ou que je traiterais
injustement l’actuelle Administration américaine en
affirmant que la politique étrangère au cours des deux
mandats de Bush a mis l’opinion mondiale et arabe dans un
grand désarroi. La situation actuelle est aux antipodes des
promesses que Bush avait faites lors de son accession au
pouvoir, il y a plus de 7 ans !
Je ne crois pas non plus exagérer en affirmant que nul
n’aurait cru ne serait-ce qu’une seconde que cette
Administration commettrait une telle quantité d’erreurs.
Même s’il faut admettre que l’emprise des néo-conservateurs
sur les cercles décisionnaires américains est énorme. Ce qui
a provoqué des crises importantes à l’échelle mondiale, et
laissé des séquelles sur la réputation des Etats-Unis.
Tout ceci, bien entendu, sans rentrer dans les détails du
jeu de pouvoir et des huis clos décisionnaires dans un pays
comme les Etats-Unis. Par ailleurs, durant ces sept années
de mandat, ce qui transparaît de la politique étrangère
américaine n’est qu’échec et trébuchement, que ce soit dans
son projet de former un grand Moyen-Orient, ou en
Afghanistan et en Iraq. Ces échecs répétés reviennent en
premier lieu à l’incapacité des Etats-Unis de comprendre
l’Histoire, les racines civilisationnelles et la structure
sociale des autres peuples.
Sans cette compréhension des caractères et des croyances
d’autrui, les preneurs de décision à Washington ont cru que
seule la force était capable de tout trancher et d’imposer
une réalité que seuls eux désirent et veulent imposer. Ils
ont tenté d’un autre côté de couvrir l’imprudence et
l’impulsion militaire par des postulats médiatiques
trompeurs, en affirmant que l’Amérique était mieux avertie
sur les intérêts des peuples que leurs propres gouverneurs.
Il n’était donc pas étrange dans un tel contexte que la
situation se retourne contre elle. Les guerres absurdes
qu’elle a menées au nom des exigences et des devoirs de la
sécurité nationale américaine sont devenues un lourd fardeau
pesant sur la sécurité, l’économie et la conscience
américaine. La plus grande victime des années du mandat de
Bush qui était caractérisée par une arrogance militaire
accompagnée d’une ignorance politique est notre nation
arabo-musulmane. C’est cette ignorance et cette arrogance
qui ont engendré l’imprudence et l’impulsion américaines
entraînant ces fausses guerres contre de faux adversaires.
Les Etats-Unis évitaient de s’engager dans des guerres
régulières, sauf en cas de besoin quel que soit le degré de
provocation dont ils avaient fait l’objet. Aujourd’hui nous
voyons une Amérique, sous l’emprise des néo-conservateurs
qui abusent sans réfléchir du recours aux frappes
préventives sans raison valable. Une Amérique qui autorise
le droit d’intervention directe, sans mesurer les
conséquences.
Contrairement aux espérances de Bush qui a tenté au cours de
sa dernière tournée au Moyen-Orient de mobiliser les pays de
la région, et surtout du Golfe pour former une coalition à
même d’étouffer l’Iran, ces derniers ont élargi leurs
transactions avec Téhéran. Ce rapprochement a eu lieu sans
aucune contestation des Etats-Unis qui, selon toute
vraisemblance, s’apprêtaient à conclure un marché politique
avec l’Iran au détriment des pays de la région. Un marché
qui pourrait influencer le Hezbollah au Liban, le règlement
politique de la cause palestinienne, l’entente autour du
dossier nucléaire iranien et l’accalmie en Iraq.
Selon les analyses, le recul relatif dans la position
américaine vis-à-vis de l’Iran n’est qu’un nouveau calcul
mis sur le devant de la scène à cause de la probabilité que
le candidat démocrate Obama accède au siège présidentiel.
Une nouvelle situation va s’imposer à la lumière de laquelle
de nouvelles voies seront alors accessibles avec Téhéran. Il
est incontestable dans ce même ordre d’idées que l’échec
américain en Iraq et en Afghanistan et le trébuchement des
efforts consistant à trouver un règlement politique à la
cause palestinienne ont calmé l’arrogance ainsi que
l’ignorance américaine au niveau du dossier iranien malgré
l’acuité des pressions israéliennes dans ce sens.
En portant mon regard sur les présidentielles américaines,
point de mire du monde entier, je remarque qu’à l’exception
de John MacCain, tous les acteurs dans cette course ont
tendance à afficher leur opposition à l’invasion de l’Iraq,
bien qu’ils tentent tous de satisfaire le lobby juif. Soit
en évitant de critiquer Israël et ses pratiques hostiles à
la légitimité et au droit international, comme le fait Obama,
ou en affichant avec excès l’appui manifeste à Israël comme
le font John MacCain et Hillary Clinton. J’aimerais pour
finir m’interroger sur les voix arabes et musulmanes qui
sont au nombre de 4 millions éparpillées dans les 52 Etats
américains.