Duperie
Salama A. Salama
Différentes
élections se déroulent autour de nous. Nos médias suivent
ces élections avec un grand intérêt comme si elles nous
concernaient de près ! Certaines se déroulent dans des
circonstances tendues au milieu d’actes de violence,
d’assassinats et d’explosions, comme au Pakistan et au
Kenya. D’autres se déroulent dans des circonstances plus
calmes comme aux Etats-Unis. Les nouvelles des batailles
électorales entre Hillary Clinton et Barack Obama font
d’ailleurs la une de tous les journaux télévisés de par le
monde. Que les élections soient calmes ou tendues, il est
devenu impératif dans le monde d’aujourd’hui que la volonté
des électeurs soit le seul mécanisme pour trancher les
concurrences politiques, assurer l’alternance du pouvoir et
déterminer le destin des peuples. Et ce, dans des
circonstances démocratiques garantissant le minimum de
liberté de choix, quels que soient les conflits internes et
les dangers externes, et quel que soit le degré d’extrémisme
et de recours à la violence.
Il semble que le monde entame une nouvelle ère. Dans cette
ère, sauver, de manière démocratique, les régimes en chute à
cause de conflits internes ou externes est devenu une chose
reconnue. En effet, des pressions externes ont été exercées
sur Pervez Musharraf pour organiser des élections générales
jouissant d’un degré d’intégrité et permettant la
participation de tous les partis et forces politiques même
après les troubles causés par l’assassinat de Benazir
Bhutto. Sans ces pressions, les élections n’auraient pas été
organisées au Pakistan, ni le parti de Musharraf lui-même
n’aurait connu une telle défaite écrasante ni les partis
d’opposition n’auraient pu réaliser cette victoire, frayant
ainsi la voie à des changements radicaux au Pakistan.
La même chose est arrivée au Kenya. Sans les pressions
internationales, les médiations africaines et l’intervention
des Nations-Unies, les tueries et les conflits auraient
persisté entre les prétendants au poste présidentiel après
les élections douteuses organisées dans ce pays.
En Egypte et dans tout le monde arabe, nous ne connaissons
d’élections ni calmes ni tendues. Nous ne connaissons même
pas le sens des élections. Nous exerçons un jeu d’enfant que
nous appelons élections. Bien plus, dans de nombreux cas,
nous refusons d’organiser des élections en tant que
mécanisme démocratique selon les règles internationales
reconnues. Nous nous jouons de ces élections jusqu’à ce
qu’elles deviennent une forme de démocratie défigurée avec
laquelle nous nous dupons et nous essayons de duper le
monde.
Prenons l’exemple des élections des conseils municipaux en
Egypte dont le dépôt des candidatures vient de commencer.
Après un ajournement de deux ans, sous prétexte de
l’amendement des lois sur les municipalités, le peuple
égyptien est invité à des élections selon les mêmes vieux
procédés absurdes. En effet, des centaines de membres de la
Confrérie des Frères musulmans et de l’opposition sont
arrêtés de crainte qu’ils n’entrent en lice dans ces
élections. Bien plus, les responsables n’ont pas honte de
déclarer que les noms des candidats, même les membres du PND,
sont soumis aux services de sécurité, lesquels s’assurent
que les Frères ne s’infiltreront pas dans les conseils
municipaux. En d’autres termes, il s’agit d’un châtiment
collectif d’isolement politique imposé par le parti au
pouvoir sur une catégorie du peuple.
Que sont
donc ces élections ? !