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Soudan. Le conflit du Darfour est entré cette semaine dans sa sixième année sans signe d’apaisement, avec une force de maintien de la paix en panne, une crise humanitaire qui persiste et un regain de violence sur le terrain.

Accusations sur fond de statu quo

200000 morts en raison du conflit et de ses conséquences. Plus de 2,2 millions de déplacés. Le bilan avancé par les organisations internationales cinq ans après le déclenchement du conflit du Darfour démontre l’ampleur de la crise. Et si les autorités soudanaises contestent le nombre de morts (9 000 selon Khartoum), elles ne peuvent cependant pas minimiser la crise qui entre dans sa sixième année sans grand espoir de règlement. C’est en effet le 26 février 2003 que le conflit s’est déclenché, lorsque Khartoum a annoncé que des rebelles ont pris le contrôle du chef-lieu de Gulu (Darfour-Nord). Depuis, les multiples tentatives pour mettre fin à ce conflit qui tend à se régionaliser n’ont pas donné grand-chose. La dernière en date, celle de déployer dans la province une force de maintien de la paix Onu/Union Africaine (UA), continue de faire face à de multiples obstacles. Cette opération de maintien de la paix, la première entre les Nations-Unies et l’Union africaine, doit mobiliser 1,2 milliard de dollars. Considérée comme la plus importante jamais organisée, elle marque le pas depuis son lancement le 31 décembre. Outre la question des effectifs — seuls 9 200 de ses 26 600 membres civils et militaires ont été déployés jusqu’à présent —, elle manque aussi d’hélicoptères nécessaires à sa mobilité dans le vaste territoire du Darfour. Dimanche dernier, l’adjoint du président soudanais, Nafie Ali Nafie, a rejeté toute responsabilité de Khartoum dans le retard du déploiement de la force hybride (Unamid). « Le manque de financement est la raison du retard dans le déploiement de la force hybride », a-t-il affirmé, en mettant en cause la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis, alors que l’Occident accuse Khartoum de retarder le déploiement de la totalité des effectifs.

Quel rôle pour la Chine ?

La situation est bien compliquée. Les accusations fusent de toutes parts et la communauté internationale est loin de former un bloc uni, ce qui ne fait que compliquer davantage la donne. En effet, le président américain, George W. Bush, s’est récemment déchargé de toute responsabilité au Darfour, faisant la leçon aux Nations-Unies et à la Chine. Lors de sa tournée africaine la semaine dernière, il a appelé l’Onu, qu’il accuse de « lenteur », à « régler le conflit », alors que l’organisation internationale a simplement exprimé son inquiétude après avoir reçu des informations sur de nouvelles violences au Darfour.

Plus délicate est la position de la Chine, qui, accusée de ne pas faire assez pression sur son partenaire économique soudanais, met en cause les capitales occidentales. Le rôle de la Chine est assez sensible, en raison de ses relations économiques avec Khartoum. Pékin est en effet le principal investisseur étranger dans le secteur pétrolier soudanais et un gros fournisseur d’armes au gouvernement de Khartoum. Ces liens sont perçus comme un frein au retour de la paix. Pour se défendre contre ces accusations, l’envoyé spécial de la Chine au Soudan, Liu Guijin, a affirmé dimanche que son pays était prêt à aider à mettre fin au conflit au Darfour, avec en toile de fond les critiques internationales croissantes envers Pékin pour son soutien au régime de Khartoum. M. Liu, qui se trouve dans la capitale soudanaise pour des entretiens de haut niveau, a déclaré que son pays était prêt « à coopérer avec le gouvernement du Soudan, l’Onu, l’UA, les pays de la région et tous les autres acteurs » pour tenter de mettre fin au conflit. Liu Guijin a estimé qu’il était important de ne pas « politiser » les « problèmes techniques » entravant le déploiement de la mission de paix hybride.

Montrée du doigt, la Chine a employé cette fois-ci un ton plus ferme qu’à l’habitude. « Premièrement, le gouvernement soudanais doit mieux coopérer avec la communauté internationale et faire preuve d’une plus grande souplesse sur certaines questions techniques. Ensuite, les organisations anti-gouvernementales dans la région du Darfour doivent retourner à la table des négociations », a déclaré l’émissaire chinois. La semaine dernière déjà, alors que la violence avait repris au Darfour, M. Liu était monté à la charge en déclarant au quotidien anglophone China Daily : « Les principaux groupes rebelles refusent toujours des négociations et n’offrent aucune condition. C’est la principale raison pour laquelle le processus politique est en retard par rapport à la mission de maintien de la paix de l’Union africaine et de l’Onu ». Et d’ajouter : « Les puissances occidentales peuvent exercer plus d’influence positive sur ces dirigeants rebelles, car beaucoup d’entre eux vivent dans les capitales occidentales ». Cette offensive diplomatique est intervenue au lendemain des critiques proférées par le président américain à l’égard de Pékin. « Les souffrances humaines doivent prévaloir sur les intérêts commerciaux », a lancé George Bush. Or les Etats-Unis, qui s’en prennent aussi à l’Onu, n’ont pas souhaité fournir de moyens humains à l’Unamid ni d’hélicoptères. En décembre dernier, quelques mois avant le début de son déploiement, le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon avait pourtant réclamé des efforts aux contributeurs internationaux afin que cette mission soit une « force robuste et efficace. Sans cela, avait-il prévenu, il n’y aura pas de sécurité ni de progrès crédible dans les pourparlers de paix. Les chefs rebelles ne s’y joindront tout simplement pas sans une force efficace de maintien de la paix ». La principale demande concernait 24 hélicoptères, 18 de transport et 6 tactiques.

Menaces de régionalisation du conflit

Mais en pleines polémiques entre les différents acteurs nationaux et internationaux, ce sont les populations civiles qui continuent de payer le prix de la guerre. Dans un nouveau rapport au Conseil de sécurité des Nations-Unies, Ban Ki-moon a averti cette semaine que la situation se détériorait au Darfour occidental. « Au cours des deux derniers mois, la situation en matière de sécurité s’est considérablement détériorée au Darfour occidental du fait que les forces régulières tchadiennes et (les rebelles darfouris du Mouvement pour la justice et l’égalité, JEM) ont lancé plusieurs attaques en territoire soudanais », a-t-il déclaré. Les rebelles du JEM ont annoncé la semaine dernière que quinze civils avaient été tués dans des raids menés par l’aviation soudanaise près de la frontière tchadienne. L’armée soudanaise a dit avoir lancé une opération de « nettoyage » dans ce secteur afin d’ouvrir un couloir humanitaire et d’éliminer des insurgés du Darfour et des rebelles tchadiens qu’elle accuse d’attaquer les civils. « Je reste extrêmement préoccupé par la situation sur le terrain en matière de sécurité », a indiqué Ki-moon. « Les conditions d’exercice du travail humanitaire et l’accès aux civils nécessitant une assistance ont été gravement affectés par les récentes hostilités entre les forces du gouvernement et du JEM (...) au Darfour occidental et (...) leur accroissement continuel dans la région », a ajouté le secrétaire général de l’Onu, tout en exhortant le Tchad et le Soudan à respecter chacun la souveraineté territoriale de l’autre.

Des déclarations qui ont suscité la colère de Khartoum. Elles sont « fâcheuses et nous espérons qu’elles ne seront pas le reflet de pressions américaines et occidentales », a déclaré l’adjoint du président, Nafie Ali Nafie, qui a également qualifié les récents événements survenus au Darfour-Ouest, où l’armée soudanaise mène une nouvelle offensive contre des rebelles, de « tentative d’invasion tchadienne » camouflée par le JEM. « Notre armée luttera contre eux et nous ne demanderons la permission de personne pour le faire », a également fustigé M. Nafie. De quoi prévoir encore plus de complications.

Abir Taleb

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