Iraq.
Le chef radical chiite Moqtada Sadr a reconduit, pour une
nouvelle période de six mois, la trêve des opérations
militaires de sa puissante milice. De quoi ouvrir des
perspectives d’accalmie.
Brin d’espoir
La décision de l’imam chiite Moqtada Sadr de prolonger de
six mois la trêve de son Armée du Mahdi pourrait s’avérer
déterminante pour le maintien des fragiles progrès acquis
sur le plan de la sécurité ces derniers mois et pourrait
permettre ainsi à l’armée américaine de prolonger le retrait
de ses troupes, au-delà des quelque 20 000 hommes qui seront
rapatriés d’ici juillet. Les Etats-Unis comptent
actuellement environ 155 000 soldats en Iraq. « Nous avons
prolongé le gel des activités de l’Armée du Mahdi », a
déclaré Sadr dans un communiqué transmis sous enveloppe
scellée aux mosquées fidèles à son mouvement et lu par les
imams lors des prières de la mi-journée.
Cette prorogation durera jusqu’au 15 du mois de Chaaban,
huitième mois du calendrier musulman, qui tombera cette
année à la mi-août. Cette trêve a permis au mouvement de
purger la milice d’éléments incontrôlables, accusés
d’assassiner des sunnites, et de préparer les prochaines
élections provinciales, notamment dans le Sud. « Le seyyed (Moqtada
Sadr) a donné une nouvelle chance au gouvernement pour
reconsidérer ses positions (...). La trêve peut s’achever à
tout moment si les conditions l’exigent », a toutefois
menacé Ali Al-Saadi, un chef du mouvement Sadr à Bassorah
(sud).
Cette annonce met fin à plusieurs semaines de spéculations,
alors que des voix s’étaient élevées parmi les partisans de
Moqtada Sadr pour demander la reprise de la lutte armée.
L’initiative a été immédiatement saluée par le gouvernement
iraqien et l’armée américaine, selon lesquels le
cessez-le-feu du mouvement armé, en vigueur depuis un
semestre, a largement contribué à la réduction des violences
en Iraq. Le gouvernement iraqien, dirigé par Nouri Al-Maliki,
s’est félicité du « sens élevé de la responsabilité » de
Moqtada Sadr, qui représente un « acteur fondamental dans le
processus politique iraqien ». Le vice-premier ministre
Barham Saleh s’est félicité de cette décision. « Cette
suspension trouvera son achèvement avec la dissolution
ultime des groupes armés. Le processus politique et l’Etat
de droit devraient servir de fondement au règlement de nos
différences, pas les milices », a déclaré à Reuters Saleh.
La Maison Blanche a également salué un « développement
positif », alors que le représentant spécial de l’Onu en
Iraq, Staffan de Mistura, a espéré que cette nouvelle trêve
aiderait « à renforcer la baisse de la violence et les
progrès en vue (...) d’une réconciliation ».
L’armée
américaine a fait savoir de son côté que la prolongation de
la trêve allait permettre aux forces de sécurité de se
concentrer sur la lutte contre Al-Qaëda, considérée à
présent comme la plus grave menace pesant sur la sécurité du
pays, estimant que le « renouvellement » de cette « promesse
» était « un engagement important qui peut, de manière
générale, contribuer à améliorer davantage la sécurité ». «
Cette extension de la promesse qu’il avait faite en août
2007 de cesser les attaques est un engagement important qui
peut largement contribuer à de nouvelles améliorations sur
le plan de la sécurité pour tous les citoyens iraqiens »,
indique l’armée dans un communiqué. L’armée américaine s’est
dit aussi prête à dialoguer avec le mouvement de Sadr, qui
est opposé à la présence des troupes américaines en Iraq et
accusé d’avoir alimenté ces deux dernières années les
violences entre chiites et sunnites.
Sous la
conduite de l’imam radical, ses milices se sont soulevées à
deux reprises contre les forces américaines en 2004. Des
responsables militaires américains ont déjà établi des
contacts avec des responsables locaux du mouvement Sadr mais
cet appel au dialogue de l’armée pourrait être une manière
de formaliser ces échanges. Le secrétaire américain à la
Défense, Robert Gates, a dit espérer vendredi poursuivre le
retrait programmé du contingent américain après une brève
pause pendant l’été destinée à évaluer la situation créée
sur le terrain par la première vague de rapatriements. «
Nous espérons être en mesure de réduire encore nos troupes
en Iraq au cours des dix ou douze prochains mois », a-t-il
dit dans l’avion le conduisant à une réunion en Australie.
Le commandant en chef de l’armée américaine en Iraq, le
général David Petraeus, a recommandé cette pause.
Sadr
avait imposé le cessez-le-feu à son mouvement afin de mettre
fin à des affrontements entre sa milice, les forces
iraqiennes et celles du Conseil Suprême Islamique en Iraq (CSII)
dans la ville de Kerbala, et aussi de reprendre en main
certains de ses éléments incontrôlés accusés de gangstérisme.
L’Armée du Mahdi estime n’avoir toutefois reçu aucune
contrepartie, ni du gouvernement, ni des Américains, ni de
son grand rival au sein de la communauté chiite, le CSII de
Abdel-Aziz Hakim et sa milice Badr. Elle les accuse d’avoir
arrêté plus de 1 000 membres du mouvement. De l’avis de
certains analystes, Sadr n’avait pas d’autres choix que de
prolonger cette trêve compte tenu de la hausse des effectifs
américains, de la décision de certains insurgés sunnites de
cesser les combats et de la colère dans les zones chiites
face aux activités criminelles de groupes se revendiquant de
l’Armée du Mahdi. « Pour l’instant, le coût d’une
déclaration de guerre totale contre le CSII et les
Etats-Unis est trop élevé », a déclaré à Reuters par
téléphone Peter Harling, analyste à l’International Crisis
Group.
Pour sa
part, le Dr Abdel-Ghaffar Chokr estime que l’avenir de la
trêve dépend de l’Iran et des Etats-Unis. « Ce sont les
Etats-Unis qui ont le plus besoin de cette trêve, ils vont
tenter d’en profiter, ils peuvent même établir un dialogue
avec Sadr pour coopérer avec lui. Toutefois, la position de
l’imam chiite dépend de celle iranienne. Si les Etats-Unis
et l’Iran entreprennent des négociations sur l’Iraq, cette
trêve pourrait être bénéfique. C’est seulement dans ce cas
que Sadr pourrait coopérer davantage avec les
Etats-Unis. Sinon il reprendra sa lutte », conclut-il. Tout
dépend donc encore une fois du voisin iranien.
Rania
Adel