Al-Ahram Hebdo, Evénement | Incursion dangereuse
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Iraq. L’armée turque a de nouveau attaqué la rébellion kurde chez son voisin iraqien, alimentant les craintes de déstabilisation d’un pays déjà en proie à la violence.

Incursion dangereuse

Après une certaine accalmie qui a duré quelques mois, les troupes turques ont repris leurs attaques visant à venir à bout de la rébellion kurde. Samedi, l’armée a poursuivi son offensive contre les rebelles kurdes retranchés dans le nord de l’Iraq, une opération qui a déjà fait près de cinquante morts selon l’armée, les rebelles menaçant d’attaquer en représailles des villes turques et appelant les jeunes Kurdes de Turquie à des violences urbaines. Des villageois de la région ont fait état d’intenses combats et de tirs d’artillerie jusque tard dans la nuit de vendredi à samedi.

Des habitants des secteurs de Hakurk et Sidekan, des localités iraqiennes proches de la ville turque de Cukurca, ont affirmé avoir entendu des échanges soutenus de tirs d’armes automatiques, ainsi que le passage d’avions de chasse et d’hélicoptères. Selon le général Hussein Tamar, commandant des gardes-frontières iraqiens à Dahouk, les forces turques ont pilonné des objectifs durant plus de deux heures dans la région.

Le chef de la diplomatie Ali Babacan a qualifié de « succès » l’incursion lancée jeudi soir et a donné des assurances sur la nature et la portée de l’opération.

« Une opération couronnée de succès est en cours », a-t-il déclaré. « La seule cible est l’organisation terroriste du PKK. La Turquie est le plus fervent soutien de l’intégrité territoriale et de l’unité politique de l’Iraq ».

« Selon les informations préliminaires, les terroristes ont subi de lourdes pertes sous le feu d’armes à longue portée et de frappes aériennes », a commenté l’état-major turc. « Selon nos renseignements, les dirigeants (du PKK) essaient de fuir la région, de refluer vers le Sud dans la panique ».

L’état-major turc a annoncé vendredi qu’au moins 44 rebelles kurdes et cinq de ses soldats avaient trouvé la mort depuis le début de l’offensive. Des raids aériens auraient également fait une vingtaine d’autres morts dans les rangs du PKK. Un représentant de la sécurité turque n’a pu confirmer le nouveau bilan annoncé par les séparatistes, mais il a dit que onze autres rebelles avaient été tués, ce qui porterait le bilan des pertes du PKK à 55 morts au moins. Il est difficile de vérifier les informations des deux camps, les combats ayant lieu dans une région montagneuse inaccessible.

Les militaires ont également fait état d’un climat de panique chez les rebelles, évoquant un effet de surprise. Les incursions de l’armée turque dans le nord de l’Iraq, utilisé comme base arrière par les rebelles pour leurs opérations en Turquie, ont été fréquentes dans les années 1980 et 1990, mais étaient en général lancées au printemps, à la faveur de la fonte des neiges. Ankara estime à 4 000 le nombre de rebelles du PKK retranchés en Iraq. Le conflit kurde en Turquie a fait plus de 37 000 morts depuis 1984.

 

Menaces du PKK

Le PKK, considéré comme une organisation terroriste par Ankara, les Etats-Unis et l’Union européenne, a sommé la Turquie de mettre fin à l’offensive. « Si la Turquie poursuit ses attaques, nous mènerons des opérations de guérilla dans les villes turques, sans viser les populations civiles », a affirmé à l’AFP un porte-parole du PKK, Ahmad Danis. Même son de cloche chez le gouvernement iraqien qui a protesté contre cette infraction à la souveraineté « contraire au souhait des Iraqiens et des Turcs d’entretenir de bonnes relations ». « Nous comprenons parfaitement l’ampleur de la menace qu’affronte la Turquie, mais la crise du PKK ne se réglera pas par des opérations militaires », a déclaré Ali Al-Dabbagh, porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence de presse à Bagdad. « La Turquie a essayé la solution militaire, mais cela n’a pas produit de résultats durables », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon et plusieurs capitales européennes ont appelé à la modération. De leur côté, les Etats-Unis, prévenus à l’avance de l’incursion, ont « engagé le gouvernement turc à limiter ses opérations et à viser précisément le PKK », selon Scott Stanzel, porte-parole de la Maison Blanche. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, commentant l’opération terrestre lancée par l’armée turque dans le nord de l’Iraq à la poursuite de séparatistes kurdes de Turquie, a appelé dimanche à une opération courte et à plus de dialogue avec la minorité kurde. Néanmoins, selon les analystes politiques et militaires, le succès des opérations turques ne peut être immédiat du fait des régions raboteuses, théâtre des affrontements. Les opérations actuelles peuvent durer une dizaine de jours et mener à la destruction de plusieurs infrastructures et ponts. Ce qui aboutirait forcément à une escalade de la part du PKK. Face à ces inquiétudes, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a assuré vendredi que la cible, l’objectif, la taille et les paramètres de cette opération sont limités.

« Nos forces armées reviendront (en territoire turc) le plus rapidement possible, dès qu’elles auront atteint leurs objectifs », a-t-il ajouté.

Le Parlement turc a autorisé en octobre le gouvernement à envoyer des troupes combattre le PKK dans le nord de l’Iraq. L’armée a déjà mené, avec l’aide des services de renseignements américains, plusieurs raids aériens et une opération terrestre d’ampleur limitée dans la région depuis le 16 décembre.

Rania Adel

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