Al-Cheikha Lobna Al-Qassemy,
ministre du Commerce extérieur des Emirats arabes unis,
analyse les stratégies de son pays dans ce secteur en pleine
expansion ainsi que les rapports commerciaux avec l’Egypte.
« A chaque croissance ses défis »
Dubaï,
De notre envoyée spéciale —
Al-Ahram
Hebdo : Le ministère du Commerce extérieur est juste né il y
a quelques jours. Quels en sont les objectifs ?
Al-Cheikha Lobna Al-Qassemy :
Le commerce extérieur est actuellement une priorité pour les
Emirats arabes unis. Le président du pays, Son Excellence
Al-Khalifa bin Zayed Al-Maktoum, et le premier ministre,
Mohamad bin Rached Al-Maktoum visent une grande relance dans
le commerce extérieur. C’est le pilier principal de notre
agenda maintenant. C’est pour cette raison qu’un ministère
axé sur cet objectif est devenu indispensable.
Les Emirats arabes unis sont le troisième centre mondial
pour la réexportation. Ils ont réussi à exporter au cours
des années dernières les services logistiques. Il suffit de
noter que l’Entreprise des ports de Doubaï dirige des ports
dans plus de 20 pays à travers le monde.
— Tout le succès de votre économie repose sur les
investissements étrangers. Quelle est votre recette ?
— Nous avons réussi à créer le climat d’investissement
approprié et nous l’avons médiatisé. Il suffit de noter que
le volume des investissements étrangers a atteint en 2007 19
milliards de dollars. Ce qui reflète une grande confiance de
la part du monde entier dans l’économie émiratie. Et vu le
grand intérêt que nous accordons aux investissements
étrangers, nous avons précisé les fondements nécessaires
pour créer ce climat. Il y a aussi la transparence, les
normes et les lois. Il s’agit en premier lieu de faciliter
les procédures d’investissement, les crédits bancaires sur
fond d’infrastructures modernes.
— Vous étiez ministre de l’Economie. Quelles étaient vos
priorités ?
— Trois secteurs représentent une priorité : l’immobilier,
les services financiers, et le plus important : le tourisme.
Les Emirats arabes unis accueillent un nombre de touristes
qui représente le double de leur population, soit 8 millions
de personnes par an.
Accueillir un touriste n’est pas une opération facile.
L’hospitalité n’est pas la seule chose qui compte. Tout
d’abord, il faut faciliter l’obtention des visas. Ensuite,
l’installation des circuits de transport organisé, la
création d’un grand nombre d’hôtels et de sites
d’attraction, capables d’absorber le nombre de touristes
croissant d’une année à l’autre.
— L’année dernière, la main-d’œuvre étrangère s’est
révoltée contre les mauvaises conditions du travail.
Pourquoi ce mécontentement intervient-il dans une période
d’épanouissement économique ?
— A chaque croissance ses défis. La question ouvrière figure
parmi nos défis. Mais nous avons réussi à régler cette
affaire. Par exemple, chaque entreprise est obligée
actuellement de verser les salaires des employés à travers
les banques comme garantie au paiement des salaires. En même
temps, nous avons commencé à créer des zones ouvrières bien
équipées pour les regrouper.
— Quelle est donc votre vision concernant le dossier du
commerce extérieur ?
— Notre stratégie se base actuellement sur la
diversification de l’économie. Bien que le pays soit un des
grands exportateurs de pétrole, nous n’en dépendons pas. Les
secteurs non pétroliers occupent 63 % du total du PIB du
pays. Les Emirats ont réussi à diriger les revenus du
pétrole vers d’autres secteurs importants et qui contribuent
à améliorer le niveau des ressources du pays. A savoir,
l’enseignement, la technologie, l’infrastructure et
l’amélioration des services et des télécommunications. Et ce
sont tous des secteurs qui ont un grand impact sur le
commerce extérieur.
— Quelle est la place qu’occupe le commerce interarabe
dans votre agenda ?
— Nous avons déjà le cadre de la zone de libre-échange arabe
et nous devons œuvrer pour en profiter. Nous devons suivre
l’exemple de l’Union européenne. Je connais bien les
problèmes de cette coopération arabo-arabe. C’est normal,
notamment avec un grand nombre de pays.
— Comment évaluez-vous les relations commerciales avec
l’Egypte ?
— L’Egypte est un de nos principaux partenaires commerciaux
de la région. Nous sommes devenus le plus grand investisseur
en Egypte en 2007 avec un total de capitaux qui s’élèvent à
40 milliards de dirhams (60 milliards de L.E.). Un grand
nombre d’entreprises émiraties est d’ores et déjà présent
sur le marché égyptien, dans les domaines de l’immobilier,
du pétrole, des télécommunications, etc. L’Entreprise des
ports de Doubaï vient d’acquérir le port de Aïn Al-Sokhna la
semaine dernière. Les domaines de coopération se multiplient
davantage.
De même, nous œuvrons actuellement à profiter de la relance
économique pour multiplier la coopération entre les deux
pays. Nous avons réglé le désaccord concernant le label du
pays d’origine sur les produits importés par l’Egypte des
Emitats (ndlr : tous ces produits, quelque soit leur
origine, portaient l’étiquette Produits aux Emirats). Et
nous œuvrons à régler toutes les procédures qui entravent
notre commerce bilatéral.
— Pourquoi tenez-vous à héberger un si grand nombre
d’expositions tout au long de l’année, alors que vous n’y
faites pas la promotion de produits locaux ?
— Ces expositions sont pour nous un outil essentiel pour
attirer les investisseurs étrangers et conclure des
transactions. Citons à titre d’exemple l’exposition Gulfood
pour les produits alimentaires et les équipements
d’hôtellerie que je viens d’inaugurer dimanche dernier.
Cette exposition est devenue la troisième plus grande dans
le monde et elle grossit d’une année à l’autre. Cette année,
elle regroupe 72 pays et accueille 70 000 personnes, soit
une croissance de 20 % par rapport à l’année dernière. Je
cite également l’exposition Gitex qui se déroule dans notre
pays depuis plus de 29 ans. Gitex est devenue plus
importante que Las Vegas, une des grandes
expositions de produits de haute technologie aux Etats-Unis.
Les expositions se développent donc d’une année à l’autre.
Et c’est pour cela que nous nous apprêtons à créer un centre
plus grand pour accueillir le plus grand nombre
d’expositions. Ce centre qui sera achevé en 2010 sera
construit sur une superficie de 300 000 mètres carrés à
Djebel Ali. Le coût estimé de ce projet s’élève à 17
milliards de dirhams.
Névine
Kamel