Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un invité d’honneur pas honorable
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 Semaine du 27 Février au 4 Mars, numéro 703

 

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Egypte

Protestation. Le choix d’Israël comme invité d’honneur au Salon du livre de Paris (à l’occasion du 60e anniversaire de sa création), a soulevé l’indignation générale dans les milieux intellectuels égyptiens.

Un invité d’honneur pas honorable

« Nous pensons que le choix d’Israël comme invité d’honneur de ce Salon du livre de Paris est inacceptable, au moment où ce pays viole comme jamais les droits de l’homme et ceux du peuple palestinien », a déclaré Mohamed Salmawy, président de l’Union des écrivains égyptiens et de l’Union des écrivains arabes. En effet, le Salon du livre de Paris, qui se tiendra du 14 au 19 mars, a choisi Israël comme invité d’honneur à l’occasion du 60e anniversaire de sa création. 39 écrivains israéliens, de toutes générations, de Aharon Appelfeld à Etgar Keret, y ont été conviés. « Nous sommes très déçus, surtout parce que cela se passe en France qui a toujours eu une politique plus objective et de défense des droits de l’homme », affirme Salmawy. Et d’ajouter : « Israël a déjà participé à de telles manifestations culturelles et personne n’a protesté. Mais le fait qu’il soit invité d’honneur signifie que c’est un hommage à l’Etat d’Israël lui-même. Le 60e anniversaire de la création d’un Etat est une occasion politique et non pas littéraire ».

Dès l’annonce de la nouvelle, des écrivains et des intellectuels de même que plusieurs syndicats se sont mobilisés. Un groupe d’écrivains et de représentants de la société civile, dont le président de l’Union des écrivains, les présidents des Syndicats des journalistes, des médecins et des avocats ainsi que le secrétaire général de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, ont signé une note de protestation qui a été remise dimanche à l’ambassadeur de France, Philippe Coste. « Partant de notre foi en la paix mondiale, la liberté d’expression, le dialogue des civilisations et de tous les droits culturels, sociaux et politiques de la personne humaine, nous estimons que la décision de rendre hommage à Israël, qui viole ces principes de manière méthodique, est un défi injustifié non seulement à l’opinion publique arabe mais aussi à l’opinion mondiale, dont 59 % considèrent, selon un récent sondage, qu’Israël par ses agissements constitue la menace numéro 1 à la sécurité et à la stabilité mondiales », estiment les signataires. La note met en relief les souffrances du peuple palestinien soumis à un blocus israélien sans faille, affirmant que 700 000 Palestiniens environ ont été incarcérés dans les prisons israéliennes depuis l’occupation des territoires en 1967, soit 25 % de l’ensemble de la population palestinienne qui vit sur ces territoires. Certains de ces prisonniers sont morts de négligence médicale ou assassinés de façon préméditée. L’occupation israélienne détient en outre 12 000 prisonniers dont des femmes et des enfants. Certains d’entre eux ont été emprisonnés sans procès. Tout ceci sans compter les écoles pilonnées par des missiles ou des obus de char et celles fermées en raison du couvre-feu imposé par les Israéliens. « Toutes ces choses font d’Israël un Etat coupable de crimes contre l’humanité. En faire un invité d’honneur est une faute très grave », lance l’écrivain Alaa Al-Aswani qui se dit « très choqué » qu’une telle décision ait été prise par la France, qui est depuis deux siècles un pays très important sur le plan culturel pour les Egyptiens. « Ce n’est pas la France que je connais », a affirmé Al-Aswani. Bien que le Salon du livre soit une manifestation non gouvernementale réservée aux éditeurs et aux écrivains, il reçoit le soutien du ministère français des Affaires étrangères, qui a participé aux invitations adressées aux écrivains israéliens. Le ministère a d’ailleurs défendu la présence d’Israël comme invité d’honneur au Salon du livre. « Chaque année, il y a un pays qui est invité d’honneur », a déclaré à la presse la porte-parole du Quai d’Orsay, Pascale Andréani, en souhaitant que le prochain salon « se tienne dans de bonnes conditions » et « permette des échanges ouverts, fructueux et positifs ». Andréani a déclaré qu’il serait extrêmement regrettable que les intellectuels arabes boycottent le salon.

Malgré la signature des accords de paix entre l’Egypte et Israël en 1978, l’opinion publique et les intellectuels égyptiens restent profondément hostiles à Israël, considérant que cette paix ne peut être complète que si l’Etat hébreu se retire des territoires palestiniens occupés, cesse ses violations continues contre le peuple palestinien et que si ce dernier puisse fonder un Etat indépendant avec Jérusalem comme capitale.

Faut-il boycotter le salon ? Certains intellectuels considèrent que ce n’est pas le meilleur moyen pour faire face à la situation. « Boycotter le salon n’apporterait rien aux Arabes si ce n’est de laisser le terrain libre aux Israéliens », affirme l’écrivain Gamal Al-Ghitani, rédacteur en chef de l’hebdomadaire littéraire Akhbar Al-Adab. Pour lui, il serait préférable d’organiser des contre-activités pour montrer le vrai visage d’Israël et son racisme. Al-Ghitani, comme d’autres intellectuels, critique l’attitude passive des Arabes. En effet, durant des années Israël, appuyé par le lobby juif, a réussi à faire pencher l’opinion publique occidentale en sa faveur avec une propagande basée sur le fait qu’il est une démocratie et en essayant de représenter les Arabes aux yeux des médias internationaux comme une force hostile à la paix. Ceci au moment où les Arabes ont totalement échoué à adopter une contre-stratégie. « Le résultat est que les Arabes ne sont pas parvenus à faire entendre leurs voix et mettre à nu les prétentions israéliennes. C’est cette situation qu’il faut changer. Aujourd’hui, il existe une trentaine d’écrivains et d’intellectuels arabes mondialement connus. Nous devons absolument mettre à profit cette situation pour faire valoir les droits arabes et montrer le vrai visage d’Israël », lance l’écrivain. Il propose que des intellectuels et des écrivains arabes organisent des activités pour faire valoir les droits arabes. « On peut par exemple organiser une manifestation et brandir des photos d’enfants palestiniens qui souffrent de l’occupation israélienne ou encore projeter des films documentaires sur ces souffrances ».

Alaa Al-Aswani est d’accord avec cette approche. Il indique qu’il distribuerait, en silence, des photos d’enfants palestiniens ou libanais victimes de la politique israélienne, au stand d’Actes Sud où il présentera son dernier livre Chicago.

Sabah Sabet

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