Al-Ahram Hebdo, Egypte | Pratiques et adaptées
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Egypte

Universités. Le gouvernement a annoncé cette semaine un plan national de réforme de l’enseignement supérieur, afin de répondre aux exigences du marché du travail.

Pratiques et adaptées

« L’enseignement universitaire souffre toujours de nombreux problèmes. Il ne va pas de pair avec les systèmes éducatifs internationaux et ne répond pas aux besoins du marché du travail. Cette réforme est devenue une nécessité, surtout après l’augmentation du nombre d’universités étrangères qui sont capables de former des diplômés plus qualifiés pour le marché du travail ». C’est le constat dressé par le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Hilal.

Si avant la Révolution du 23 Juillet, l’enseignement supérieur en Egypte était un enseignement d’élite, il se généralise de manière accrue après 1952. Des centaines de milliers d’Egyptiens sont alors admis dans les universités égyptiennes. Ces jeunes étaient automatiquement nommés dans la fonction publique dès leur promotion et conformément au système socialiste de l’époque. L’enseignement supérieur était alors devenu une « machine à produire des diplômés ». Mais aujourd’hui, avec la libéralisation de l’économie, un tel système ne semble plus adapté. Des milliers de jeunes diplômés arrivent chaque année sur le marché du travail et ne trouvent pas de débouchés. D’où, le besoin d’une réforme de l’enseignement.

C’est chose faite avec ce plan de réforme annoncé par le ministère de l’Enseignement supérieur en coordination avec trois autres ministères, à savoir le ministère de l’Education, de la Main-d’œuvre et du Commerce. Des représentants des quatre ministères étaient réunis dimanche pour discuter de cette réforme qui comprend 25 axes principaux qui seront mis en œuvre d’ici 2021. La première phase comprend six axes, à savoir l’augmentation de la capacité d’accueil des établissements universitaires, l’amélioration de la qualité de l’enseignement, ainsi que des techniques d’information et de communication, le soutien à la recherche scientifique, la formation des professeurs et enfin la révision des systèmes d’admission dans les universités. Le ministère mettra en exécution ces axes conformément à une liste de priorités dressées dans le plan de réforme. Un milliard de L.E. ont été débloquées par l’Etat pour réaliser la première phase de ce plan, outre un prêt de la Banque mondiale de 70 millions de dollars. Lors de la réunion de dimanche, le problème du sureffectif qui influe négativement sur la qualité de l’enseignement, ainsi que la formation d’un diplômé qualifié capable de s’adapter aux nouvelles technologies et aux besoins du marché du travail ont été discutés.

Les bacheliers qui ont les moyens préfèrent s’inscrire dans les universités privées et étrangères, sachant bien que les diplômés des universités publiques éprouvent de grandes difficultés à se faire embaucher. « Les entreprises préfèrent engager les diplômés des universités étrangères, car ils possèdent un bagage plus important que leurs camarades des universités publiques », assure Ahmad Al-Rachidi, professeur d’université. Une bonne partie des diplômés des universités publiques ne trouvent pas de travail parce qu’ils ne maîtrisent pas les langues étrangères et ne connaissent pas l’informatique. Mais pour améliorer la qualité de l’enseignement, il faut s’attaquer en premier lieu au problème du sureffectif. « Il y a toujours une relation entre le nombre d’étudiants et la qualité de l’enseignement. Prenons l’exemple de la faculté de commerce de l’Université du Caire, qui compte 3 500 étudiants par promotion. Comment peut-on leur garantir un enseignement de qualité ? Certains étudiants ne trouvent même pas de place pour assister aux cours ! », lâche Abdallah Barakat, du Haut Conseil des universités. Les universités publiques admettent chaque année 320 000 étudiants. Un chiffre qui dépasse leurs capacités réelles. Sans compter que la répartition géographique des universités est assez mauvaise. Des gouvernorats comme Alexandrie ou Gharbiya ne possèdent qu’une seule université, alors qu’ils accueillent des étudiants des autres gouvernorats. Une étude élaborée par des Conseils nationaux spécialisés affirme qu’il faudrait une université pour chaque 2 millions de citoyens, alors qu’aujourd’hui l’Egypte ne compte que 12 universités publiques.

Intégrer l'enseignement technique

La solution ? Tout d’abord, « orienter les élèves vers l’enseignement technique qui est plus adapté aux besoins réels du marché du travail, notamment l’industrie. Cela va permettre de désengorger les universités », assure Barakat. Tout sera fait pour inciter et encourager les élèves à intégrer l’enseignement technique. Ensuite, construire de nouvelles universités et créer de nouveaux systèmes d’enseignement comme l’enseignement à distance afin de désengorger les établissements actuels. De même, le gouvernement entend supprimer le système d’admission dans les facultés basé sur le pourcentage des notes obtenues au bac. Actuellement, le pourcentage est le seul critère d’admission. Résultat : les facultés admettent un nombre exagéré de bacheliers à cause de l’augmentation de ceux obtenant des pourcentages élevés. « Le plan de réforme prévoit que chaque faculté organise des examens d’admission pour évaluer le niveau des bacheliers. Un moyen pour diminuer le nombre d’étudiants », assure Taghrid Pacha, du ministère de l’Enseignement supérieur.

Parallèlement, les cursus universitaires seront revus de manière à prendre en considération les exigences du marché du travail. Les universités actuelles décernent des diplômes et pas des qualifications professionnelles. « Nous avons créé des comités formés d’experts pédagogiques et des représentants de la société industrielle et du ministère de la Main-d’œuvre et du Commerce afin de nous préciser les qualités requises pour un diplômé compétent », assure Taghrid. Elle ajoute qu’à l’instar des universités étrangères, les universités publiques vont signer des accords avec les grandes sociétés privées afin de permettre aux étudiants de suivre des stages de formation durant les vacances d’été dans le but de leur fournir une expérience sur le marché de l’emploi. Dans cette même perspective, le gouvernement entend créer de nouvelles filières universitaires demandées sur le marché du travail.

Ce plan ne sera toutefois pas facile à mettre en œuvre. Pour Mohamad Al-Mofti, membre de la commission de l’enseignement au Parlement, c’est surtout au niveau des mentalités qu’il faut travailler. « Adapter le système de l’enseignement supérieur au marché du travail est une solution incomplète. Ce qu’il faut, c’est apprendre aux étudiants dès le cycle secondaire le choix d’une filière qui leur convient et qui offre en plus une opportunité de travail ». En outre, les étudiants ne disposent d’aucune indication sur les besoins des entreprises. C’est le rôle du ministère de préparer la voie avant que les bureaux d’admission ouvrent leur porte à travers des brochures distribuées aux bacheliers ou des programmes télévisés montrant les besoins du marché du travail. Le plan de réforme gouvernemental sera soumis aux discussions sur le site internet du ministère www.eg-mhe.gov.eg.

Marianne Youssef

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