Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’homme qui a gouverné 168 heures
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Egypte

Disparition. L’ancien président de l’Assemblée du peuple, Soufi Abou-Taleb, est décédé cette semaine à l’âge de 80 ans. Des funérailles militaires ont été organisées samedi en hommage à sa mémoire.

L’homme qui a gouverné 168 heures

L’Egypte vient de perdre le Dr Soufi Abou-Taleb, ancien président de l’Assemblée du peuple et connu pour avoir temporairement occupé le poste de président de la République pendant 7 jours, après l’assassinat du président Anouar Al-Sadate, en 1981. Il a donc été le troisième président de la République après le déclenchement de la Révolution de 1952.

Soufi Abou-Taleb est né en 1928 dans un village du Fayoum, au sud-ouest du Caire. Son père était le maire de ce village où le jeune Soufi reçut sa première éducation. Après les études secondaires, Soufi Abou-Taleb intègre la faculté de droit de l’Université de Farouk I (actuellement l’Université du Caire) et obtient sa licence en 1946. Puis il obtient un doctorat en droit de l’Université de Paris, en 1952, quelques mois seulement avant la Révolution de Juillet. Parmi ses collègues qui ont bénéficié d’une bourse à Paris, il y avait Réfaat Al-Mahgoub, lui aussi ancien président de l’Assemblée du peuple, Atef Sedqi, ex-premier ministre, et Ismaïl Sabri Abdallah, ex-ministre de la Planification. De retour de France, Soufi Abou-Taleb enseigne le droit à l’Université du Caire dont il deviendra le président en 1975. En 1976, il intègre le Parlement et préside la commission de l’enseignement. Il sera président de l’Assemblée de 1978 à 1983 à une période des plus sensibles de l’histoire moderne de l’Egypte. Son poste de chef du Parlement lui permet de participer à l’élaboration de plusieurs lois importantes, la loi sur la presse et celle qui établit le scrutin par liste aux élections. Cette loi avait suscité le mécontentement de l’opposition qui avait alors boycotté les élections. On s’en souvient aussi pour la loi sur le statut personnel dite « loi Gihane », Gihane Al-Sadate ayant joué un rôle de premier plan dans l’élaboration de cette loi, et qui permet à toute femme divorcée qui a des enfants en bas âge de se voir accorder l’appartement conjugal. Elle fera beaucoup de bruit lors de sa promulgation. Abou-Taleb prend part également à l’amendement de la Constitution sous Sadate. Amendement stipulant que la charia islamique est « l’unique source de législation en Egypte », alors qu’auparavant, la Constitution stipulait que la charia est « une source principale de législation ». Abou-Taleb défend alors ce point de vue en affirmant que l’application de la charia ne signifie pas que les cheikhs gouverneront l’Egypte. Il estimait à l’époque que l’islam est une religion de renaissance et de développement qui n’a rien à voir avec l’état de sous-développement que vivent les musulmans à l’époque contemporaine. Il pensait que la civilisation islamique possède tous les éléments de développement et d’évolution et répétait à satiété que l’islam est une religion de tolérance qui répond aux besoins de l’âme et du corps, ouverte à toutes les anciennes civilisations.

Après l’assassinat du président Sadate en 1981, Soufi Abou-Taleb devient, en vertu de la Constitution, président de la République. Il appelle à une réunion commune entre l’Assemblée du peuple et le bureau politique du PND où il est décidé de nommer Hosni Moubarak candidat à la présidence et d’organiser un référendum. Le 14 octobre, les résultats du référendum sont annoncés et Soufi Abou-Taleb remet le pouvoir à Moubarak après avoir assumé le pouvoir pendant 168 heures. L’unique décision qu’Abou-Taleb aura prise pendant sa courte présidence est le rétablissement de l’état d’urgence que Sadate avait annulé avant sa mort et qui est encore en vigueur aujourd’hui. Ses écrits sont nombreux, citons Résumé de la loi romaine, L’Histoire des systèmes juridiques et sociaux, La Charia islamique et la loi romaine, ainsi que certains écrits en langue française comme La Situation juridique de la femme dans les Etats arabes. Il obtient la Légion d’honneur du gouvernement français en 1977 de même que la Légion du Nil en 1983 et le Prix d’estime de l’Etat en 1990.

Des funérailles militaires ont été organisées samedi en hommage à l’ex-président.

Naglaa Abdel-Hafez

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