Al-Ahram Hebdo, Economie | La loi de la discorde
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 Semaine du 27 Février au 4 Mars, numéro 703

 

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Economie

Impôts Fonciers. A l’Assemblée du peuple, le débat sur un nouveau projet de loi suscite une levée de boucliers de l’opposition, qui atteint aussi les milieux d’affaires pourtant principaux soutiens du gouvernement.

La loi de la discorde 

Les riches s’y opposent, et pour cause : ils paieront plus d’impôts. Les moins riches ont aussi leurs arguments de contestation, puisque le projet de loi sur l’impôt foncier élargira la base des propriétaires immobiliers concernés. Malgré tout, son approbation doit avoir lieu au cours de l’actuelle session parlementaire. Car le projet de loi stipule un impôt foncier de 12 % (contre 40 % sous la loi actuelle) de la valeur locative annuelle applicable à tous les biens immobiliers, y compris dans les villes nouvelles, les villages touristiques et même les logements bâtis après l’année 1977 qui n’étaient pas inclus dans l’ancienne loi. Le projet exige que l’ensemble des propriétaires s’acquitte de l’impôt, que le bien soit occupé ou pas. Dans un pays où l’immobilier représente le meilleur des investissements, la levée de boucliers contre ce projet de loi s’explique aisément, surtout que l’Egypte compte 1,2 million d’appartements inoccupés.

La logique de la loi est de baisser l’impôt pour retenir les capitaux et ainsi augmenter les recettes fiscales afin de combler l’énorme déficit budgétaire de 17,8 milliards de L.E. enregistré au premier semestre de l’année fiscale 2007/2008. Le ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali, estime faire rentrer dans les caisses 1,5 milliard de L.E. lors des cinq premières années d’application de la loi. « Le ministre cherche à renouveler le succès de la loi de l’impôt sur les revenus, promulguée en 2005. Les recettes de l’impôt sur le revenu ont atteint 7,1 milliards de L.E. en 2007, contre moins de 2 milliards en 2005 », commente Wahid Abdel-Ghaffar, secrétaire général de l’Association égyptienne des impôts.

A noter qu’avec 200 millions de L.E., les recettes de l’impôt foncier sont aujourd’hui jugées trop maigres.

Ismaïl Abdel-Rassoul, président de l’Organisme des impôts fonciers, a déclaré à l’Hebdo que le projet de loi vise à instaurer davantage d’égalité, « une mesure qui contribuera à résoudre la crise immobilière », souligne Abdel-Rassoul. Et d’ajouter que le Conseil consultatif (Sénat) a conseillé d’élever le taux d’exemption des loyers mensuels inférieurs à 2000 L.E. au lieu de 600 L.E. Abdel-Rassoul explique que le Conseil consultatif a préconisé une réduction de l’impôt à 12 % de la valeur du loyer annuel, contre 14 % voulu par le président Moubarak. Suite à ces pressions, le ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali a finalement déclaré le 19 février dernier que les habitants des cimetières, des bidonvilles ainsi que ceux des appartements dont la valeur est inférieure à 250 000 L.E. seraient exemptés de cet impôt foncier. « Ceci implique l’exemption de près de 90 % de la population, dont les unités de logements des ouvriers travaillant dans les villes industrielles », estime le ministre lors d’un communiqué de presse.

Cependant, les conséquences de cette déclaration sont peu claires. Samir Morqos, professeur de comptabilité à l’Université Américaine du Caire (AUC) estime que dans les 10 % des riches les plus concernés par le projet de loi, est aussi inclue la classe moyenne. « Comment peut-on mettre sur un pied d’égalité un propriétaire d’appartement et celui d’une villa sans prendre en considération leurs revenus ? », s’interroge-t-il. Alors que Hamdi Hassan, député des Frères musulmans au Parlement, estime de son côté trop élevés les 12 %, étant donné le niveau des salaires actuels. Il appelle à comparer ce taux avec ceux des pays arabes. « Ce taux ne doit pas dépasser 5 % de la valeur du loyer. Dans les pays européens, il ne dépasse pas les 2% », fait-il remarquer, avant d’ajouter que l’application de cette loi mènera à une nouvelle crise des  prix des logements.

Projet « illégal »

Les 10 % les plus riches de la société ne manquent également pas de moyens de s’exprimer. Avec d’abord, au sein de l’Assemblée du peuple, le président du comité du budget et du plan, le milliardaire du fer à béton, Ahmad Ezz, qui a demandé au ministère que la loi précise les montants dont devront s’acquitter les différentes catégories de propriétaires. Hicham Talaat Moustapha, président du comité du logement au Parlement, lui-même propriétaire d’une des plus grandes entreprises immobilières, s’oppose à de même à la loi : « Elle ne précise pas le mécanisme par lequel la valeur de l’impôt foncier sera calculée », annonce-t-il. Il refuse l’idée des comités d’évaluation annoncés par le gouvernement, de peur d’ouvrir la porte à la corruption. « Pourquoi la loi ne détermine-t-elle pas la valeur de l’impôt immobilier d’un appartement selon son emplacement géographique ? », s’insurge-t-il. L’Union des industries a, quant à elle, qualifié ce projet de loi d’« illégal ». Elle a évoqué la possibilité d’exclure les terrains, les usines, les sièges de banques et les bureaux de conseils de cet impôt, en les déclarant « facteurs de production », et proposé de le reporter de cinq ans. « Le gouvernement veut à tout prix faire approuver le projet de loi par le Parlement même s’il ne réalise pas le consensus avec les acteurs du marché », s’insurge Abdel-Ghaffar.

Le bras de fer n’est donc pas prêt de prendre fin car pour la première fois les propres alliés du gouvernement s’opposent à ses réformes libérales.

Dahlia Réda

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Les principaux points du projet de loi

— Applicable à tous les logements du pays, à l’exception des bidonvilles, des cimetières et des logements dont la valeur sur le marché est inférieure à 250 000 L.E.

— Le taux de l’impôt foncier est de 12 % de la valeur locative annuelle de l’appartement, contre 40 % sous la loi actuelle.

— La valeur locative annuelle de l’unité de logement sera révisée tous les cinq ans.

— En cas de retard de paiement de l’impôt, l’amende se compose de l’impôt majoré au taux d’escompte de la Banque Centrale.

— Frais de 50 L.E. pour le dépôt d’une plainte auprès d’un comité de contestation, formé sur décision du ministre des Finances.

— En cas de non paiement, l’amende va de 1 000 à 5 000 L.E. plus la somme due au titre de l’impôt foncier.

— La loi fixe un montant alloué à la maintenance du bien de 20 % de la valeur locative annuelle pour les appartements occupés et 30 % pour ceux inoccupés.

— La loi exempte de l’impôt les biens dont la valeur locative n’excède pas 2 000 L.E. par mois.

 

 

 




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