Al-Ahram Hebdo, Economie | La pression du minimum
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 Semaine du 27 Février au 4 Mars, numéro 703

 

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Economie

Salaires. Le gouvernement a annoncé se pencher sur leur hausse dans le secteur public. Une revalorisation est aussi demandée dans le privé, mais les patrons freinent des quatre fers.

La pression du minimum

«En ce moment, tout augmente, sauf l’être humain », résument avec humour les Egyptiens qui, par là, insinuent la maigreur de leur salaire. D’après une loi de 1984, le salaire mensuel minimum est fixé à 35 L.E., ce qui ne permet plus d’acheter un kilo de viande. « Regardez comment les prix ont augmenté par rapport aux années 1980. Les salaires d’aujourd’hui n’ont plus aucun rapport avec la réalité », s’indigne Khaled Ali, membre du comité des droits et libertés syndicaux et ouvriers. Ce comité, une coalition de gauche, appelle à un salaire minimum de 1 200 L.E. Un écart énorme avec le minimum suggéré par le gouvernement pour les fonctionnaires, à savoir 250 L.E. (voir encadré).

Mais le secteur privé voit d’un mauvais œil l’idée d’un salaire minimum augmenté et cherche à reporter sine die cette revendication. Une source bien informée a fait savoir à Al-Ahram Hebdo que des représentants des hommes d’affaires égyptiens ont déjà demandé au gouvernement, il y a deux ans, de ne pas discuter ce sujet.

Nihad Ragab, PDG d’Egypte pour la construction et président de la compagnie Siag, s’exprime : « La question des salaires est tout simplement une question d’offre et de demande. De plus, toute augmentation portera atteinte à la compétitivité. Cela n’empêche qu’on paye bien la main-d’œuvre qualifiée ». Et de menacer : « Si le salaire minimum est fixé à 1 200 L.E., le secteur privé pourrait contourner la loi en ayant recours à l’embauche au noir ».

Moustapha Al-Sallab, membre de l’Association des investisseurs d’Al-Obour, accepte le concept du salaire minimum, mais refuse une hausse démesurée : « Toute augmentation non étudiée affectera le milieu des affaires. Les prix des matières de production ont déjà augmenté, nous risquons de ne plus pouvoir exporter si les salaires augmentent. La main-d’œuvre bon marché est un de nos avantages ». Selon un sondage effectué par le gouvernement dans les nouvelles villes industrielles, plus de 68 % de la main-d’œuvre touchent à peine 154 L.E. (35 L.E. en 1984 = 214 L.E. en 2006).

Pour d’autres hommes d’affaires, l’équation est aussi difficile à résoudre. Mohamad Moustapha, propriétaire d’une petite entreprise avoue : « C’est un grand dilemme. D’une part, il me semble juste du point de vue humain d’augmenter les salaires à 1 200 L.E. mais de l’autre côté, les petites entreprises, comme la nôtre, risquent de fermer. Nous équilibrons à peine nos comptes ». Abdel-Fattah Al-Guébali, du Centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram et membre du Parti national au pouvoir, appuie ces arguments. « Soyons réalistes. Le secteur privé embauche plus de 70 % de la main-d’œuvre, dont 30 % travaillent dans le secteur informel ». Al-Guébali s’oppose à la fixation d’un salaire minimum élevé de peur que le secteur privé cesse d’embaucher la main-d’œuvre égyptienne.

Plusieurs critères

Une étude effectuée en 2006 par le Centre égyptien de recherches économiques (ECES) affirme que plusieurs critères doivent être pris en compte pour fixer le salaire minimum. Avec en premier lieu que ce dernier garantisse à chaque salarié que sa famille aura accès aux besoins essentiels. D’un autre côté, ce salaire ne doit pas conduire à l’augmentation du coût de la production et réduire l’offre d’emplois. L’étude souligne aussi que la loi de 1984 stipule un salaire minimum de 35 L.E. par mois, une somme qui représentait à l’époque 60 % du PIB moyen par individu. L’étude note ensuite qu’en 2005 ces 35 L.E. n’atteignent que 6 % du PIB par personne.

Khaled Ali estime cependant que les patrons renoncent à l’idée d’augmenter le salaire minimum. « Les salaires ne doivent pas dépendre du bon vouloir des patrons. La rémunération pour un travail, quel qu’il soit, n’est pas une aumône que le patron veut bien accorder. Ce sont les salariés qui produisent toutes les richesses qui permettent au secteur privé de s’enrichir », martèle-t-il. Hicham Fouad, fait également partie des syndicalistes ouvriers. Il explique qu’il existe plusieurs critères pour fixer le salaire minimum : niveau de pauvreté, pouvoir d’achat de biens et services et enfin le critère d’un salaire qui inclut une participation aux profits réalisés par l’entreprise. « Dans notre lutte, nous voulons juste que les salaires permettent au moins de satisfaire les besoins les plus élémentaires », conclut Fouad.

Ibtessam Zayed

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Un simple jeu d’écriture

Le Haut Conseil des salaires a annoncé à l’issue d’une réunion la semaine dernière qu’il étudiera les impacts d’une hausse des salaires de 35 à 250-300 L.E. par mois dans le secteur gouvernemental. C’était la deuxième fois que cet organe public chargé de fixer le salaire minimum se réunit depuis sa création en 2003. Mais plus qu’une hausse des salaires, il s’agit en fait d’un jeu d’écriture comptable. Puisque, selon les déclarations du président du conseil, Osmane Mohamad Osmane, également ministre du Développement économique, il s’agit de regrouper dans le salaire de base toutes les primes et bonus déjà perçus par la plupart des fonctionnaires. Pour Osmane, la somme de 250 à 300 L.E. pour une famille de 5 personnes se situe au-dessus du seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale : deux dollars par jour et par personne représentent entre 1,6 et 2 L.E. en Egypte. Et d’avertir qu’une plus grande augmentation des salaires creusera le déficit budgétaire.

Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie, reconnaît que pour résoudre le problème des salariés du secteur public, qui représentent 28 % du total des salariés en Egypte, il faut augmenter les salaires, mais sans que cela n’affecte le budget de l’Etat. Il suggère donc une redistribution des salaires. « La différence entre le salaire le plus bas et le plus élevé est énorme. Dans le budget, le poste des salaires est de 16 milliards, dont un seul milliard pour le salaire de base. Cela signifie que les 15 milliards restants sont des primes et des bonus touchés par les hauts responsables de l’Etat », explique-t-il. Alors « une révision du salaire d’un seul haut responsable suffira pour l’augmentation des salaires d’une centaine de petits employés », conclut-il.

Khaled Ali, membre du Comité des droits et libertés syndicaux et ouvriers, estime que « si l’Etat se dit incapable d’augmenter les salaires, il vaut mieux réviser les dépenses des ministres ». Selon les chiffres du ministère des Finances, 3,8 millions d’employés du secteur public touchent entre 130 et 200 L.E. 1,1 million sont payés entre 300 et 400 L.E. par mois. 108 000 autres perçoivent entre 400 et 500 L.E. Et ceux touchant plus de 500 L.E. ne dépassent pas les 500 individus. « Ceux-ci ne sont pas inscrits comme employés, mais conseillers et ce sont eux qui sont payés le plus », conclut-il.

I. Z.

 




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