Moustapha Kamel.
Le musée Moustapha Kamel, au pied de la Citadelle, accueille
la célébration, organisée par le ministère de la Culture, du
centenaire de la mort de cette grande figure du nationalisme
égyptien. Visite guidée.
Dans l’intimité de Moustapha pacha
Il s’agit d’un petit bâtiment à coupole situé à la place de
la Citadelle de Salaheddine, non loin des deux gigantesques
mosquées du Sultan Hassan et d’Al-Réfai. Un emplacement qui
facilite la fréquentation des touristes et autres visiteurs
de la région. Le visiter, c’est parcourir la vie du jeune
leader nationaliste et surtout relever une période
importante de l’époque moderne de l’Egypte telle qu’il l’a
vécue. Moustapha Kamel a toujours constitué un modèle
d’abnégation, de patriotisme, voire de romantisme. N’est-il
pas mort à l’âge de 34 ans refusant le moindre repos, alors
qu’il était gravement malade ? Après sa mort, le 10 février
1908, il est enterré avec sa mère dans un tombeau dans le
cimetière de l’imam Al-Chaféi. Ce ne fut qu’en 1949 que
Abdel-Rahmane Al-Raféi eut appelé à la construction d’un
musée à l’honneur de son maître à penser. Le coût de
construction de ce musée a été estimé en ce temps-là à 50
000 L.E. Mais la dépouille de Moustapha Kamel n’a été
transférée au nouveau tombeau aménagé à l’entrée du musée
qu’en 1953, après la Révolution. Cette mesure a remis en
honneur non seulement ce patriote, mais aussi tout le
courant qu’il incarne, celui qui était représenté par le
Parti national, resté vivace jusqu’à la Révolution de
Juillet 1952 et même au-delà. Après une longue période de
négligence, d’abandon, les responsables se sont enfin rendus
compte de l’importance de créer un centre historique qui
comporte des documents et des souvenirs sur une époque très
importante de l’histoire politique de l’Egypte.
Ceux-ci concernent, en effet, quatre des célèbres leaders
égyptiens qui ont contribué au mouvement de la lutte contre
l’occupation britannique dans la période qui a commencé en
1892 et qui a duré jusqu’à 1956, date du départ du dernier
soldat britannique de la terre d’Egypte. « C’est le premier
musée à regrouper les souvenirs de quatre personnages qui
sont : Moustapha Kamel, Mohamad Farid (1867–1919),
Abdel-Rahmane Al-Raféi (1889–1966) et Fathi Radwan
(1911–1988). Le musée présente à travers ses différents
objets l’histoire politique d’une partie très importante de
l’Egypte moderne », souligne Sawsan Mohamad Abdel-Chafi,
directrice générale du musée. Parmi les documents les plus
remarquables, on peut surtout distinguer les lettres
envoyées par Moustapha Kamel ou reçues par lui, qui ont joué
un grand rôle dans l’histoire politique de l’Egypte à
l’époque. Ecrites en arabe et en français, ces lettres, qui
s’adressaient à la France, pays des lumières et de la
liberté, défendaient la cause de l’indépendance de l’Egypte.
« Ces lettres étaient pour la plupart destinées à un nombre
de politiciens égyptiens et étrangers. On trouve aussi des
lettres envoyées et reçues de Juliette Lambert Adam
(1836-1936) qui servit de mère spirituelle au jeune
Moustapha Kamel, lors de son séjour en France vers 1900 »,
explique Sawsan Mohamad.
La mémoire de la patrie
Le mausolée de Moustapha Kamel situé juste à l’entrée du
musée a accueilli ensuite les dépouilles des trois autres
leaders. En 1954, on y a déplacé les dépouilles de son
compagnon et leader Mohamad Farid qui est mort en exil en
1919. Ensuite, on y a enterré Abdel-Rahmane Al-Raféi en 1966
selon sa demande, et celle de Fathi Radwan en 1988. Ce
dernier fut en fait l’une des rares personnalités de
l’ancien régime à occuper un poste ministériel sous la
Révolution. Il a été ministre de la Culture et de
l’Orientation nationale de 1952 à 1958. C’est ainsi qu’il a
assisté à l’inauguration du musée Moustapha Kamel en 1953.
C’est le président Moubarak qui a ordonné de l’enterrer au
musée de Moustapha Kamel. Les Officiers Libres ont voué
toujours du respect au Parti national, contrairement à
l’animosité qu’ils avaient pour le parti Wafd.
Le musée abrite également une collection de photos
personnelles prises à l’époque dont quelques-unes présentant
le leader, son enfance, sa mère Hafiza et ses deux sœurs
Aïcha et Nafissa, ainsi que des photos représentant sa
maison natale qui se trouvait à Darb Al-Méda, dans la Rue
Saliba dans le quartier de Khalifa, non loin de son musée.
Il y a aussi une photo représentant son école primaire qui
s’appelait Madrasset walidet al-khédeiwi Abbass qui se
trouve aujourd’hui dans le sabil kouttab oum Abbass dans la
Rue Saliba au pied de la mosquée d’Ahmad Ibn Touloun. Mort
en Allemagne, c’est un marchand de tissus de la ville de
Zagazig qui a payé les frais du transport de son corps en
Egypte pour qu’il ne soit pas enterré dans un pays étranger.
Une grande photo de la cérémonie de ses funérailles.
L’émotion est intense. Des milliers d’Egyptiens dans les
rues, comme dans cette photo à côté, celle du transfert de
ses restes en 1953. La même foule, le même sens national. On
peut aussi admirer quelques vêtements de Moustapha Kamel,
une partie de ses décorations, sa cuillère, sa fourchette et
son couteau ...
Des chefs-d’œuvre de la peinture
Cet endroit ne renferme pas uniquement des photos et des
lettres ... mais aussi quelques pièces de mobilier, des
bureaux, des chaises, des bustes, l’épée de Moustapha Kamel,
sa canne, ainsi que des œuvres d’art de grande valeur. En
effet, les murs des salles du musée sont recouverts de
grands tableaux et peintures. « D’ailleurs, de grands noms
de la peinture égyptienne ont reçu les commandes des
peintures murales illustrant les événements politiques les
plus marquants de l’époque, ainsi que quelques scènes du
quotidien de Moustapha Kamel. Il s’agit notamment des
peintres Kamel Moustapha et Abdel-Aziz Darwich », indique
Rouchdi Mohamad, trésorier et responsable des affaires
administratives et financières du musée. Citons entre autres
les représentations de l’incident de Denchway, ce village du
gouvernorat de Ménoufiya dans le Delta du Nil, où les
colonialistes anglais ont fait pendre, en 1906, des paysans
égyptiens. Une autre peinture de l’artiste Kamel Moustapha
représente Moustapha Kamel sur son lit de mort.
Dans la seconde salle, on peut admirer un bon nombre
d’objets concernant les trois autres leaders. « Le musée se
compose, en effet, de deux salles d’exposition. La première,
qui se trouve à droite de la porte de l’entrée du musée, est
celle consacrée à la collection de souvenirs de Moustapha
Kamel. Tandis que la deuxième, elle concerne Mohamad Farid,
le grand historien Al-Raféi et le militant Fathi Radwan »,
précise Rouchdi Mohamad. On trouve là le bureau et les
photos personnelles du disciple de Moustapha Kamel : le
journaliste et l’historien Abdel-Rahmane Al-Raféi, ainsi que
des centaines de ses livres écrits en arabe, en français et
en anglais et qui racontent l’histoire moderne de l’Egypte
aux époques khédiviale, royale et même après la Révolution
de 1952. La salle renferme aussi d’importants objets de
Fathi Radwan : citons entre autres le bureau qu’il a utilisé
au ministère de la Culture et de l’Orientation nationale
entre 1952 et 1958, son ventilateur en métal, des photos
personnelles ainsi qu’une collection de ces livres. « La
famille de l’ancien ministre Fathi Radwan a offert au musée
une nouvelle collection de ses objets, mais on attend encore
la décision du ministère de la Culture à cet égard. Il
s’agit en fait de plusieurs photos et documents qui
concernent son travail à l’époque nassérienne », explique
Rouchdi Mohamad.
Le musée ne renferme cependant qu’un seul buste du leader
Mohamad Farid. C’est tout ce qu’il renferme de ses objets.
Le musée a été ensuite rouvert en grande pompe en février
2001 à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de la
mort du leader nationaliste. La Fondation Al-Ahram a publié
à cette occasion un CD-Rom enregistrant le contenu des
livres de la superbe bibliothèque du musée et surtout les
livres historiques de Abdel-Rahmane Al-Raféi.
Le musée est visité surtout par les écoliers qui étudient la
vie et la personnalité de Moustapha Kamel dans les livres
d’Histoire. « On reçoit des visites des enfants et des
élèves organisées par leurs écoles pour qu’ils puissent se
rendre compte de leur patrimoine et mieux comprendre
l’histoire qu’ils étudient. On envoie de notre côté des
invitations aux écoles non seulement du Caire, mais aussi à
celles de la Haute et de la Basse-Egypte. L’entrée du musée
est devenue aujourd’hui gratuite », annonce la directrice.
En fait, parcourir ce musée, c’est se recueillir dans une
atmosphère de nationalisme qui rappelle une période qui a
été l’une des plus marquantes de l’histoire moderne de l’Egypte.
Amira
Samir
Samah
Ziad