Al-Ahram Hebdo, Dossier | « Moustapha Kamel a été le premier à mobiliser les jeunes »
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Dossier

Moustapha Kamel . Raouf Abbass Hamed, professeur d’Histoire à l’Université du Caire et président de l’Association des historiens, explique que le leader nationaliste a voulu, au départ, jouer sur la rivalité franco-britannique pour faire avancer la cause nationale égyptienne.

« Moustapha Kamel a été le premier à mobiliser les jeunes »

Al-Ahram Hebdo : Que représente Moustapha Kamel pour le mouvement national égyptien ?

Raouf Abbass Hamed : C’est lui en fait qui a donné le coup d’envoi pour ce mouvement. Dix ans après l’occupation britannique intervenue en 1882, la société égyptienne a été prise d’une sorte d’immobilité politique totale. Une situation qui a duré jusqu’à l’accès au règne du khédive Abbass Helmi II, en 1892. Celui-ci, qui n’avait alors que 18 ans, a voulu régner véritablement sur l’Egypte et ne pas être comme un jouet entre les mains de l’occupant. C’est d’ailleurs à cette époque que les tendances nationalistes ont commencé à apparaître au sein du peuple égyptien. Lors d’une visite au lycée Al-Khédéwiya, le khédive Abbass a remarqué l’effervescence nationaliste d’un jeune étudiant, Moustapha Kamel, il l’a encouragé. Et depuis, un lien d’amitié est né entre eux. Moustapha Kamel a commencé par la suite à propager l’idée du nationalisme et de l’indépendance de l’Egypte en tant que véritable cause juridique. En effet, la Grande-Bretagne prétendait avoir occupé l’Egypte à titre provisoire pour vaincre la résistance égyptienne représentée par la révolution d’Ahmad Orabi, asseoir l’autorité du khédive et protéger les intérêts des créditeurs étrangers.

— Qu’entendez-vous par cause juridique du terme ?

— On était à l’époque où il n’y avait ni organisations, ni tribunaux internationaux. Il y avait juste les grandes puissances : l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Russie. Moustapha Kamel a cherché donc à plaider la cause égyptienne et revendiquer ses droits en Europe et surtout en France et en Grande-Bretagne. Il s’agissait de convaincre Londres de respecter, à titre légal, ses engagements vis-à-vis de l’Egypte. Toutefois, dans la politique comme dans la guerre, le sens moral n’existe pas, mais juste les intérêts. Et on a vu en 1904 l’Entente cordiale qui a donné libre cours à la France au Maroc, alors que l’Egypte était abandonnée à l’Angleterre.

— Moustapha Kamel avait-il donc eu tort de compter sur la France ?

— En fait, il a commis une erreur de tactique très grave : jouer sur les deux parties rivales. Il essayait de profiter de la rivalité entre les grandes puissances au profit de l’Egypte.

Mais en 1904, sa foi en la France a été cruellement trahie. Il s’est senti fortement blessé. Il a considéré que ce pays avait trahi ses principes. Il s’est ainsi tourné vers l’Allemagne qui était en ce temps-là un grand rival de la Grande-Bretagne. Il a donc continué à jouer sur le désaccord entre les grandes puissances européennes.

— Avec ce recours à ce genre de stratégie, Moustapha Kamel ignorait-il le peuple et sa contribution au mouvement national ?

— Beaucoup de choses ont changé après 1904 aussi, la relation entre le khédive et Moustapha Kamel s’est refroidie. Le leader reçut pour le financement de ses activités des aides de personnalités nationales dont son successeur Mohamad Farid. Il a commencé à organiser le mouvement d’opposition politique dans la rue égyptienne. En 1905, il a mobilisé le peuple égyptien et parce qu’il était jeune, il s’est intéressé aux étudiants. Il a ainsi créé le Club des grandes écoles. Moustapha Kamel a été le premier à se soucier de mobiliser les jeunes. Et l’on voit que jusqu’à nos jours, ils sont le ferment du nationalisme. Il est descendu dans la rue pour être à la rencontre du peuple égyptien. Il a effacé la crainte de l’occupant chez les Egyptiens.

— Qu’est-ce qui est resté de la pensée de Moustapha Kamel ?

— L’expression : « Si je n’étais pas égyptien, j’aurais souhaité l’être ». C’était un leader romantique. Mais en fin de compte, c’était un homme et non pas un ange. Sa vie était courte. Il est mort à l’âge de 34 ans. Il a commencé son parcours de combattant à l’âge de 21 ans. Moustapha Kamel est toujours dans la mémoire du peuple, mais le problème est l’absence de conscience de l’histoire chez deux générations consécutives.

Propos recueillis par Amira Samir

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