Chypre.
Le candidat communiste Demetris Christofias a remporté
l’élection présidentielle de dimanche dernier. Il promet le
lancement d’une nouvelle campagne pour réunifier l’île
divisée depuis plus de 30 ans.
En attendant l’unification
Une fois élu président du Chypre, le candidat communiste
Demetris Christofias a annoncé son intention de reprendre
les pourparlers sur l’unification de l’île divisée. « Demain
est un nouveau jour et nous aurons devant nous de nombreuses
difficultés. Nous devons rassembler nos forces pour parvenir
à la réunification de notre patrie », a déclaré le nouveau
président.
Au second tour du scrutin de dimanche dernier, le chef du
Parti communiste Akel, 61 ans, a recueilli 53,36 % des voix,
contre 46,64 % à son rival conservateur, l’ancien ministre
des Affaires étrangères Ioannis Kasoulides, 59 ans, avec un
taux de participation supérieur à 90 %, selon les résultats
officiels définitifs. Pour la première fois, quelque 400
Chypriotes turcs résidant au sud de l’île ont été autorisés
à voter lors de cette présidentielle. Les habitants de la
partie nord de l’île, autoproclamée République Turque de
Chypre du Nord (RTCN) en 1983, n’ont pas le droit de vote.
En effet,
Christofias devient le sixième président de l’ancienne
colonie britannique indépendante depuis 1960, une semaine
après la défaite du sortant Tassos Papadopoulos, 74 ans. Le
mandat de ce vétéran de la politique, intransigeant sur la
question chypriote, a été marqué par l’entrée de l’île dans
l’Union européenne en mai 2004, puis par l’adoption de
l’euro le 1er janvier. Pour sa part, son rival Kasoulides a
concédé sa défaite peu avant l’annonce des résultats
définitifs. « J’ai félicité M. Christofias et l’ai assuré
que je serai à ses côtés dans les efforts pour résoudre le
problème chypriote », a-t-il déclaré. M. Kasoulides, soutenu
par le principal parti de droite (Disy), avait reçu l’appui
de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre et n’avait pas
cessé de mettre en avant son expérience d’eurodéputé et ses
bonnes relations avec les capitales européennes.
Mais, il
semble que Christofias a fasciné de plus les Chypriotes, en
promettant de résoudre la question épineuse qui les hante le
plus. Dès son premier discours en tant que président,
Christofias a insisté : « je tends la main de l’amitié et de
la coopération aux Chypriotes turcs et à leurs dirigeants.
Je les appelle à travailler avec nous pour le bien commun du
peuple dans un climat de paix. Je voudrais remercier le
dirigeant chypriote turc Mehmet Ali Talat qui m’a appelé
pour me féliciter », a lancé le nouveau président, tandis
qu’un conseiller du dirigeant chypriote turc déclarait, sans
préciser de date, que les deux hommes étaient convenus de se
rencontrer. « Nous prévoyons une coopération productive au
bénéfice des deux communautés en vue d’une solution viable
et juste au problème chypriote », a poursuivi M. Christofias,
appelant à un règlement fondé sur les résolutions et
décisions des Nations-Unies. Christofias affiche une
approche plus conciliante envers les Chypriotes turcs afin
de trouver une sortie de l’impasse, qui est aussi source de
tensions avec la Grèce et la Turquie, alliées au sein de
l’Otan. De leur côté, des Chypriotes turcs ont accueilli
favorablement le résultat de l’élection de dimanche. « Nous
considérons ce changement comme une chance et nous
souhaitons que des négociations commencent tout de suite,
sans préliminaires inutiles », a déclaré Hasan Ercakica,
porte-parole du nord de l’île.
Président du Parlement sortant, M. Christofias, distancé de
980 voix au premier tour par M. Kasoulides, était soutenu
par les sociaux-démocrates (Edek) et le parti Diko (centre-droit)
de M. Papadopoulos. A cet égard, il est le premier dirigeant
du Parti communiste chypriote candidat à une présidentielle.
A cet égard, il devient le seul chef d’Etat communiste dans
un système présidentiel au sein de l’UE. Le Parti Akel a une
réputation d’eurosceptique, peu favorable au libre-échange
ou à la mondialisation. Cependant, Christofias dément être
anti-européen ou avoir l’intention de nationaliser
l’économie.
Chypre
est divisée depuis l’invasion turque de 1974, déclenchée en
réponse à un coup d’Etat de nationalistes chypriotes grecs
qui voulaient l’unification de l’île à la Grèce. Depuis
cette date, la Turquie déploie des troupes en RTCN, dont le
gouvernement n’a été reconnu que par Ankara. En 2004, les
Chypriotes grecs ont massivement rejeté un référendum
portant sur un plan de réunification soumis par l’Onu,
accepté par les Chypriotes turcs. L’île est entrée divisée
dans l’UE peu après. Pour la première fois depuis ce rejet,
des médiateurs devraient relancer leurs efforts cette année.
Maha
Salem