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Cinéma. Jumper (sauteur), une fiction américaine signée Doug Liman, comporte plusieurs scènes dont l’Egypte est le cadre, notamment le plateau des Pyramides.  

Déjeuner raté avec le Sphinx

Si le thème du héros malgré lui, argument central du film Jumper, est fréquemment usité, c’est qu’il représente sans doute la vision la plus populaire de la solitude et de la dépression adolescentes qui structurent l’idée du film Jumper. Mettant en vedette Hayden Christensen et Samuel L. Jackson, le film raconte l’histoire d’un homme qui peut se télétransporter instantanément à n’importe quel endroit de la planète.

Ces mutants jumpers ont cette faculté : se déplacer comme bon leur semble. Ici, l’être surnaturel s’appelle David et n’est encore qu’un adolescent farouche lorsqu’il découvre sa capacité de déplacement autocommandé. Il n’a pourtant rien d’un super héros, et se sert de ce pouvoir pour « métamorphoser le monde en un Eden rêvé ». S’ensuit donc une panoplie de plans carte postale, où le héros déjeune, dîne, se gratte et digère dans des endroits plus idylliques : prendre le petit-déjeuner sur la tête du Sphinx, à Guiza, surfer toute la journée sur les plages d’Australie, dîner à Paris, prendre le dessert au Japon et passer la nuit à New York. C’est possible, quand on est un jumper hollywoodien !!

Tout ce récit se déroule à vive allure pendant la première demi-heure, au point que le spectateur n’a guère le temps de s’attacher aux personnages. Mais comme il reste une bonne heure à remplir, le jumper se voit poursuivi d’un ennemi implacable : Roland, impitoyable « exterminateur de jumpers » et chef d’une secte nommée Les Paladins. Ce groupuscule d’extrémistes religieux les pourchasse depuis des siècles, au nom d’une conviction : « seul Dieu possède ce don d’ubiquité. Ainsi s’engage une guerre sans merci pour leur survie éternelle. Entre en scène alors Samuel L. Jackson, qui malheureusement se parodie lui-même puisqu’il a joué presque le même rôle dans plusieurs de ses films ».

L’histoire de Jumper est adaptée de deux romans de science-fiction de Steven Gould, Jumper et Reflex. Plébiscités par les lecteurs et la critique. Steven Gould compte à son actif de nombreux fans à travers le monde, mais aussi de virulentes critiques. Donc, à partir d’un concept très fun et riche de possibilités visuelles et narratives, le réalisateur concocte un film d’action, dénué pourtant de tout enjeu dramatique si ce n’est de parvenir à la fin à sauver la bien-aimée du héros. Bien qu’il repose sur des enjeux intéressants qu’il aurait pu développer, le film se perd dans une narration répétitive et nous laisse à la fin sur une impression de déception.

Les plans d’hélicoptère, insérés à tout bout de champ, qui nous montrent le protagoniste partout à travers le monde deviennent assez vite redondants et ne peuvent compenser la vacuité de l’intrigue et l’absurdité des personnages. Bref, Jumper est une nouvelle démonstration qu’une bonne idée et un bon budget ne livrent pas un bon résultat sans un bon scénario, un réalisateur inspiré et de bons acteurs.

Sans espérer de miracle, on était en droit d’attendre un film plus mûr et plus construit en lieu et place d’un épisode de série télévisée à gros budget réalisé de manière épileptique. Au lieu d’être une histoire originale sur un type ordinaire qui possède des facultés surnaturelles, Jumper n’est qu’une simple œuvre de science-fiction dont les événements manquent de conviction. Un scénario totalement transparent d’inconsistance, autour d’une vague variante sur la confrontation entre le bien et le mal, et toujours les mêmes effets spéciaux pour balader le héros sur les sites les plus touristiques de la planète. Jamais rien sur le pourquoi et le comment des jumpers. D’où viennent ces super héros et d’où sortent les Paladins qui les traquent ?! On ne le sait pas, du moins pas dans ce premier opus puisque Jumper est destiné à être une trilogie. Le plus frappant est qu’en dépit d’un tournage effectué aux quatre coins du monde, le résultat manque singulièrement d’ampleur.

Dans les années 1950, en quête de sujets, le cinéma américain a remis les antiquités pharaoniques à la mode. Hollywood a donc proposé une variété de sujets autour de l’Egypte. La difficulté est que le cinéma a souvent emprunté des noms de pharaons au hasard ou complètement inventé des sites égyptiens sans revenir à l’Histoire exacte de ceux-ci.

C’est tout à fait le cas dans Jumper. Depuis qu’il a découvert qu’il pouvait se téléporter n’importe où sur terre, le monde n’a plus de limite pour le protagoniste. Quelques scènes nous montrent le héros en train de se reposer ou de déjeuner en Egypte, sur la tête du Sphinx. Or, l’image du site n’a rien à voir avec celle actuelle du plateau de Guiza, ce qui prouve malheureusement que le chef du décor n’a même pas pris la peine de s’appuyer sur une carte postale assez récente du site touristique. D’ailleurs, on peut suivre vers la fin du film une vraie bagarre entre le héros et son compère au sommet de la pyramide, sans aucun but dramatique. Simplement pour avoir le site pharaonique pour décor.

L’impression générale est que le film cherche à se doter d’un aspect mystique, se servant gratuitement de l’ambiance pharaonique avec tous les préjugés que cela comporte.

Yasser Moheb

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