Exposition.
Une nostalgie méditative se dégage des œuvres, aux styles
variés, de Omar Al-Fayoumi,
Moustapha Khalil et
Wageh George, traitant toutes
d’emplacements mémorables.
Le charme discret du souvenir
C’est
carrément un appel afin de préserver la beauté authentique
de ce qui est ancien. Ainsi pouvons-nous décrire
l’exposition tenue à l’Atelier du Caire, regroupant Omar
Al-Fayoumi,
Moustapha Khalil et Wageh
George.
Réputé pour ses personnages dignes, aux traits rappelant les
célèbres portraits du Fayoum, Omar
Al-Fayoumi peint cette fois-ci des êtres
fantasmagoriques, soit des fantômes installés dans des cafés
populaires cairotes.
Précisément, il s’agit des cafés de la rue Mohamad Ali
(connue autrefois comme étant celle des almées et des
musiciens). La rue porte également le nom de celui qui est
considéré comme le fondateur de l’Egypte moderne ! « La rue
Mohamad Ali ne garde de sa mémoire que quelques arches et
piliers anciens. Actuellement, ses couloirs sont débordés de
fruits et de légumes et sont envahis par le vacarme des
klaxons et l’étalage des ordures. Nous vivons dans un
carnaval déplaisant », dit Al-Fayoumi.
Le malaise ressenti par l’artiste l’a incité à présenter des
tranches de vie, des scènes découpées de la rue Mohamad Ali.
Il essaye de garder en mémoire ce qui en reste, les arches,
les immeubles anciens, bref, tout ce qui relève du passé et
garde à la rue son caractère de charme. Les 15 toiles
rectangulaires qu’il expose mettent en relief le contraste
entre le quotidien de la rue et son cadre du passé. « Ces
cafés sont des lieux de rencontre où se retrouvent ouvriers
et intellectuels qui se déchargent de leurs soucis et leur
solitude », précise Al-Fayoumi,
ajoutant : « Bien qu’ils soient rassemblés en masse et unis
par un jeu de trictrac ou autres, ces personnages accablés
ne communiquent pas réellement. Ils sont des esprits
intangibles ». Pour mettre l’accent sur l’absence de tout
échange humain, l’artiste a recours à un agencement
mouvementé de quelques chaises vides, caractérisant ses
tableaux.
Wageh
George en photographe baladeur étale à sa manière ce côté
vétuste des lieux. Ses photos captées en Europe, associe
dans un même cadre bâtiments anciens et publicités modernes.
Un beau jeu sarcastique en émane, un joli contraste entre
ancien et nouveau, donnent à son œuvre une belle texture
esthétique et métaphorique. « Je suis très intéressé par les
grands spots publicitaires, dans les rues européennes,
notamment ceux qui côtoient les anciens bâtiments »,
souligne Wageh George. L’une des
photos, prise en Italie, montre un ancien bâtiment en
restauration et une image géante du top-modèle Claudia
Schiffer. « La forme inclinée
des deux statues allongées de part et d’autre de l’entrée de
l’immeuble va de pair avec l’expression du temps écoulé. Ces
statues inclinées qui remontent à l’époque romaine, rentrent
en jeu d’harmonie et de contraste, avec la figure bien
dressée de Claudia Schiffer,
vivace et jeune », explique le photographe, également un
cinématographe passionné des effets dramatiques.
Les œuvres chaleureuses et intimes de
Moustapha Khalil, le troisième artiste participant à
cette exposition, traitent d’un autre temps de l’intérieur.
C’est l’intérieur des maisons, chargé de souvenirs et de
nostalgie, qui s’étale. L’artiste a recours à tous les
objets du quotidien, rappelant
son enfance. Il se sert d’un canapé ancien, couvert de
cretonne colorée, l’installe au fond de la salle, pour être
le porte-parole de cinq œuvres sous la lumière des
projecteurs. C’est comme si ses pièces, de grands formats,
sont tirées de ce canapé. Les cadres en cretonne tissent des
liens, et au milieu de chaque cadre, l’artiste dépeint des
objets de son enfance : une bouilloire de thé, une
bicyclette, une statuette de chat noir. Ainsi,
ressuscite-t-il, de manière nostalgique, la vieille maison
de son enfance.
C’est
toujours un
bon exercice de
mémoire.
Névine
Lameï