Al-Ahram Hebdo, Arts | Le charme discret du souvenir
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 Semaine du 27 Février au 4 Mars, numéro 703

 

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Arts

Exposition. Une nostalgie méditative se dégage des œuvres, aux styles variés, de Omar Al-Fayoumi, Moustapha Khalil et Wageh George, traitant toutes d’emplacements mémorables.

Le charme discret du souvenir

C’est carrément un appel afin de préserver la beauté authentique de ce qui est ancien. Ainsi pouvons-nous décrire l’exposition tenue à l’Atelier du Caire, regroupant Omar Al-Fayoumi, Moustapha Khalil et Wageh George.

Réputé pour ses personnages dignes, aux traits rappelant les célèbres portraits du Fayoum, Omar Al-Fayoumi peint cette fois-ci des êtres fantasmagoriques, soit des fantômes installés dans des cafés populaires cairotes.

Précisément, il s’agit des cafés de la rue Mohamad Ali (connue autrefois comme étant celle des almées et des musiciens). La rue porte également le nom de celui qui est considéré comme le fondateur de l’Egypte moderne ! « La rue Mohamad Ali ne garde de sa mémoire que quelques arches et piliers anciens. Actuellement, ses couloirs sont débordés de fruits et de légumes et sont envahis par le vacarme des klaxons et l’étalage des ordures. Nous vivons dans un carnaval déplaisant », dit Al-Fayoumi. Le malaise ressenti par l’artiste l’a incité à présenter des tranches de vie, des scènes découpées de la rue Mohamad Ali. Il essaye de garder en mémoire ce qui en reste, les arches, les immeubles anciens, bref, tout ce qui relève du passé et garde à la rue son caractère de charme. Les 15 toiles rectangulaires qu’il expose mettent en relief le contraste entre le quotidien de la rue et son cadre du passé. « Ces cafés sont des lieux de rencontre où se retrouvent ouvriers et intellectuels qui se déchargent de leurs soucis et leur solitude », précise Al-Fayoumi, ajoutant : « Bien qu’ils soient rassemblés en masse et unis par un jeu de trictrac ou autres, ces personnages accablés ne communiquent pas réellement. Ils sont des esprits intangibles ». Pour mettre l’accent sur l’absence de tout échange humain, l’artiste a recours à un agencement mouvementé de quelques chaises vides, caractérisant ses tableaux.

Wageh George en photographe baladeur étale à sa manière ce côté vétuste des lieux. Ses photos captées en Europe, associe dans un même cadre bâtiments anciens et publicités modernes. Un beau jeu sarcastique en émane, un joli contraste entre ancien et nouveau, donnent à son œuvre une belle texture esthétique et métaphorique. « Je suis très intéressé par les grands spots publicitaires, dans les rues européennes, notamment ceux qui côtoient les anciens bâtiments », souligne Wageh George. L’une des photos, prise en Italie, montre un ancien bâtiment en restauration et une image géante du top-modèle Claudia Schiffer. « La forme inclinée des deux statues allongées de part et d’autre de l’entrée de l’immeuble va de pair avec l’expression du temps écoulé. Ces statues inclinées qui remontent à l’époque romaine, rentrent en jeu d’harmonie et de contraste, avec la figure bien dressée de Claudia Schiffer, vivace et jeune », explique le photographe, également un cinématographe passionné des effets dramatiques.

Les œuvres chaleureuses et intimes de Moustapha Khalil, le troisième artiste participant à cette exposition, traitent d’un autre temps de l’intérieur. C’est l’intérieur des maisons, chargé de souvenirs et de nostalgie, qui s’étale. L’artiste a recours à tous les objets du quotidien, rappelant son enfance. Il se sert d’un canapé ancien, couvert de cretonne colorée, l’installe au fond de la salle, pour être le porte-parole de cinq œuvres sous la lumière des projecteurs. C’est comme si ses pièces, de grands formats, sont tirées de ce canapé. Les cadres en cretonne tissent des liens, et au milieu de chaque cadre, l’artiste dépeint des objets de son enfance : une bouilloire de thé, une bicyclette, une statuette de chat noir. Ainsi, ressuscite-t-il, de manière nostalgique, la vieille maison de son enfance. C’est toujours un bon exercice de mémoire.

Névine Lameï

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Jusqu’au 29 février, à l’Atelier du Caire, de 10h à 13h et de 15h à 21h (sauf le vendredi).

2, rue Karim Al-Dawla, centre-ville.

Tél. : 25 74 67 30.

 

 




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