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Arts

Théâtre. Sept troupes, sept créations et sept semaines constituent le Festival des troupes indépendantes au théâtre Rawabet, produit par le centre Hanaguer. A cette occasion, entretien avec la lauréate du prix de mise en scène au dernier festival de théâtre égyptien, Effat Yéhia.

« Par hasard, mes coups de cœur
sont liés aux femmes »

Al-Ahram Hebdo : Votre sujet de prédilection concerne les femmes et les couples. Est-ce un choix de principe ? Nous remarquons aussi que vous avez recours aux adaptations, pourquoi cette urgence ?

Effat Yéhia : Je n’ai pas décidé dès le départ de consacrer mon travail aux femmes. Mais en 1992, quand j’ai monté ma première pièce Virginia Woolf, je l’ai choisie parce que j’aimais le texte et non pas à cause du traitement concernant une femme. Ensuite, c’est tout à fait par hasard que mes coups de cœur sont liés aux femmes. Il y a des personnes qui ont un engagement et des idées préconçues et ne font que du théâtre populaire ou politique ou danse-théâtre. Ce n’est pas mon cas, je ne suis pas une « spécialiste » de « la femme ».

J’adapte les textes, car je tiens à ce que le contenu soit égyptien afin de toucher le public de près. C’est très simple, je remplace par exemple une tempête de neige par un vent de sable (khamassin). Il faut présenter aux spectateurs une langue, des personnages, des situations, un rythme et des images où ils se reconnaissent. Je ne peux pas négliger le contexte social où se déroulent et sont vues mes pièces.

Vous avez la réputation d’avoir une méthode de travail qui consiste à faire participer les acteurs à la création. Dans quelles limites ?

— De manière systématique, j’aime donner aux comédiens un espace de créativité et une marge de liberté ; ainsi, son apport pendant les improvisations fait partie du matériau essentiel comme contribution à la structure du travail. Ceci étant un départ de base. Mais il arrive aussi que des comédiens avouent ne pas aimer ou ne pas savoir participer à la création du texte basé sur un canevas initial. Dans ce cas, ils se joignent à l’équipe dans une phase ultérieure. Et, quand un comédien propose de changer une réplique, je n’ai aucun inconvénient tant qu’il n’a pas changé l’idée de la phrase. Je pense que l’énergie du comédien circule mieux quand il est à l’aise dans son interprétation.

Dans Saharienne, on n’avait qu’une idée et six personnages qui se retrouvaient dans le désert : une voyageuse-exploratrice, une danseuse, une femme type beckettien, une pharaonique, une femme des Mille et une nuits, une joueuse de oud. Bref, une panoplie de femmes qui, chacune racontant son histoire. Il a fallu lire des tonnes de livres pour analyser, disséquer et faire une synthèse de tout ce qui pouvait élaborer un texte cohérent.

On a l’impression que c’est le statu quo depuis la création des troupes indépendantes. Vous n’avez rien fait pour faire avancer les choses : union ou fédération, billetterie comme reconnaissance de votre statut, coopération avec le secteur public et officiel tout en gardant votre indépendance ?

— Non seulement les choses n’ont pas changé, elles sont devenues pires ! Nous avons acquis de l’expérience et du savoir-faire (parce que nous avons grandi de plus de quinze ans), mais nous n’avons pas cependant constitué un réel courant. D’autre part, en 1996, Hanaguer a produit mon spectacle Sables mouvants avec un budget de 35 000 livres, aujourd’hui pour Broderie, j’ai eu 25 000. Pour dire combien tout va en arrière, et cela ne concerne pas Hanaguer, mais la situation théâtrale en Egypte.

Pour ce qui est de ma troupe, j’ai frappé à toutes les portes possibles pour obtenir une subvention, mais aucune n’a répondu, alors que j’avais un dossier de presse qui soutenait pleinement ma proposition. Mais j’ai été toutefois invitée à tous les cocktails organisés par les éventuels pourvoyeurs de fonds.

Au sujet des troupes comme collectif, il nous manque une confiance partagée qui pourrait à elle seule nous rassembler autour d’un objectif commun.

Propos recueillis par Menha el Batraoui

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Effat Yéhia est fondatrice et directrice de la troupe indépendante Al-Qafila (La Caravane). Elle participe au Festival avec Broderie, texte de l’Iranienne Marjane Satrapi, (du 27 février au 3 mars 2008).

 




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