Kenya.
Malgré l’annonce d’un accord sur la création du poste de
premier ministre réservé à l’opposition, les négociations
pour un règlement définitif de la crise restent sous la
menace d’une reprise des violences.
Sur le fil du rasoir
Les négociations qui se poursuivent au coude à coude entre
le gouvernement au pouvoir et l’opposition au Kenya ont
repris ce lundi après une courte interruption. Même si les
parties semblent proches d’un accord final, la menace
concernant la reprise des affrontements plane encore sur
Nairobi. En effet, le départ soudain du chef de
l’opposition, Raila Odinga, vers le Nigeria avait suscité
l’inquiétude d’un nouveau désaccord entre les parties. Mais
il avait tenté de rassurer la médiation en justifiant son
absence par la nécessité de se « relaxer ». Il a toutefois
renouvelé ses accusations à l’encontre de Mwai Kibaki
concernant sa réélection frauduleuse lors du dernier scrutin
présidentiel affirmant être « (…) celui qui a gagné les
élections (…) » et estimant que « la balle est dans le camp
» de Mwai Kibaki avec qui il se dit « prêt à coopérer ».
Il a par ailleurs fait savoir que des manifestations
pourraient reprendre si des réformes constitutionnelles ne
voyaient pas le jour d’ici mercredi. Cette menace du leader
de l’opposition fait redouter de nouvelles violences au
Kenya.
En effet, le parti de l’opposition, le Mouvement
démocratique orange (ODM) attend beaucoup de cet accord,
notamment sur celui qui vise à la modification de certains
points de la Constitution de 1963 ; une Constitution qui
octroie la quasi-totalité du pouvoir au président. Raila
Odinga réclame un partage équitable au niveau des postes
ministériels et l’occupation du poste de premier ministre.
Les deux parties ont accepté de créer un poste de premier
ministre afin de répondre à la question de partage du
pouvoir. En revanche, les discussions en vue de définir les
fonctions exactes et les responsabilités du premier ministre
sont toujours en cours. Mitula Kilunzo, un haut responsable
du gouvernement kényan qui participe aux discussions de la
médiation, a déclaré : « C’est plus ou moins accepté. Ce
dont nous discutions maintenant ce sont les prérogatives du
poste, ses responsabilités, la nature de la nomination, etc.
».
La lumière au bout du tunnel
Ce qui pourrait sembler n’être qu’un détail à présent est
certainement le point d’accord crucial qui pourrait mener à
la fin de la crise. L’ancien secrétaire des Nations-Unies et
médiateur dans la crise kényane, Kofi Annan, a quant à lui
indiqué que les deux parties devaient exposer « une
proposition commune sur la structure de gouvernement qui a
été largement approuvé ».
Il a également félicité les efforts entrepris par les deux
camps pour parvenir à une résolution de la crise politique
au Kenya. « J’entrevois la lumière au bout du tunnel »,
a-t-il déclaré lors d’un communiqué. Malgré ce retour au
calme et ce succès non négligeable, la situation au Kenya
reste délicate et l’arrêt des affrontements ne prédit pas la
stabilité dans le pays. Selon l’International Crisis Group
(ICG), rien n’exclut de nouvelles violences entre les deux
camps si les demandes de Raila Odinga ne sont pas
satisfaites. « La crise politique qui perdure a des racines
profondes et pourrait de nouveau et facilement conduire à
des violences extrêmes », énonce le rapport de l’ICG sur la
crise politique au Kenya. Les efforts du médiateur de la
crise kényane, Kofi Annan, salués par la communauté
internationale, restent néanmoins fragilisés et toujours
dans l’attente d’une résolution totale de la crise.
Les craintes de l’opposition semblent encore très présentes
quant au partage équitable du pouvoir avec le gouvernement
actuel de Mwai Kibaki. Le régime autoritaire reste encore
dénoncé par une opposition qui souffre du manque de
reconnaissance.
Ces méfiances mutuelles ne cessent de tourmenter la
médiation qui s’interroge sur le sort de ce pays qualifié
jusqu’à présent, de pays stable.
Lynda
Kartout